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Changements climatiques : Les agriculteurs en auront plein les bottes

La question n’est plus à savoir s’ils existent, mais plutôt quel impact ils auront. Les changements climatiques amènent déjà leur lot de défis pour les agriculteurs. Que leur réservent les prochaines années? La Terre a regroupé les prévisions de différents experts sur le sujet.

S’il y a une certitude qui accompagne les changements climatiques, c’est d’abord une tendance à l’augmentation des températures. Selon le consortium de recherche Ouranos, le mercure a déjà grimpé de 1 à 3 °C dans les différentes régions du Québec entre 1950 et 2011. Et son ascension ne fait que commencer.

Anne Blondot. Photo : Gracieuseté d’Ouranos

L’agronome et coordonnatrice du programme Agriculture, pêches et aquaculture commerciales chez Ouranos, Anne Blondot, donne l’exemple du Centre-du-Québec pour démontrer ce que les producteurs peuvent anticiper. « Jusqu’en 2010, on avait chaque année une moyenne de six jours de plus de 30 °C, explique-t-elle. Pour l’horizon 2041-2070, on s’attend à ce que ce soit 26 jours en moyenne. »

Les experts en science du climat sont généralement peu enclins à associer des événements météorologiques précis à de grandes tendances climatiques, mais la chercheuse n’hésite pas à évoquer le cas de l’été 2018 marqué par la sécheresse pour illustrer ce qui deviendra bientôt la normalité au Québec. L’an dernier, la température moyenne de juillet et d’août a surpassé de  2,2 °C la normale de 1981 à 2010.  « Certains seront plus froids, et d’autres plus chauds, dit-elle, mais des étés comme celui de 2018 devraient devenir la norme, selon nos modèles. »

La difficile gestion de l’eau

Des étés plus chauds donc, mais pas seulement cela. Dans sa lorgnette, Ouranos prévoit aussi des dégels hâtifs au printemps, couplés à de premiers gels tardifs à l’automne. La saison de croissance des cultures s’en trouvera prolongée dans toutes les régions. L’hiver, lui, s’annonce plus doux et composé d’épisodes de gels-dégels et de pluie. « La couverture de neige sera donc moins épaisse dans le sud du Québec, indique Mme Blondot, mais les précipitations totales de neige et de pluie en hiver, elles, vont augmenter. »

Les producteurs devront également s’attarder à leur gestion de l’eau qui se fera plus rare par moments, mentionne la spécialiste. « Ce qui est très clair, c’est que les précipitations tomberont plus sous forme de pluies intenses, suivies de périodes plus sèches, affirme-t-elle. L’air chaud favorisera aussi l’évaporation, ce qui accentuera le stress hydrique. » 

Des plans d’adaptation régionaux

Sur le terrain, l’agronome et coordonnatrice du projet Agriclimat, Sarah Delisle, travaille depuis 2017 auprès des agriculteurs pour les sensibiliser aux impacts qu’auront les changements climatiques sur leurs productions. Financé par le Fonds vert, le projet qu’elle pilote cherche aussi à trouver des solutions aux problématiques qui émergent avec la transformation du climat. « Ça peut être un simple problème de bouette, par exemple, de ventilation de bâtiment ou de recharge de la nappe phréatique, explique-t-elle. On fait vraiment du cas par cas. »

À son terme en 2020, le projet Agriclimat débouchera sur la publication d’un plan d’adaptation pour chaque région. « L’idée, ce n’est pas simplement de répéter ce qui se fait plus au sud, indique-t-elle. Les agriculteurs doivent profiter de l’occasion pour essayer de faire mieux. » D’ailleurs, des opportunités d’affaires se présenteront aussi pour certains, souligne-t-elle. « Au Témiscamingue, il y a quelques producteurs qui testent de nouvelles cultures, confie-t-elle. Ça amène tout un autre lot de problématiques comme la gestion de la distribution, par exemple. » 

La Financière agricole aux aguets

Au début de l’année 2019, La Financière agricole du Québec (FADQ) a modifié sa protection d’assurance récolte pour le foin, excluant du calcul des précipitations celles provenant d’événements ponctuels tels que les orages violents ou les pluies abondantes. C’est là l’une des premières initiatives prises par la FADQ en réaction à la transformation du climat québécois. Selon Cynthia Byrne, conseillère en communication et en relations publiques, l’organisme « adapte continuellement » son programme d’assurance récolte. Elle souligne, par exemple, que certains paramètres d’assurance se basent sur des données historiques, mais que ceux-ci sont ajustés pour tenir compte, notamment, des changements climatiques.

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