Régions 5 juin 2026

Bilan des programmes du MAPAQ avantageant les régions périphériques

En raison de l’éloignement et de l’isolement, les entreprises agricoles situées en régions périphériques font face à des défis de rentabilité supérieurs comparativement aux fermes des régions centrales. C’est pourquoi le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) a modifié certaines de ses initiatives ministérielles, afin d’avantager les producteurs de ces régions. 

Depuis 2023, le MAPAQ offre ainsi une période exclusive de dépôt de projets, généralement d’une durée de 2 à 4 semaines, avant que les producteurs des régions centrales puissent déposer une demande aux mêmes programmes de subventions. De plus, le taux d’aide financière est bonifié de 15 % pour les agriculteurs des régions périphériques. 

En guise de bilan sommaire, Josiane Bélanger-Riendeau, directrice des communications et des relations médias au MAPAQ, parle d’un succès. « Si, généralement, entre 16 % et 20 % de la clientèle visée par ces initiatives ministérielles sont situées en régions périphériques, la proportion des bénéficiaires provenant de ces régions a plutôt été de 27 % à 32 %. Ces deux modifications en faveur des régions périphériques ont donc eu pour impact d’accroître la proportion des aides financières totales qui sont offertes aux clients situés dans celles-ci et contribuent à l’objectif recherché de favoriser le soutien aux entreprises situées en périphérie. »

Les changements auxquels elle fait référence concernent les programmes de subventions en productivité végétale 2023-2025, en développement des serres et des grands tunnels 2025-2026, à la relève et à l’entrepreneuriat 2025-2027 ainsi qu’AgroPerformance 2025-2027, pour un total de 24,4 M$ accordé aux régions périphériques.

Qui sont les régions périphériques?

Le MAPAQ définit les régions périphériques comme étant l’Abitibi-­Témiscamingue–Nord-du-Québec, le Bas-Saint-Laurent, la Côte-Nord, la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, ­l’Outaouais ainsi que le Saguenay–Lac-Saint-Jean. À ce sujet, Charles-Félix Ross, le directeur général de l’Union des producteurs agricoles (UPA), fait remarquer, d’une part, que certaines sous-régions ont été oubliées, comme Charlevoix. 

D’autre part, il estime que le MAPAQ doit en faire tout simplement plus pour les producteurs des régions périphériques. « Il s’est perdu deux fois plus de fermes en périphérie. Si tu regardes entre 2001 et 2021, le nombre de fermes a diminué de près de 14 % dans les régions périphériques, comparativement à 7,5 % dans les régions centrales. En un mot, il y a urgence d’agir! » s’exclame-t-il. 

Plus difficile en régions

Cet économiste de formation explique que les frais de transport ont augmenté d’environ 25 à 40 % ces dernières années, rendant les intrants encore plus dispendieux en régions éloignées. Il en va de même pour les récoltes ou les animaux à vendre que les producteurs doivent livrer vers les grands centres et dont les frais de transport grugent les profits. 

C’est sans compter l’accessibilité aux services. « Si tu prends la Gaspésie, [les éleveurs] ont des problèmes d’accès aux services vétérinaires en raison de l’éloignement », déplore-t-il, en ajoutant, comme autre exemple, que les producteurs laitiers qui veulent installer des robots de traite ont plus de difficultés à faire venir le technicien, ce qui engendre des délais d’intervention plus longs en cas de panne. Le déplacement des techniciens sur une plus longue distance accroît également les coûts d’installation et d’entretien. 

Finalement, les fermes sont souvent de taille plus petite en régions périphériques et bénéficient de moins d’économies d’échelle, ce qui diminue la rentabilité des nouvelles technologies, résume-t-il.

Ça va prendre des programmes du MAPAQ spécifiquement pour les régions, pas juste de donner plus de temps aux producteurs pour appliquer sur les programmes. Il y a déjà l’aide au drainage et au chaulage, qui est bien, mais il en faudrait d’autres, comme de l’aide au maintien des prairies et des pâturages.

Charles-Félix Ross

Il demande aussi au MAPAQ de majorer les programmes de soutien et de gestion des risques – les fameux Agri-investissement et Agri-stabilité – pour les producteurs en périphérie. Ces derniers recevraient ainsi davantage de ces programmes que les producteurs des régions centrales. Est-ce que cela signifierait de diminuer les montants que reçoivent les producteurs réalisant de meilleures marges dans les régions centrales? « On ne veut d’aucune façon déshabiller Jacques pour habiller Pierre. On demande une hausse de l’enveloppe budgétaire pour le secteur agricole », insiste le directeur général. Il souligne l’importance économique de l’agriculture en région. « Il y a une étude de 2012 de Maurice Doyon, à l’Université Laval, qui disait que la production d’agneaux au Bas-Saint-Laurent était plus importante en termes d’activité économique pour cette région que ce qu’est le Port de Montréal pour Montréal », indique M. Ross.

Josiane Bélanger-Riendeau montre une ouverture du ministère : « Le MAPAQ entend poursuivre sa réflexion avec ses principaux partenaires, afin de répondre aux préoccupations du secteur, notamment en ce qui concerne la définition des régions périphériques ou dévitalisées. » 

Dans un échange de courriels, le ministre de l’Agriculture, Donald Martel, ajoute que les régions agricoles du Québec n’ont pas toutes les mêmes réalités. « Il est donc important que les programmes concernés tiennent compte de ces réalités, écrit-il. L’objectif est d’éviter des décisions prises à la pièce, qui pourraient créer de nouvelles iniquités entre les régions. Notre intention est de trouver une approche globale, cohérente et ­équitable. »