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L’agriculteur Joël Néron ramasse divers déchets laissés par des motoneigistes sur ses terres à la fonte de la neige. Photo : Gracieuseté de Joël Néron

L’agriculteur Joël Néron ramasse divers déchets laissés par des motoneigistes sur ses terres à la fonte de la neige. Photo : Gracieuseté de Joël Néron

Des débris qui coûtent cher aux producteurs

Les déchets jetés à proximité des champs peuvent avoir de graves conséquences pour les animaux nourris au foin. Des propriétaires de vaches laitières ont perdu des animaux récemment en raison de la présence de canettes d’aluminium déchiquetées et mélangées au foin.

« Quand le foin est long et que la canette est dans le fond, on ne la voit pas quand on passe avec notre faucheuse. Les détecteurs de métal sont sensibles, mais ne détectent pas l’aluminium », explique Jean-François Simard, propriétaire de la Ferme Kildare, à Saint-Ambroise-de-Kildare dans Lanaudière. Il a perdu deux vaches en novembre et deux autres ont été incommodées après avoir ingéré malencontreusement des morceaux d’aluminium. Il évalue ses pertes à 10 000 $, soit la valeur des animaux, des soins prodigués et du lait qui ne sera pas produit.

Jean-Claude Poissant, propriétaire d’une ferme laitière à Saint-Philippe, en Montérégie, a également perdu une vache pour la même raison et deux autres vaches en ont aussi souffert. Elles ont arrêté de manger et cette mésaventure lui a coûté 400 $ en frais vétérinaires. L’ancien député réalise que ce n’est probablement pas la première fois que ça lui arrive. « Avant, on y portait moins attention, mais avec tout ce qu’on ramasse dans nos champs près des routes, les autres fois où l’on a perdu des vaches, c’était peut-être à cause de ça », affirme-t-il.

Les terres de ces deux agriculteurs sont traversées par des pistes de la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec, tout comme celles de Joël Néron, qui a une petite ferme de vaches de boucherie à L’Ascension-de-Notre-Seigneur, au Lac-Saint-Jean. Celui-ci déplore que des déchets soient laissés sur ses terres par certains motoneigistes. « Au printemps, je ramasse des canettes et des galons d’huile. J’ai même déjà trouvé un bas de laine », résume-t-il. Des courroies de motoneiges et des pneus ont aussi été trouvés par les agriculteurs interrogés par La Terre.

M. Poissant estime qu’on devrait exiger que ceux qui font l’achat de ce bolide suivent un cours afin d’être sensibilisés au respect des sentiers.

Perte de récolte

Le passage de motoneiges sur les terres agricoles cause aussi des pertes de récolte. Joël Néron a calculé, il y a quelques années, que le sentier lui enlevait 4 000 mètres carrés de culture ou 2,4 tonnes de foin par année, soit l’équivalent de nourriture d’une vache pendant 150 jours. Ce constat ne comprend pas les bris causés par des motoneigistes qui circulent hors sentier.

Jean-Claude Poissant a évalué, de son côté, ses pertes à environ 1 000 $. « J’ai beaucoup de luzerne qui ne tolère pas la compaction causée par le passage de motoneige », dit-il. Jean-François Simard, pour sa part, a constaté qu’aux endroits où les véhicules ont passé, ça ne dégèle pas aussi vite et le foin n’est pas le même qu’ailleurs sur sa terre.

Ces agriculteurs tolèrent le sentier pour être de bons concitoyens et pour tenter de concentrer les nuisances. Joël Néron a déjà songé à retirer son autorisation, mais il croit que des motoneigistes y ­circuleraient quand même.