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Le drone rejoint sa position avant d’amorcer le quadrillage du champ. Photo : Claude Fortin

Le drone rejoint sa position avant d’amorcer le quadrillage du champ. Photo : Claude Fortin

Des semis du haut des airs

William Overbeek termine l’assemblage du drone acquis par la ferme familiale l’année dernière.

Une fois le patron de vol enregistré dans sa tablette électronique, il lui suffit d’appuyer sur start pour que l’engin s’élève à une vingtaine de mètres du sol, rejoigne sa coordonnée de départ en toute autonomie et quadrille le champ de maïs du rang Saint-Simon, à Sainte-Madeleine, près de Saint-Hyacinthe, en Montérégie.

« Ça aide beaucoup dans le suivi des champs », raconte le producteur alors que le petit appareil multiplie les photos à l’aide des six caméras multispectrales placées sous son châssis. « Le drone prend aussi des photos en infrarouge, invisible à l’œil nu », explique l’agriculteur, qui prend graduellement, avec sa sœur et l’un de ses frères, la relève de leur père Christian, le président des Producteurs de grains du Québec.

« L’infrarouge nous en dit beaucoup sur la santé des plantes. Ça permet de voir où se trouvent les plantes en moins bonne santé puis d’intervenir pour savoir si c’est un problème de compaction, une maladie ou un insecte. On peut alors appliquer le bon traitement à cet endroit-là plutôt que dans l’ensemble du champ », ajoute le jeune homme de 24 ans, visiblement amusé par le potentiel de cette technologie.

Projet exploratoire

William Overbeek voit cependant plus loin que la seule surveillance de ses champs de maïs, de blé et de soya dans son utilisation des drones. Le producteur de grains vient d’amorcer un projet exploratoire, en collaboration avec le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) et trois autres producteurs, pour pousser plus loin l’utilisation de ce type d’appareil en agriculture. Cette année et l’an prochain, un drone d’environ cinq kilogrammes de charge survolera des parcelles de champs de soya de quatre producteurs de la région pour semer une culture de couverture entre les rangs.

L’idée consiste à rentabiliser les trente centimètres de sol, souvent à découvert, qui séparent les rangs pour y semer du trèfle. « De cette façon, on va pouvoir générer de l’azote qui va enrichir nos champs en vue de la culture de l’année prochaine », explique M. Overbeek. L’opération présente tout de même un certain nombre de défis dont le principal, explique l’agronome Amélie Gauthier, consiste à identifier les bons herbicides à utiliser. Les Fermes Overbeek cultivent du soya à identité préservée (sans OGM). « Avec cette variété de soya, on ne peut pas utiliser de Roundup », précise l’agronome.

Pour gagner du temps et de l’argent

Semer une culture de couverture se fait évidemment déjà avec la machinerie traditionnelle. Nicolas Deschamps, dont l’entreprise spécialisée dans l’utilisation de drones à des fins agricoles collabore au projet, souligne toutefois que l’appareil permet de gagner du temps. Il y a toute une période au printemps où la machinerie ne peut pas entrer dans les champs parce qu’ils sont trop humides. « Le drone permet de semer tôt en saison, ce qui améliore les chances de la plante de couverture d’atteindre sa maturité », explique-t-il.

Si les résultats de l’expérience sont concluants, un drone d’une capacité de charge d’au plus 10 kilos (afin de respecter la réglementation fédérale), sera utilisé par la suite. William Overbeek se montre optimiste. Les drones sont déjà utilisés avec succès en Europe, aux États-Unis et en Asie du Sud-Est, évoque-t-il. « Si tout va comme on croit, on aimerait offrir le service aux autres producteurs une fois l’expérience terminée. »

Claude Fortin, Collaboration spéciale