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Il y a cinq ans, Évangéline Duclos a été mise au défi de ne pas manger de viande pendant une semaine. Cela se poursuit encore aujourd’hui. Photo : Gracieuseté d’Évangéline Duclos

Il y a cinq ans, Évangéline Duclos a été mise au défi de ne pas manger de viande pendant une semaine. Cela se poursuit encore aujourd’hui. Photo : Gracieuseté d’Évangéline Duclos

Végétariennes quand leur famille produit du bœuf

LATULIPE-ET-GABOURY – Dignes d’un scénario de comédie, deux familles de producteurs bovins d’un petit village du Témiscamingue se sont retrouvées à vivre une situation bien particulière : un membre de leur maisonnée a adopté une alimentation végétarienne.

Évangéline Duclos avait seulement 10 ans lorsqu’elle a choisi de cesser de manger de la viande. « C’était un peu niaiseux quand ç’a commencé. J’étais en cinquième et une amie m’a lancé comme défi de ne pas manger de viande pendant une semaine », se souvient l’adolescente aujourd’hui âgée de 15 ans. Le défi enfantin n’avait pas de quoi menacer les habitudes alimentaires de la famille, selon sa mère Vicky Brunet. « C’était vraiment étonnant, parce que c’était notre enfant la plus carnivore », évoque celle qui est copropriétaire, avec son conjoint, de la Ferme Vicky Brunet et Jean-Pierre Duclos.

Marianne Morency-Landry a été végétarienne pendant deux ans. Photo : Émélie Rivard-Boudreau

Marianne Morency-Landry a été végétarienne pendant deux ans. Photo : Émélie Rivard-Boudreau

Pourtant, cela fait aujourd’hui cinq ans que sa fille ne mange plus de viande. « J’ai voulu recommencer à en manger, mais ç’a n’a pas passé. Je me suis rendu compte que je n’en avais pas vraiment besoin et, tranquillement, j’ai réalisé comment la viande arrivait dans mon assiette. J’ai été élevée à la ferme et je trouve difficile de manger ces animaux-là. Ça me fait trop de peine », explique Évangéline Duclos.

À quelques kilomètres de chez elle, Marianne Morency-Landry, 31 ans, travaille à la ferme bovine de son père Richard Landry et songe même à en prendre la relève. Elle aussi grande amoureuse des vaches et du bien-être des animaux, elle a adopté une diète végétarienne pendant deux ans. « Mes parents cuisinaient de la viande et moi, autre chose », se souvient-elle.

Cohabitation

Chez la famille Duclos, tout le monde mangeait le même repas. « C’était plus simple comme ça », indique la mère d’Évangéline, Vicky Brunet. « Ç’a changé l’alimentation de tout le monde », fait remarquer sa fille.

Adopter une alimentation végétarienne lorsqu’on vient d’une famille de producteurs de bœuf suscite inévitablement des débats. « Je trouvais ça bizarre. Elle était presque contre l’abattage des animaux, contre manger de la viande et elle me parlait de prendre la relève. Il y avait un genre de paradoxe entre les deux », pensait Richard Landry, le père de Marianne.

La jeune agricultrice mange désormais la viande qui est produite à la ferme familiale ou par une ferme qu’elle connaît. « J’ai réalisé qu’il n’y avait rien de plus naturel que le cycle de vie de notre vache », affirme-t-elle. Même son de cloche chez les Brunet-Duclos : la viande que les parents mangent est celle qu’ils produisent. « C’est déjà moins pire. Je n’ai rien à leur reprocher, parce qu’ils ne m’ont jamais rien reproché », souligne Évangéline. 

Quoi penser des militants véganes?

Pas facile d’être complètement pour ou contre les arguments des militants véganes lorsqu’on est une végétarienne ayant grandi chez des producteurs de bœufs. « J’ai toujours eu du respect pour les végétariens, mais aussi pour les éleveurs. C’était rendu que je m’obstinais avec des agriculteurs et je m’obstinais avec des véganes, mais je comprenais aussi les deux », témoigne Marianne Morency-Landry.

De son côté, Évangéline a même vécu une période végétalienne – c’est-à-dire sans consommer aucun produit animal comme des œufs ou du lait. Aujourd’hui, elle accepte de manger des œufs provenant de chez elle. Elle considère que le public doit être mieux sensibilisé aux conséquences d’une consommation de viande au quotidien. En revanche, elle souhaite que le débat d’idées soit davantage respectueux de part et d’autre. « Certains militants véganes pourraient avoir de meilleures façons pour passer le message, mais plusieurs producteurs manquent malheureusement aussi de respect envers les végétariens et les véganes », se désole l’adolescente.