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Richard Lemay, de Saint-André-d’Argenteuil, anticipe des pertes de 50 000 $ liées à la découverte, dans un autre élevage, de la maladie débilitante chronique des cervidés l’automne dernier. Gracieuseté de Richard Lemay

Richard Lemay, de Saint-André-d’Argenteuil, anticipe des pertes de 50 000 $ liées à la découverte, dans un autre élevage, de la maladie débilitante chronique des cervidés l’automne dernier. Gracieuseté de Richard Lemay

Les éleveurs de cerfs rouges au bout de leurs réserves

L’éradication du plus grand troupeau de cerfs rouges du Québec en raison de la maladie débilitante chronique (MDC) des cervidés pousse d’autres éleveurs au bord du gouffre financier. « Je suis dans le rouge, témoigne Richard Lemay. Mon acheteur me donnait la moitié du prix. Alors je garde mes animaux, mais je dois les nourrir tout l’hiver et me procurer du foin. Ça entraîne des pertes d’environ 50 000 $. »

La situation de ce propriétaire de 500 têtes à Saint-André-d’Argenteuil, dans les Laurentides, n’est pas unique. Le président de l’Association cerfs rouges du Québec, Gaétan Lehoux, mentionne que plusieurs éleveurs sont dans une position très critique. « Nos réserves de foin sont pratiquement épuisées et nous n’avons plus de liquidités pour en acheter. Si rien n’est fait par le gouvernement, plusieurs d’entre nous ne passeront pas à travers », assure-t-il. Son entreprise est elle-même accolée au pied du mur. « L’élevage de cerfs rouges, c’est mon métier. Si je liquide les animaux à une fraction du prix, après, je fais comment pour gagner ma vie et celle de ma famille? » demande M. Lehoux, qui possède 550 têtes.

À Saint-Jean-de-Brébeuf, en Chaudière-Appalaches, Mario Giguère a vu ses ventes à la ferme chuter radicalement en raison de la méfiance soudaine des clients à l’égard de la viande de cerf rouge, et ce, même si son élevage n’a pas été placé en quarantaine. Crédit : Gracieuseté de Mario Giguère

À Saint-Jean-de-Brébeuf, en Chaudière-Appalaches, Mario Giguère a vu ses ventes à la ferme chuter radicalement en raison de la méfiance soudaine des clients à l’égard de la viande de cerf rouge, et ce, même si son élevage n’a pas été placé en quarantaine.
Crédit : Gracieuseté de Mario Giguère

Une réaction en chaîne

Pour y voir clair, le ministère québécois de l’Agriculture du Québec et le comité de gestion de crise ont mandaté une firme externe pour documenter la situation des neuf éleveurs touchés directement par la découverte de la MDC chez la plus importante ferme d’élevage de cerfs rouges du Québec.

Dans son rapport déposé le 30 janvier dont La Terre a obtenu copie, GSP Conseil indique que l’abattage obligatoire des quelque 3 000 bêtes a entraîné des surplus chez les autres éleveurs et une réaction en chaîne : baisse du prix du marché, accroissement des coûts d’alimentation, manque d’espace dans les enclos et augmentation du temps de gestion des élevages. Les producteurs sondés anticipent également le déclassement des animaux gardés trop longtemps à la ferme et un problème d’approvisionnement en géniteurs de qualité. La situation générale des entreprises est jugée fragile, voire précaire, alors que deux d’entre elles ont affirmé être en mode fermeture.

Demande pressante

Pour faire face à la crise, les producteurs demandent à Québec d’intervenir rapidement pour injecter des liquidités et sortir des enclos les animaux prêts à l’abattage. Ils estiment leurs besoins à quelques centaines de milliers de dollars.

Rappelons qu’en janvier, le gouvernement provincial a mandaté La Financière agricole du Québec pour mettre en place un programme spécial doté d’une enveloppe de 1 M$. L’organisme a indiqué à La Terre que l’aide destinée aux éleveurs de cerfs rouges sera détaillée dans la semaine du 25 février.

 

La quarantaine

Une dizaine d’exploitations d’élevage qui ont acheté des bêtes provenant de la ferme contaminée sont encore en quarantaine à la demande du gouvernement québécois. Jean-François Théroux est l’un de ceux qui sont touchés par cette mesure. Il doit appliquer des normes sanitaires strictes. « Si je veux faire du déneigement avec le tracteur qui a été près des animaux, je dois le désinfecter. Laver un tracteur l’hiver, dehors, ce n’est pas faisable, alors il est condamné », explique l’éleveur de Lanoraie, dans Lanaudière. Il fait remarquer que toute la couverture médiatique entourant la maladie fait peur aux consommateurs, qui ont diminué leurs achats à son kiosque à la ferme, même si aucune trace de la maladie n’a été trouvée chez lui.