Les prévisions météo sont largement utilisées par les agriculteurs dans le cadre de leur travail. Le temps instable en été diminue leur fiabilité. Le météorologue André Monette recommande toutefois de ne pas se fier uniquement aux icônes météo de son téléphone et de lire les bulletins météo afin de mieux comprendre les nuances associées aux prévisions lors des conditions d’instabilité. Photo : Shutterstock
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S'abonner maintenantEn pleine première coupe de foin en juin, les agriculteurs d’un peu partout au Québec ont déploré le manque d’efficacité des prévisions météo. Alors que les icônes sur leur téléphone faisaient miroiter du soleil pour les prochains jours, la pluie se mettait parfois de la partie quelques heures plus tard sur leur chantier de récolte de plantes fourragères.
Avec l’évolution de la technologie, les prévisions météo sont-elles plus fiables qu’il y a 10 ans?
Oui, répond André Monette, chef du service de météorologie chez MétéoMédia. « Chaque décennie on améliore d’une journée la qualité des prévisions. En 2016 on était capable de bien prévoir 5 jours à l’avance, maintenant notre jour 6 est aussi précis que notre jour 5. Ça s’améliore de beaucoup. »
Avant que certains agriculteurs lisent ces phrases avec sarcasme, André Monette souligne que si les météorologues prévoient la température d’avance avec précision, par exemple, qu’il fera 16 °C dans six jours, de prévoir les précipitations demeure toujours un défi, surtout en été où la chaleur et l’humidité créent du temps instable. « Même si les modèles prévisionnels s’améliorent, il n’y a pas moyen de savoir d’avance où un orage va frapper exactement [entre deux municipalités voisines]. C’est de l’instabilité. On peut prévoir qu’une région a le potentiel de recevoir une averse [c’est-à-dire une pluie soudaine], mais où ça va frapper et à quelle heure, ça, c’est très difficile. C’est pour ça qu’on peut indiquer un risque pour une longue bande de différentes régions, mais on ne sait pas où ça frappera. »
Par contre, certaines précipitations sont parfois plus stables et prédictibles. Une pluie modérée continue est plus facile à prévoir. Aussi, si une cellule de précipitation se déplace à 20 km/h vers le sud-est, par exemple, les météorologues peuvent prédire que telles régions et telles municipalités seront touchées dans tant de minutes et recevront environ tant de millimètres de pluie. Et cesdites bandes de précipitations peuvent être suivies en direct par les gens sur leur téléphone à partir de l’information des radars météo accessibles gratuitement sur différents sites internet et applications. La précision des radars vient d’ailleurs d’être améliorée, car le gouvernement canadien a signé un contrat de 180 M$ en 2016 pour remplacer ses radars météo. L’installation de 33 nouveaux radars équipés des dernières technologies, dont cinq au Québec, s’est terminée en 2023, indique le fédéral. Pour ceux qui sont moins familiers, mentionnons que les antennes de ces radars détectent la pluie, la neige, le grésil et les autres précipitations qui tombent en temps réel. Sur son téléphone, les masses de précipitations sont indiquées de différentes couleurs selon leur intensité et une chronologie du temps renseigne l’utilisateur du mouvement de ces précipitations captées par le radar, de même que leur trajectoire anticipée par les ordinateurs.

Lors des journées où la météo est instable, même la trajectoire d’une cellule orageuse définie à l’aide de l’information des radars peut être trompeuse, avertit M. Monette.
« L’été, ce n’est pas parce qu’un orage est à 60 km de vous qu’il va se rendre à vous. Il peut dévier ou perdre de l’intensité et mourir. Si on prend l’exemple du 1er juillet, il est tombé 115 mm de pluie en Outaouais. La cellule orageuse devait aussi amener des précipitations très intenses à Montréal, mais elle nous a plutôt frôlés et nous n’avons eu que quelques millimètres à Montréal », décrit-il, comme quoi le complexe orageux peut changer de trajectoire. Il peut aussi entrer dans un environnement défavorable et perdre de l’intensité. À l’inverse, il peut y avoir une reformation des nuages et accroître sa puissance apportant de fortes précipitations ailleurs sur son chemin.
Dans certains cas, lorsque les météorologues s’attendent à ce que la cellule orageuse se déplace vers d’autres régions, elle peut plutôt demeurer stagnante au même endroit et inonder les lieux, comme ce fut le cas en juin dernier à Napierville, en Montérégie, où l’orage qui devait poursuivre sa route s’est plutôt régénéré au même endroit pendant plusieurs heures apportant entre 130 et 150 mm d’eau en une journée. Des municipalités voisines ont eu deux à trois millimètres de pluie, compare M. Monette.
Tout n’est pas instable en été, nuance le météorologue, spécifiant qu’un anticyclone prévu pour trois jours, caractérisé par une zone de haute pression, apportera du temps stable, généralement ensoleillé et sec. Le météorologue a alors très confiance en ses prévisions. Idem durant la saison froide, les orages sont quasi absents et il est plus facile de prédire les précipitations et leur trajectoire, par exemple, d’une dépression en provenance du Colorado qui amènera de la neige au Québec.

Avant de se plaindre, il faut lire
À ceux qui se plaignent de l’imprécision des prévisions météorologiques en été, André Monette conseille d’éviter de se fier uniquement aux icônes sur leur téléphone pour plutôt lire les bulletins météo. « Les gens veulent une information rapide et simple à consulter, mais la météo ce n’est pas simple. On écrit des articles météo qui donnent des mises en contexte et des explications sur les ingrédients associés aux prévisions. Si on parle d’un temps instable dans le texte, il faut se préparer que ça peut tomber n’importe quand et durer cinq minutes ou deux heures », résume-t-il.
L’IA changera l’univers des prévisions météo
À l’instar de plusieurs secteurs, le format actuel des prévisions météo sera bousculé par l’intelligence artificielle, anticipe André Monette. « Au lieu de consulter les prévisions, des gens vont demander à l’intelligence artificielle, et c’est déjà commencé “j’ai un match de baseball ce soir, devrais-je annuler ou pas en raison de la météo?” » Les météorologues et les compagnies de diffusion d’information devront s’y adapter et maintenir l’intérêt des gens à consulter le contenu vulgarisé par des humains, estime M. Monette.