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La jeune agricultrice Amélie Brien ne regrette pas son incursion dans l’élevage de poules Chantecler. Crédit photo : Archives TCN

La jeune agricultrice Amélie Brien ne regrette pas son incursion dans l’élevage de poules Chantecler. Crédit photo : Archives TCN

Des leçons qui portent fruit

Bien que l’aventure dans l’élevage de poules Chantecler soit terminée pour Amélie Brien, son expérience sert maintenant d’exemple à toute la filière.

En 2015, Amélie s’est lancée dans l’élevage de poules Chantecler. Elle était l’une des dix personnes sélectionnées par la Fédération de producteurs des races patrimoniales du Québec pour bénéficier du quota spécial accordé à la Chantecler par les trois fédérations avicoles de la province.

Amélie disposait d’un droit de produire de 150 reproductrices, 15 coqs, 500 pondeuses et quelque 20 000 poulets de chair. Il y a environ deux ans, des oiseaux de son troupeau commencent à montrer des signes de faiblesse. Les cas d’infection, notamment des pneumonies, en emportent plusieurs. Finalement, la présence de Mycoplasma gallisepticum se confirme. Cette bactérie se transmet par l’air et s’attaque au système immunitaire.

« Une fois dans le bâtiment, c’est difficile de s’en départir. C’était rendu trop tard pour moi », témoigne Amélie. D’ailleurs, les oiseaux contaminés demeurent porteurs à vie, précise l’Association des vétérinaires en industrie animale. À la fin janvier 2018, Amélie dépose les armes.

Après une année de combat, la jeune femme se fait philosophe. « Si je n’avais pas essayé l’élevage, je l’aurais regretté. Le programme, j’y crois encore », affirme-t-elle, ajoutant qu’elle demeure disponible pour conseiller les aspirants aviculteurs.

Des leçons

La mésaventure d’Amélie a permis à la filière de resserrer l’accompagnement des éleveurs et de préciser le protocole sanitaire, explique André Auclair, de la Fédération de producteurs des races patrimoniales du Québec.

La filière de la Chantecler tente actuellement de prendre son envol. Les producteurs réfléchissent à l’idée de mettre en place une coopérative afin de créer une « masse critique » d’oiseaux. En attendant le lancement officiel de l’appellation Volaille Chantecler de tradition, les éleveurs appliquent le cahier de charges pour commercialiser leur poulet fermier. Le financement s’avère cependant difficile à trouver. « C’est l’œuf ou la poule », illustre M. Auclair. Pourtant, la demande est là pour ce produit gastronomique qui s’apparente au poulet de Brest et qui figure notamment au menu du restaurant de l’hôtel Sofitel, à Montréal.
« On crée de la demande, mais on n’a pas les quantités pour y répondre. Il faut avoir une masse critique pour prendre le marché », précise le défenseur des races patrimoniales. À l’heure actuelle, la commercialisation se fait principalement par ventes directes aux consommateurs.

Poule Chantecler 101

La poule Chantecler fait partie des trois races patrimoniales reconnues par la Loi sur les races animales du patrimoine agricole du Québec, adoptée par l’Assemblée nationale du Québec en 1999. Elle est reconnue comme la plus ancienne race de volaille spécifiquement canadienne. « Cette race patrimoniale possède des caractéristiques propres comme race rustique à deux fins [chair et œufs], mais elle ne possède pas les performances de hauts rendements, de précocité et d’indice de consommation peu élevé des races de volailles plus couramment élevées. Cette race rustique, adaptée aux hivers québécois avec ponte en hiver, donne une viande plus mature, plus ferme, à saveur intense ressemblant au gibier, indique le Conseil des appellations réservées et des termes valorisants, qui a reçu une demande de reconnaissance d’appellation de spécificité traditionnelle pour la Volaille Chantecler de tradition. Le cahier des charges déposé pour la reconnaissance de la Volaille Chantecler de tradition souhaite reproduire le plus fidèlement possible la méthode de production développée par les pères trappistes avec un élevage en semi-liberté. Cette appellation permettra également à cette industrie en renaissance de se développer et de se protéger de la contrefaçon déjà observée », précise le Conseil.