Environnement 23 janvier 2025

Des citoyens réclament l’interdiction des paillis de plastique

Les semis de maïs sur paillis de plastique ont augmenté significativement au Saguenay–Lac-Saint-Jean et leur dégradation dans l’environnement soulève de sérieux doutes, si bien qu’un regroupement de citoyens demande d’interdire son utilisation en grandes cultures. 

« On interpelle la Ville [de Saint-Félicien] et la MRC, de même que les responsables des milieux humides et hydriques pour leur demander d’interdire cette pratique tant que nous n’avons pas de données qui prouvent l’innocuité [de l’utilisation des paillis de plastique]. Il y a une forme d’urgence, car cette pratique va continuer de progresser », dit Jean-François Robert, membre du projet d’initiative citoyenne pour l’amélioration du bassin versant de la Petite rivière à l’Ours.

Plusieurs intervenants s’inquiètent de voir des microplastiques atteindre les milieux humides et aquatiques. Crédit: Jean-François Robert

L’ensemble de la population est d’ailleurs conviée à l’hôtel de ville de Saint-Félicien, le 29 janvier, pour entendre une conférence de Maxime Paré et Olivier Morissette. Ces chercheurs de l’Université du Québec à Chicoutimi ont publié une étude, l’automne dernier, intitulée Augmentation significative des superficies recouvertes par du paillis de plastique au Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui a eu l’effet d’un coup de tonnerre sur la région en raison du portrait très négatif que dépeignent les auteurs de l’utilisation des paillis de plastique en grandes cultures. Et les réactions se sont enchaînées depuis.

Levée de boucliers

Le 8 octobre 2024, c’est à l’unanimité que les conseillers de la MRC du Domaine-du-Roy ont demandé au ministère de l’Environnement de même qu’au ministère de l’Agriculture du Québec de mettre en place un encadrement réglementaire quant à l’utilisation des paillis de plastique dans les pratiques agricoles sur leur territoire, et ce, « dans une perspective de protection de l’environnement et de préservation de l’eau et du sol ». 

Le 11 novembre, c’était au tour du Conseil régional de l’environnement et du développement durable du Saguenay–Lac-Saint-Jean de demander aux ministères concernés de documenter le problème, de trouver des solutions de rechange et de cesser l’utilisation des plastiques oxobiodégradables. 

Jean-François Robert, qui est également agriculteur, estime que le milieu a été mal renseigné, car au départ, les paillis de plastique étaient vendus comme étant dégradables et fabriqués à partir d’amidon de maïs. Les chercheurs Maxime Paré et Olivier Morissette ont plutôt révélé qu’il s’agissait d’un polyéthylène standard, de faible densité, auquel est ajouté un additif qui entraîne une fragmentation du polymère lorsqu’il est exposé aux rayons ultraviolets.

Prise au printemps 2024, cette photo illustre les restes du paillis de plastique utilisé en 2023.

La dégradation n’est pas totale, disent les chercheurs, et soulève plusieurs enjeux. À ce sujet, Jean-François Robert ne comprend pas pourquoi les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture ont toléré l’utilisation des paillis de plastique sur plus de 2 000 hectares annuellement dans la région sans avoir préalablement évalué les risques. « C’est une aberration », peste-t-il, affirmant aussi que l’Union des producteurs agricoles (UPA) devrait également se montrer plus critique à l’égard de l’utilisation de paillis de plastique oxodégradable.

On ne peut à la fois réclamer des rétributions pour les bonnes pratiques agroenvironnementales et ne pas prendre position sur les pratiques pour lesquelles il y a des raisons objectives de s’inquiéter.

Jean-François Robert, membre du projet d’initiative citoyenne pour l’amélioration du bassin versant de la Petite rivière à l’Ours

À la Fédération de l’UPA du Saguenay–Lac‑Saint‑Jean, la directrice Lise Tremblay explique que son organisation ne prend pas position, car le produit s’avère légal et accessible aux agriculteurs. Il s’agit donc d’une décision propre à chaque producteur. Certains sont en faveur et d’autres s’y opposent, dit-elle. Ceux qui l’utilisent apprécient la capacité du paillis de plastique à diminuer les risques associés à la culture du maïs dans leur région plus nordique. Le maïs est devenu une plante importante pour eux, car il se révèle rentable pour l’alimentation de leurs vaches, rapporte Mme Tremblay.

Trois types de paillis de plastique seront analysés

Devant l’importance pour certains producteurs d’utiliser des paillis de plastique en grandes cultures et les enjeux soulevés par leur décomposition, Agrinova veut mettre en place un projet de recherche d’une durée de trois ans, qui comparera trois technologies de paillis de plastique, soit oxobiodégradable, biodégradable et compostable. L’agronome Pierre Rémillard, d’Agrinova, explique que 10 fermes seront ciblées pour l’étude afin de comparer, avec les sols et le climat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, comment les plastiques se dégradent réellement, quel est l’effet de leur dégradation sur les sols et quelle est l’évaluation coût-bénéfice pour le producteur.