L’élevage de visons a été à son apogée, au Québec, dans les années 1980 et 1990, avant de subir un déclin à partir des années 2010, raconte l’ancien éleveur Armand Richard. Photo : Patricia Blackburn/TCN
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S'abonner maintenantSAINT-DAMASE – Debout sur un terrain qui servait jadis à l’élevage de ses visons, et qui est depuis loué à un agriculteur qui y cultive du foin, Armand Richard discute avec un voisin du jour où des activistes sont venus libérer les quelque 500 animaux qui se trouvaient dans sa visonnière, en 2013. « Il y avait des visons qui couraient partout. J’en ai perdu 180. Plusieurs sont morts écrasés sur la route. Ça m’a fait tellement peur qu’un an après, j’ai tout arrêté », se remémore-t-il avec tristesse.
Les deux hommes affirment que dans les années 1980 et 1990, le village de Saint-Damase, en Montérégie, comptait plusieurs élevages de visons. « Au moins quatre », dénombrent-ils. Cette production avait alors le vent dans les voiles, profitant d’un marché de la fourrure canadien lucratif, alors qu’en parallèle, le gouvernement provincial offrait des incitatifs financiers pour encourager le développement de cette production.
M. Richard était déjà dans le domaine depuis 1969, année où il a repris l’élevage démarré dix ans plus tôt par son père, lequel exploitait également une culture de tabac à pipe, qu’il a fermée lors du transfert.
« Dans le vison, les femelles ont une moyenne de 3-4 bébés, ce qui permet de couvrir les frais de l’élevage. C’est avec les bébés supplémentaires que tu fais ton profit. Moi, j’étais un bon éleveur. Ma moyenne était toujours au-dessus », relate celui qui dit avoir beaucoup aimé cette production. Il garde d’ailleurs encore quelques visons pour le plaisir, en plus d’une dizaine de colombes, qu’il vend pour des événements spéciaux, comme des mariages, explique-t-il à La Terre en montrant fièrement la volière d’oiseaux blancs.

Décroissance
Il raconte que la décroissance de la production de visons au Québec comme au Canada a commencé autour des années 2010, moment où le marché de la fourrure s’est effondré. La demande n’était plus là, et les coups d’éclat des activistes ont contribué, selon lui, à transformer l’opinion publique à l’égard des élevages d’animaux à fourrure.
Ç’a complètement tué l’industrie. Plus personne ne fait ça aujourd’hui [au Québec]. Les peaux se vendent à des prix ridicules.
En effet, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), dans une réponse fournie par courriel à La Terre, indique que ce secteur n’est plus actif depuis quelques années, à la suite de l’effondrement du marché de la fourrure et de la fermeture de l’encan canadien. « À ce jour, selon les données du MAPAQ, il ne reste aucun éleveur commercial de visons en activité et il n’y a plus de visons qui sont abattus au Québec », souligne Yohan Dallaire Boily, porte-parole du MAPAQ.
L’Association professionnelle des producteurs de fourrure du Québec a d’ailleurs été dissoute en janvier 2023, rappelle-t-il.

Encore quelques élevages au Canada
L’Association des éleveurs de visons du Canada estime, quant à elle, qu’il y a une trentaine d’élevages subsistant dans l’ensemble du pays. « L’élevage d’animaux à fourrure est autorisé dans toutes les provinces, à l’exception de la Colombie-Britannique, où une procédure judiciaire est en cours pour déterminer si le gouvernement a outrepassé ses pouvoirs lorsqu’il a décidé d’interdire l’élevage d’animaux à fourrure en 2021 », explique Catherine Moores, secrétaire exécutive de l’Association.
Cette production est encadrée par le Code de pratique pour le soin et la manipulation des visons d’élevage, publié en 2013 et mis à jour en juin 2021. L’Agence canadienne d’inspection des aliments chapeaute, de son côté, les normes de biosécurité recommandées pour ce type d’activités.
Nombre d’élevages de visons recensés en 2024 au Canada
Terre-Neuve-et-Labrador : 3
Nouvelle-Écosse : 12
Nouveau-Brunswick : 1
Ontario : 12
Manitoba : 3
Autres provinces, y compris le Québec : 0
Total : 31
(Source : Agriculture et Agroalimentaires Canada)
Plaidoyer pour interdire les fermes à fourrure au Québec
La Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) de Montréal estime que le déclin que connaissent actuellement les fermes d’animaux à fourrure est l’occasion idéale pour interdire cette production sur le territoire.
Dans un communiqué publié au début juin, elle presse le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) de suivre l’exemple de la Colombie-Britannique, qui a légiféré pour interdire cette activité en 2021.
L’organisation s’appuie sur une lettre datée de 2022, obtenue par l’entremise d’une demande d’accès à l’information, et rapportant les propos échangés par du personnel du MAPAQ au sujet des dispositions de la loi P-42 qui permettraient d’interdire l’élevage d’animaux à fourrure sur le territoire.
Dans le document en question, que La Terre a pu consulter, le personnel du MAPAQ parle « d’une industrie en déclin, qui présente une acceptabilité sociale très faible et qui n’assure pas le bien-être de ces animaux ».
Selon Me Sophie Gaillard, directrice des affaires juridiques et gouvernementales à la SPCA de Montréal, le gouvernement aurait tout intérêt à aller de l’avant dans ce projet d’interdiction pour prévenir l’ouverture de nouvelles fermes dans le futur. « On parle de peu d’individus qui subsistent encore de ces activités-là. Le gouvernement n’aurait donc pas à mobiliser d’importantes sommes de fonds publics pour financer une transition s’il décidait d’interdire l’activité », affirme-t-elle dans une entrevue accordée à La Terre. Selon l’organisation de défense des droits animaux, un flou persiste d’ailleurs sur le nombre exact d’éleveurs d’animaux à fourrure encore en activité dans la province, car ceux-ci n’ont pas l’obligation de s’enregistrer auprès du gouvernement, sauf s’ils souhaitent obtenir un numéro de producteur agricole pour avoir accès à différents programmes de subvention, précise Me Gaillard.