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Les travailleurs étrangers temporaires de la Ferme A. Bélisle et Fils, de Saint-Eustache, ont tous été ébranlés par la désertion d’un de leur confrère cet été. « Ils n’arrêtaient pas de s’excuser pour son départ, alors qu’ils n’étaient en rien responsables », rapporte Louis Bélisle, propriétaire de l’entreprise.

Les travailleurs étrangers temporaires de la Ferme A. Bélisle et Fils, de Saint-Eustache, ont tous été ébranlés par la désertion d’un de leur confrère cet été. « Ils n’arrêtaient pas de s’excuser pour son départ, alors qu’ils n’étaient en rien responsables », rapporte Louis Bélisle, propriétaire de l’entreprise.

Les travailleurs étrangers plus nombreux à déserter vers les États-Unis

Louis Bélisle, producteur maraîcher de Saint-Eustache, dans les Laurentides, a commencé une journée de récolte avec une mauvaise surprise cet été. Un de ses employés guatémaltèques avait plié bagage pour tenter sa chance de l’autre côté des frontières américaines. « Je ne m’attendais pas du tout à ça », confie-t-il, encore secoué.

Louis Bélisle

Louis Bélisle

Le phénomène n’est pas nouveau. Chaque année, entre 70 et 80 travailleurs étrangers temporaires (TET) désertent leur employeur pour entrer illégalement aux États-Unis. Mais en 2021, le phénomène est plus grave, indique Fernando Borja,  directeur général de la Fondation des entreprises en recrutement de main-d’œuvre agricole étrangère (FERME).  « Depuis les huit dernières semaines, on en a toutes les fins de semaine [qui désertent]. On est déjà rendus à 76 et l’année n’est même pas finie », rapporte-t-il.

De son côté, Louis Bélisle a d’abord mal compris cette désertion, qui se produisait pour la première fois dans son entreprise. « Ici en plus, on travaille fort pour qu’ils soient bien. Ils ont leur chambre individuelle, on veut leur construire un terrain de soccer… Alors ça m’a mystifié », dit-il. Il a par la suite pu apprendre des autres travailleurs que l’employé en question était allé rejoindre sa famille, établie aux États-Unis. « Il a travaillé quelques jours et quand il a eu assez d’argent, il est parti. Je peux comprendre son choix, mais je trouve quand même que c’est décevant, parce qu’on investit pour les faire venir jusqu’ici et on compte sur eux pour le travail », nuance-t-il.

Selon M. Borja, c’est l’un des grands inconvénients de ces désertions qui se produisent à répétition.  « Pour les plus petits producteurs, perdre deux ou trois employés, c’est perdre peut-être 20 à 30 % de la main-d’œuvre. Et on peut difficilement faire venir d’autres employés en cours de saison », dit-il.

Les conditions de travail en cause?

Les raisons qui expliquent le phénomène sont ­nombreuses et propres à chaque individu, selon le directeur général de FERME. Mais il ne croit pas que les conditions de travail au Québec soit la seule cause de ces départs. «  Je pense que c’est plus parce que des gens leur font miroiter que la vie est plus facile là-bas [aux États-Unis]. Il y a des travailleurs qui étaient dans le programme [de travailleurs étrangers agricoles] depuis des années et qui décident de partir un beau matin. Il y en a d’autres qui font leur première journée et qui désertent le soir même », rapporte-t-il.

Approchés au Walmart

Melvin Mendez, coordonnateur de terrain pour le Réseau d’aide aux travailleurs et travailleuses migrants au Québec (RATTMAQ), croit aussi qu’il y a encore beaucoup de Latino-Américains attirés par le mythe de liberté associé aux États-Unis. Un réseau de passeurs se serait d’ailleurs organisé pour exploiter ce désir. « Souvent, ils se font approcher au Walmart ou dans un autre commerce. Des passeurs leur demandent 3 000 $ US (5 000 $ CA) en leur promettant qu’ils les aideront à traverser les frontières. Mais, ils les laissent à quelques kilomètres de là en leur disant de traverser seuls, et de l’autre côté, il n’y a personne qui les attend. Ils sont laissés à eux-mêmes. S’ils se font repérer, ils risquent d’être déportés dans leur pays. Et là-bas, souvent, ils doivent encore de l’argent qu’ils ont emprunté pour venir au Canada », raconte M. Mendez, qui est régulièrement appelé par les agents frontaliers pour aller aider des TET qui ont été interceptés aux États-Unis.

« Je pense que beaucoup d’entre eux évaluent peut-être mal tous les risques d’aller dans un pays où ils seront illégaux, sans assurance santé, sans logement, alors qu’ils ne sont pas certains de pouvoir trouver un travail plus payant », déplore pour sa part M. Borja. Car pour un qui réussit là-bas, plusieurs autres ne réussiront pas. Il y a beaucoup de risques à travailler sans papier, sans sécurité et dans des conditions difficiles. »

Plusieurs organismes travaillent présentement à mettre sur pied des campagnes d’information destinées à ces travailleurs afin de mieux les informer de ces risques. 

Permis « ouvert » et permis « fermé »

Fernando Borja, directeur général chez FERME

Fernando Borja, directeur général chez FERME

Des permis de travail « fermés » empêchaient, avant, les travailleurs temporaires étrangers de changer d’entreprise en cours de saison s’ils n’étaient pas confortables avec leur employeur. « Les règles se sont maintenant assouplies et c’est plus facile pour eux de pouvoir changer de place », fait part Melvin Mendez du RATTMAQ. Selon lui, cet assouplissement devrait aider à résorber le nombre de TET qui désertent pour se rendre aux États-Unis en quête d’une plus grande liberté, notamment pour choisir le type d’emploi qu’ils veulent faire ou seulement avoir le droit de conduire une voiture. De son côté, Fernando Borja, directeur général chez FERME, ne croit pas que le permis soit un réel enjeu puisqu’il est toujours possible pendant la saison de transférer un employé insatisfait de ses conditions dans une autre entreprise », soutient-il.