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Les conditions climatiques de 2018 auront finalement été favorables aux bleuets sauvages, mais les prix sont insuffisants, clament les producteurs. Crédit photo : Guillaume Roy

Les conditions climatiques de 2018 auront finalement été favorables aux bleuets sauvages, mais les prix sont insuffisants, clament les producteurs. Crédit photo : Guillaume Roy

87,7 millions de livres de bleuets en 2018

DOLBEAU-MISTASSINI — La sécheresse de l’été 2018 laissait présager de mauvaises récoltes, mais les pluies du mois d’août sont venues sauver la saison de production des bleuets sauvages. Ainsi, 87,7 millions de livres ont été cueillies, ce qui représente la deuxième meilleure récolte historique au Québec alors que la moyenne des cinq dernières années se chiffre à 86,8 millions de livres.

« À la fin du mois de juillet, on parlait de pertes de rendement de 25 à 30 % dans les bleuetières », a remarqué Pierre-Olivier Martel, agronome au ministère québécois de l’Agriculture, lors de la Journée bleuet tenue à Dolbeau-Mistassini le 12 mars. En juin et juillet, le Saguenay–Lac-Saint-Jean a en effet reçu respectivement 42 et 46 mm de pluie de moins que la moyenne, alors que la région a bénéficié de 48 mm de plus qu’à l’habitude en août, ce qui a permis de sauver la récolte.

Selon Carl Boivin, agronome et chercheur à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) qui a réalisé une étude sur -l’irrigation des bleuetières, les plants ont de faibles besoins en eau, car ils peuvent survivre jusqu’à 26 jours lorsque la réserve d’eau facilement utilisable atteint 40 mm, ce qui n’est pas rare.

Les conditions hivernales avaient également été favorables pour les bleuets. « En général, la couverture de neige a été bonne en 2018 », lance Pierre-Olivier Martel, en notant toutefois que des -dommages hivernaux ont été signalés dans certains secteurs à La Doré, à Normandin et à Saint-Félicien, où la quantité de neige a été moindre.

Au printemps, la température est descendue sous zéro durant plusieurs nuits, mais sans jamais chuter à des extrêmes, ce qui a limité les dommages là aussi, ajoute M. Martel.

En ce qui a trait à la pollinisation, 30 000 ruches ont été utilisées au Saguenay–Lac-Saint-Jean en 2018, soit l’équivalent de 2017, alors que 35 000 ruches avaient été dénombrées en 2015 et 2016. En 2018, l’emploi de mégachiles a fait un bond de 25 % alors que l’utilisation de bourdons a grimpé de 50 %.

Bonne récolte, mauvais prix

Selon Daniel Gobeil, président du Syndicat des producteurs de bleuets du Québec (SPBQ), ça n’a pas été une bonne année pour ceux qui cultivent ces petits fruits, malgré l’excellente récolte. « On a reçu seulement 0,35 $/ lb alors que nos coûts de production moyens sont de 0,49 $/lb, a-t-il commenté. Si les producteurs de bleuets n’avaient pas d’autres sources de revenus, il y aurait encore plus de bleuetières à vendre. »
En 2018, le SPBQ a d’ailleurs perdu 31 producteurs qui ont décidé de vendre leur bleuetière. « La plupart ont été achetées par les propriétaires d’usines », estime Daniel Gobeil, qui croit que -plusieurs délaisseront la production si les prix ne sont pas ajustés.

Débat sur les coûts à la Régie

« On vend nos bleuets 0,35 $/lb alors qu’ils se détaillent 4 $/lb en magasin. Où va l’argent entre la terre et la table? » se demande Daniel Gobeil.

Pour y voir plus clair, le Syndicat des producteurs de bleuets du Québec (SPBQ) a soumis une demande d’arbitrage à la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec afin de vérifier les coûts et le prix de vente des entreprises de transformation de bleuets sauvages.

Selon la convention de mise en marché des bleuets, les transformateurs doivent remettre un rapport de toutes les déductions appliquées lors des différentes étapes de transformation et de vente du produit pour justifier le prix final.

« Comme on n’est pas capables d’avoir les vrais chiffres, on doit passer par la régie pour faire valoir nos droits », conclut le président du SPBQ.