Environnement 29 mai 2026

La course contre la montre se poursuit à la Ferme Valayre

L’avenir de la Ferme Valayre reste incertain neuf mois après le violent incendie qui a ravagé l’étable de l’exploitation agricole située en zone inondable dans le Centre-du-Québec. L’éleveur Louis Hébert, désormais tributaire de la mise à jour des cartes de zones inondables, a un peu moins d’un an et demi pour que son exploitation de Saint-Valère recommence à produire du lait avant de potentiellement perdre son droit de produire.  

Rappelons que l’éleveur s’est frotté à la complexité de la réglementation environnementale lorsqu’il a été question d’obtenir le permis de construction d’un hangar à machinerie effondré sous le poids de la neige en janvier 2023. Près de trois années ont été nécessaires afin d’obtenir l’accord du ministère de l’Environnement d’étudier le projet – car la réglementation interdit la construction de bâtiments agricoles en zone de grand courant, dans laquelle se situe la ferme – et pour monter le dossier. 

L’incendie qui a décimé l’étable et la majorité de son troupeau Ayrshire pur sang de 140 têtes est survenu le 25 septembre 2025, soit deux semaines après le dépôt de la demande précédente au ministère. Au vu des délais préalablement subis, Louis Hébert est particulièrement inquiet de perdre son droit de produire, qui est loué, depuis l’incendie, aux Producteurs de lait du Québec pour une durée maximale de 24 mois. 

Or, malgré la rapidité du producteur et de l’ingénieure Suzie Gingras à soumettre la demande d’autorisation du projet au ministère, cette dernière a été rejetée en janvier. « Parce que dans une zone de grands courants, c’est automatique; c’est aucune construction. Aucun [dossier] de construction ne peut être déposé pour cette zone-là », explique Louis Hébert. 

En attente des nouvelles cartes

Lors de l’étude des crédits budgétaires à Québec, le 8 mai, le ministre de l’Agriculture, Donald Martel, et sa sous-ministre adjointe, Geneviève Masse, ont affirmé que Louis Hébert pourra commencer les travaux de reconstruction dès que les nouvelles cartes de zones inondables seront adoptées. 

En effet, la mise à jour de ces cartes fait partie du nouveau cadre réglementaire pour la gestion des milieux hydriques, qui est entré en vigueur le 1er mars. 

C’est vraiment incessamment, puisque la consultation sur les projets de cartes est en cours auprès du milieu municipal. Donc, les cartes, elles existent, elles sont en consultation. C’est vraiment à très court terme qu’elles seront adoptées.

Geneviève Masse

Selon l’information transmise au producteur lors d’une rencontre récente avec les directions régionales des ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, l’adoption sera effective en septembre. « Ce qui a été convenu, c’est de commencer un travail en amont, en attendant que les cartes soient adoptées, et non d’attendre que les cartes soient adoptées pour faire l’étude de mon projet », souligne le producteur, en précisant qu’avec les nouvelles cartes, la ferme sera située en zone inondable de faible intensité, ce qui permettra à Louis Hébert de reconstruire. 

Il fera donc parvenir un dossier papier au ministère par la poste, afin d’entamer l’étude du dossier, qui sera acceptée dès que les cartes seront adoptées. Mais Louis Hébert a aussi les délais de construction de l’étable en tête. « Là, c’est sûr qu’il faudra que je commande la structure, une structure d’urgence. C’est de sept à neuf mois de délai. Mon contracteur n’est pas bouclé non plus. Probablement qu’on n’aura pas le choix de demander un délai à la Régie [des marchés agricoles et alimentaires du Québec pour prolonger la location de quota] », dit-il.

Possible allongement du délai

L’éleveur devra entamer les démarches de prolongement six mois avant la fin du délai, soit en mars 2027. Par courriel, la Régie a fait parvenir à La Terre une décision antérieure, non reliée au cas de M. Hébert, dans laquelle sont listés les critères utilisés pour accorder ou refuser une telle exemption. Par exemple, notamment, la demande « ne peut être un moyen de contourner les normes ou faire prévaloir un intérêt ou un avantage individuel » et « l’exemption ne peut être une avenue pour faire droit ou régulariser des situations de façon rétroactive ou pour résoudre des problèmes liés à des choix d’affaires antérieurs », lit-on dans la décision. Le tribunal administratif ne s’est toutefois pas prononcé sur sa propension à accorder ou non lesdites exemptions dans des cas de force majeure. 

En attendant, le producteur et les familles de ses deux fils vivent du revenu provenant de la location de quota et de leur marge de crédit. « On vit sur le seuil de la pauvreté et on a encore un an à faire de même », se désole M. Hébert.