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L’azote rejeté par les excréments des animaux retourne dans la nature et peut alors devenir un agent polluant s’il n’est pas récupéré comme fertilisant naturel. Photo : Les Producteurs de bovins du Québec

L’azote rejeté par les excréments des animaux retourne dans la nature et peut alors devenir un agent polluant s’il n’est pas récupéré comme fertilisant naturel. Photo : Les Producteurs de bovins du Québec

La réduction de GES en production bovine : oui, c’est possible!

L’agriculture et la pollution sont deux mots souvent associés. La production bovine est probablement le secteur qui a été le plus critiqué quant à son impact sur l’environnement. Mais les méthodes changent, l’information circule et nos connaissances évoluent.

Et si la production bovine pouvait maintenant faire partie de la solution?

Comme elle est la seule industrie qui possède le pouvoir de séquestrer à long terme autant de carbone qu’elle en émet, l’agriculture deviendra certainement un joueur important dans l’avenir de l’environnement.

Maintenant que nous connaissons l’origine des GES en production bovine, nous pouvons identifier lesquels il est possible de limiter. En effet, selon différentes stratégies d’alimentation et de bonnes pratiques culturales, la production bovine a la possibilité d’avoir un certain contrôle sur ses émissions.

Réduire la production de méthane

Le méthane est produit à la suite de la dégradation de la fibre par les microorganismes du rumen. Ce processus de fermentation libère des acides gras volatils, comme l’acétate, et de l’hydrogène. Rapidement, d’autres microorganismes utiliseront l’hydrogène et le CO2 dissous pour former du méthane (CH4) et de l’eau. La dégradation ruminale de l’amidon, quant à elle, favorise davantage la production de propionate, ce qui tend plutôt à capter l’hydrogène dissous, réduisant l’activité des microorganismes producteurs de méthane.

Selon différentes stratégies d’alimentation et de bonnes pratiques culturales, la production bovine a la possibilité d’avoir un certain contrôle sur ses émissions.

Ainsi, une alimentation avec plus de grains produit généralement moins de méthane qu’une alimentation seulement fourragère. Mais ne sautez pas trop vite aux conclusions!

En pratique, il est évident que les plantes fourragères resteront l’aliment de base pour les bovins. Si nous voulons réduire les émissions de gaz à effet de serre en production bovine, nous devons éliminer d’abord les émissions « inutiles » en travaillant sur la productivité globale des animaux.

Stratégies qui permettront d’émettre moins de méthane par kilogramme de viande produite :

  • S’assurer de servir une ration équilibrée qui répond aux besoins des animaux selon leur stade de croissance ou de reproduction;
  • Diagnostiquer rapidement les maladies ou les blessures afin d’apporter les soins adéquats;
  • Réformer les animaux improductifs;
  • Maximiser le taux de gain des veaux et bouvillons;
  • Améliorer la génétique du troupeau.

Autres stratégies et additifs

Certains sous-produits disponibles pour l’alimentation des bouvillons contiennent une bonne quantité de gras. Dans les faits, le gras est une source importante d’énergie pour l’animal sans être fermenté comme le glucose. Il agit également comme antagoniste pour certains microorganismes impliqués dans la production du méthane.

Il existe aussi sur le marché des additifs qui permettent de réduire de façon considérable la production de méthane. Certains sont déjà connus, comme les acides gras, le Monensin et le biocharbon. Mais plusieurs autres composés qui donnent de bons résultats ont commencé à percer le marché. C’est le cas du 3NOP, connu sous le nom de Bovaer, une molécule de synthèse qui permet d’inhiber l’activité d’une enzyme dans la dernière étape de la production du méthane.

Les bovins ont la capacité de valoriser un large éventail d’ingrédients. Des légumes déclassés aux sous-produits d’usines (distillerie, transformation du maïs, criblures de grains, etc.), les producteurs bovins peuvent récupérer ces ingrédients et les ajouter à l’alimentation des animaux. Ils ont souvent une très bonne valeur nutritive et, de cette façon, ils évitent le site d’enfouissement.

De plus, il est important d’équilibrer la protéine dans l’alimentation. Un animal qui mange une ration excédant ses besoins en protéine la relâchera dans ses urines. Effectivement, l’azote rejeté par les excréments des animaux retourne dans la nature et peut alors devenir un agent polluant s’il n’est pas récupéré comme fertilisant naturel.

Selon une méta-analyse réalisée en 2015 (Selbie et coll.), une « plaque » d’urine représente en moyenne un équivalent de 613 kg N/ha pour les vaches laitières et 345 kg N/ha pour les bovins de boucherie.

Plus de vert et moins de labour!

Toujours dans l’objectif de réduire les émissions des GES liés à la production bovine, on peut favoriser le travail réduit du sol pour les cultures destinées aux animaux. Autant pour la santé des sols que pour la réduction des passages dans les champs (moins de combustion de carburant), le travail minimum du sol n’aura jamais été autant justifié.

Un sol en santé avec une bonne couverture végétale permet de capter plus de carbone et de relâcher moins d’azote par lessivage ou volatilisation. Repensez à la concentration en azote de l’urine : plus il y a de plantes vigoureuses pour capter cet azote, plus les pertes d’azote seront limitées. En bonus, la plante pourra s’en servir pour croître davantage et augmenter son taux en protéines. 

Élizabeth Lepage, agronome / experte-conseil en production bovine, OptiBoeuf S.E.N.C.