Phytoprotection 10 avril 2026

GIEC vs pesticides de synthèse : une approche encore trop peu utilisée

Pour atteindre les cibles inscrites dans le Plan pour une agriculture durable (PAD) 2020-2030 du MAPAQ, soit une réduction de 500 000 kg de pesticides de synthèse vendus et de 40 % de leurs risques pour la santé humaine et l’environnement, il est impératif que les producteurs accélèrent l’adoption des pratiques associées à la Gestion intégrée des ennemis des cultures (GIEC).

Professeure agrégée en Politiques agroalimentaires et développement durable à l’Université Laval, Marie-Ève Gaboury-Bonhomme dirige une équipe qui cherche à comprendre les facteurs qui influent sur la difficulté de réduire les pesticides et d’utiliser la GIEC pour y parvenir, d’autant plus que cette approche – appelée également Lutte antiparasitaire intégrée – est applicable aux différentes régies agricoles (conventionnelle, raisonnée et biologique). 

Marie-Ève Gaboury-Bonhomme
Marie-Ève Gaboury-Bonhomme

Le groupe de chercheurs s’est tout d’abord intéressé aux producteurs de canneberges, un groupe d’agriculteurs au Québec où la lutte intégrée aux ennemis de culture est la plus couramment intégrée dans leurs pratiques.

La GIEC est vraiment vu comme quelque chose d’incontournable chez les producteurs et conseillers dans le secteur de la canneberge.

Marie-Ève Gaboury-Bonhomme

Grâce à un secteur bien structuré et institutionnalisé qui les aide à innover, la production et la diffusion de connaissances, le dépistage et les suivis agronomiques, les rapports et les évaluations techniques circulent sans encombre entre les producteurs et leurs conseillers. 

Cela étant dit, l’équipe de chercheurs a constaté la fragilité de ces acquis alors que les producteurs de canneberges « font face à des contraintes techniques qui limitent parfois les pratiques préventives et les alternatives aux pesticides de synthèse. L’aversion au risque des producteurs et les mauvaises perspectives des marchés biologiques limitent également la capacité des entreprises à supprimer l’usage des pesticides de synthèse », est-il mentionné dans la conclusion du rapport.

Dans une seconde phase en cours, Marie-Ève Gaboury-Bonhomme et son équipe tentent d’évaluer où en est rendue l’adoption des pratiques associées à la GIEC dans cinq autres types de culture : maïs et soya, pommes de terre, pommes, légumes et petits fruits. 

La tordeuse des canneberges, l’insecte nuisible le plus dévastateur pour cette culture peut anéantir une récolte entière. Photo : Gracieuseté d’Agriculture et Agroalimentaire Canada
La tordeuse des canneberges, l’insecte nuisible le plus dévastateur pour cette culture peut anéantir une récolte entière. Photo : Gracieuseté d’Agriculture et Agroalimentaire Canada

« Les étudiants doctorants ont fait des centaines d’heures d’entrevues avec des producteurs agricoles et des conseillers. Ce sont des entrevues qu’on appelle semi-structurées avec des questions ouvertes pour les écouter sur leur expertise et leur expérience du sujet. Puis, on prévoit faire aussi des enquêtes par sondage », mentionne la professeure agrégée à l’Université Laval qui prévoit dévoiler les résultats de cette recherche au début de 2028. 

La GIEC demeure selon Marie-Ève Gaboury-Bonhomme le moyen le plus efficace d’atteindre les cibles du PAD. « En tant que producteur, tu dois connaître les ravageurs dans ta culture. Il faut que tu t’informes et que tu fasses du dépistage régulier. Il faut que tu aies des pratiques qui essaient de prévenir l’arrivée de ravageurs comme la rotation de culture. Puis là, malgré toutes tes activités de prévention, si tu en trouves quand même, tu commences par prendre d’autres moyens que les pesticides de synthèse, donc de la lutte physique ou de la lutte biologique. Puis, si jamais tu es obligé, en dernier recours, d’aller vers des pesticides de synthèse, il faut que tu le fasses avec une approche où tu réduis les risques pour l’environnement et pour la santé le plus possible », conclut la chercheuse.  ­