Marie Lacasse fait valoir que les entreprises d’économie sociale, comme les coopératives, se positionnent comme des formules novatrices qui favorisent la pérennité et le dynamisme de l’agriculture au Québec. Photo : Gracieuseté de Marie Lacasse
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S'abonner maintenantLes propriétaires de fermes sont plus nombreux qu’avant à convertir leur entreprise en coopérative. Ce modèle d’affaires collectif, qui plaît particulièrement à la relève non apparentée, a l’avantage de répartir les risques et la pression sur les épaules de tous les membres et non uniquement sur celles d’un ou deux propriétaires. L’opération peut toutefois donner le vertige à ceux qui effectuent la transition, car une fois sa ferme transformée en coopérative, le propriétaire devient un travailleur égal aux autres. Plusieurs se lancent néanmoins.
« On est rendus à environ 55 fermes en coopérative. Avant 2019, il y en avait une à deux qui s’établissaient en coopérative par année, mais depuis 2019, c’est une moyenne de quatre à six qui le font. Sans être des chiffres astronomiques, on voit une bonne progression », dit Marie Lacasse, conseillère au Conseil québécois de la coopération et de la mutualité.
Plus rentable?
La majorité des producteurs qui optent pour une ferme sous forme de coopérative ne le font pas pour accroître leurs revenus, poursuit la coautrice de l’Étude sur la viabilité des entreprises d’économie sociale en agriculture, publiée en 2024 et disponible gratuitement sur le site du Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ). « Le principal point quand ils vont en coop, c’est la qualité de vie. Car ce qu’on a vu, c’est que la ferme ne fait pas plus d’argent en coop, mais [les propriétaires] partagent la charge mentale de la gestion avec les autres membres. Ils se prennent des semaines de congé. Ils améliorent la conciliation travail-vie personnelle. Le focus est mis sur le bien-être de l’agriculteur », détaille-t-elle.
Une agricultrice qui incarne bien ce changement est Véronique Bouchard. Au moment de l’entrevue avec La Terre, elle était en route vers le Saguenay–Lac-Saint-Jean pour présenter une conférence sur les deux premières années de conversion de la Ferme aux petits oignons en coopérative de solidarité. Son bilan?
Ce n’est pas moins rentable ou plus rentable, mais c’est fichument plus agréable! Je fais beaucoup moins d’heures. J’ai un contrat de 35 h par semaine. C’est comme si je me sens à temps partiel! Ça me laisse du temps pour d’autres projets et pour les enfants. En étant plusieurs [copropriétaires], c’est aussi sentir que la ferme pourrait continuer sans moi et sentir que je peux prendre des vacances et que ce ne sera pas le bordel quand je vais revenir.
Ce sentiment de pérennité n’est pas le fruit de son imagination. Marie Lacasse rapporte une étude de son organisme affichant un taux de survie nettement à l’avantage des coopératives. Selon ses données, 53 % des coopératives agricoles québécoises étaient toujours en activité après 10 ans comparativement à environ 22 % pour les fermes conventionnelles.

Différentes formes
Ce sont principalement des fermes maraîchères qui adoptent le modèle coopératif, signifie Mme Lacasse. Différents types de coopératives existent. L’étude révèle que les deux tiers des fermes choisissent la coopérative de travail, c’est-à-dire une coopérative où les membres sont uniquement des travailleurs de la ferme.
Véronique Bouchard et son équipe ont plutôt choisi une autre option : la coopérative de solidarité, qui mise sur différents types de membres. La ferme compte ainsi 13 membres travailleurs et 96 membres de soutien. Chacun a payé 1 000 $ pour sa part.
La ristourne représente une autre différence. Il n’y en a pas à la Ferme aux petits oignons coop de solidarité. « On essaie plutôt d’augmenter les salaires le plus qu’on peut », explique Mme Bouchard.
De son côté, Marie Lacasse précise que seulement 23 % des coopératives choisissent ce concept de ne pas se verser de ristournes. Cela permet d’œuvrer comme un organisme sans but lucratif, ce qui libère la coopérative de payer de l’impôt et donne droit à différentes subventions.
Le modèle avec ristournes peut par contre apporter une forme de motivation pour les travailleurs à améliorer la rentabilité de la ferme et même récompenser ceux qui travaillent le plus en versant la ristourne selon les heures travaillées.
Priorité : sécuriser la terre
Un autre gros changement attend Véronique Bouchard. La terre lui appartient encore et la ferme la lui loue. Dans un monde idéal, elle veut la vendre à une fiducie régionale, financée par la MRC.
Marie Lacasse révèle que sécuriser la terre demeure une priorité pour les coopératives agricoles, alors que seulement 25 % en sont propriétaires. Certaines coopératives vont chercher à l’acquérir, tandis que d’autres vont privilégier une fiducie.
Financement plus difficile
Marie Lacasse remarque que l’écosystème agricole québécois n’est pas encore entièrement adapté à ce petit virage vers les coopératives. Des programmes de la Financière agricole du Québec, donne-t-elle en exemple, ne sont pas tous compatibles avec le démarrage d’une ferme sous forme de coop. Le taux des prêts bancaires peuvent aussi être plus élevés, comme si une coopérative semblait plus risquée aux yeux des prêteurs, dit-elle. Cela ne freine toutefois pas la Ferme aux petits oignons. Véronique Bouchard et sa collègue Olivia St-Pierre sont d’ailleurs bien excitées par un projet encore confidentiel. « On a un projet d’acquisition. On est sur un gros coup! » se contentent-elles de dire. Ce sera donc à suivre.