Phytoprotection 10 avril 2026

Système racinaire : des probiotiques pour sauver le canola de la hernie des crucifères

Au Québec et à travers le Canada, la hernie des crucifères demeure un casse-tête majeur pour les producteurs de canola, de choux et de brocolis. Face à un pathogène de plus en plus virulent qui déjoue les résistances génétiques, des chercheurs de l’Université Laval explorent une avenue innovante : utiliser le microbiome des plantes comme bouclier naturel.

Provoquée par le protiste Plasmo-diophora brassicae, cette maladie s’attaque aux racines en provoquant des renflements appelés « galles ». « Imaginez que vous avez une grosse tumeur dans les pieds : vous ne pouvez plus marcher normalement. Pour les racines, c’est pareil, elles ne peuvent plus absorber l’eau et les nutriments », illustre Oussama Yahmi, étudiant au doctorat sur le projet.

Oussama Yahmi a déjà isolé près de 300 souches bactériennes à partir de sols et de racines du Québec. Photo : Gracieuseté de l’Université Laval
Oussama Yahmi a déjà isolé près de 300 souches bactériennes à partir de sols et de racines du Québec. Photo : Gracieuseté de l’Université Laval

Le défi est de taille, car le pathogène produit des milliards de spores de repos capables de survivre jusqu’à 20 ans dans le sol, même sans culture hôte. De plus, les variétés résistantes actuelles perdent souvent leur efficacité après seulement quelques années, car le pathogène mute pour esquiver leurs défenses.

Le microbiome : une extension de la plante 

Sous la direction du professeur Jean-Baptiste Leducq et de son collègue Edel Perez-Lopez, l’équipe mise sur les « bons » microbes pour contrer l’envahisseur. « Comme vous et moi, les plantes ont un microbiote. C’est comme une extension microscopique d’elles-mêmes qui les aide à se nourrir et à se défendre », explique M. Leducq.

Jean-Baptiste Leducq
Jean-Baptiste Leducq

L’idée est de fournir aux plantes des probiotiques végétaux performants. Oussama Yahmi a déjà isolé près de 300 souches bactériennes à partir de sols et de racines du Québec. « Mon job est de trouver les meilleures bactéries parmi des milliers pour créer une formulation qui aide à combattre le pathogène », précise l’étudiant. On espère identifier au moins une ou deux souches avec une capacité à inhiber la maladie en laboratoire. « Ce résultat peut sembler mince, mais il est loin d’être décevant dans ce domaine », dit-il. Le doctorant ajoute que « dans le monde du biocontrôle, c’est presque la moyenne ».

L’union fait la force 

L’originalité du projet repose sur le concept de communautés microbiennes synthétiques. Plutôt que d’utiliser une seule bactérie « miracle », les chercheurs veulent créer une équipe de microbes complémentaires.

On ne peut pas former une école avec une seule personne. On a besoin d’un directeur, d’un enseignant, d’un concierge. C’est pareil pour les bactéries : chacune a son rôle spécial.

Oussama Yahmi
Plantes de canola infectées. Photo : Gracieuseté de Jean-Baptiste Leducq
Plantes de canola infectées. Photo : Gracieuseté de Jean-Baptiste Leducq

Cette approche multi-souches permet au traitement de rester efficace malgré les variations de température ou de pH du sol, des facteurs qui font souvent échouer les produits à souche unique au champ.

Le projet, qui bénéficie pour l’instant de financements du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), en est encore au stade de recherche fondamentale. Les premiers résultats sont toutefois prometteurs. L’objectif ultime serait de développer un biostimulant commercial que les agriculteurs pourraient facilement appliquer dans les cultures. Cette solution écologique offrirait une alternative durable aux pesticides chimiques tout en protégeant la rentabilité des fermes québécoises. « C’est un travail de longue haleine, mais parfois un tout petit résultat peut avoir une énorme portée », conclut Jean-Baptiste Leducq.  ­