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Frédérique Lavallée, étudiante à la maîtrise en agroforesterie à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, et Vincent Poirier, professeur en sciences du sol, mènent une étude sur le sylvopastoralisme et le stockage du carbone à la Ferme Lafontaine-Noël, située à Dupuy, en Abitibi. Photo : Gracieuseté de l’Université du Québaec en Abitibi-Témiscamingue

Frédérique Lavallée, étudiante à la maîtrise en agroforesterie à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, et Vincent Poirier, professeur en sciences du sol, mènent une étude sur le sylvopastoralisme et le stockage du carbone à la Ferme Lafontaine-Noël, située à Dupuy, en Abitibi. Photo : Gracieuseté de l’Université du Québaec en Abitibi-Témiscamingue

Le sylvopastoralisme et ses effets sur le stockage du carbone à l'étude

L’aménagement de haies agroforestières dans les pâturages de bovins, combiné à certaines pratiques de paissance, pourrait favoriser la biodiversité et la captation du carbone dans le sol. C’est ce que souhaite démontrer une équipe de recherche de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.

Frédérique Lavallée est étudiante à la maîtrise en agroforesterie sous la direction du professeur en sciences du sol Vincent Poirier. Ensemble, ils mènent une étude intitulée Combiner le sylvopastoralisme et la gestion adaptative multiparcelle pour favoriser le stockage de carbone et la biodiversité. « Le sylvopastoralisme est un mode d’agriculture issu de l’agroforesterie qui combine une pratique d’élevage avec une culture d’arbres. Dans le cas de notre étude, on observe le système de la Ferme Lafontaine-Noël, situé à Dupuy, en Abitibi, où les bovins bénéficient d’un pâturage où sont disposées plusieurs haies espacées de 100 mètres chacune », explique l’étudiante.

Une fois par année, l’équipe de chercheurs compte prélever des carottes de terre de 60 cm dans le pâturage, pour ensuite les analyser en laboratoire. Un échantillonnage sera également réalisé dans la partie aérienne de l’écosystème, soit au niveau des plantes et des arbres. « C’est un projet très multidisciplinaire qui nous permettra de mesurer les effets sur la biodiversité, de même que le niveau de stockage du carbone dans le sol, mentionne Frédérique Lavallée. On analysera aussi la composition botanique du pâturage pour voir si la présence des arbres contribue à une plus grande diversification des plantes. »

Des différences dans les pratiques de paissance pourraient influencer les résultats, pensent les chercheurs. « Nous allons comparer différents types de paissance. L’impact sur le sol et les plantes pourrait être différent selon par exemple que les bovins restent 10 jours au pâturage, ou encore que leur enclos mobile soit déplacé dans une parcelle divisée en dix. Cela pourrait avoir un impact sur la répartition des déjections et la régénération des plantes. On pense également que les systèmes racinaires ne réagissent pas de la même façon selon le mode de paissance », dit l’étudiante.

Trente vaches ont été choisies pour participer à l’étude, parmi les 350 de la Ferme Lafontaine-Noël, explique la copropriétaire Hélène Noël. « On pratiquait déjà la paissance en rotation, en les changeant de parcelle selon la pousse, pour éviter que les plantes ne soient rasées jusqu’à terre. Les résultats de cette façon de faire vont être observés dans l’une des parcelles à l’étude et dans l’autre, les vaches sont changées d’endroit chaque jour », explique-t-elle.

Les haies aménagées à la ferme sont composées d’essences d’arbres choisies spécialement aux fins de l’étude. « On a choisi l’épinette blanche, pour avoir un conifère, l’érable rouge, comme feuillu noble, et le peuplier hybride comme essence à croissance rapide, énumère Frédérique Lavallée. On a testé plusieurs mélanges de ces trois essences d’arbres dans nos différentes haies. Ce dispositif va nous permettre de mesurer plusieurs paramètres. »

Peu d’études en agroforesterie ont été menées au Québec, explique l’étudiante. « L’agroforesterie est encore méconnue au Québec, où l’on trouve peu de fermes sur ce modèle. Nous souhaitons prouver ses bienfaits écosystémiques, les mesurer théoriquement et les rendre accessibles techniquement. Avoir des données propres à notre climat et à notre sol sera très instructif, car le stockage du carbone est très différent selon les différents types d’environnements. »

Des chercheurs de l’Université de Sherbrooke et de l’Université du Québec en Outaouais, de même que des directions régionales du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) de ­l’Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec, sont également impliqués dans la recherche.