Le producteur maraîcher Vincent Langlois, propriétaire de la ferme O’koppo, dans Chaudière-Appalaches, explique dans une vidéo YouTube comment faire l’abattage de poulet à la ferme pour sa propre consommation. Photo : Youtube
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S'abonner maintenantLa volonté du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) de pérenniser le projet pilote d’abattage de poulets à la ferme, si elle fait des heureux du côté des petits éleveurs, insécurise les plus gros, qui craignent des risques sur le plan sanitaire.
« Tout ça, c’est romantique, mais aussi un peu Moyen-Âge. Ça va bien tant que ça va bien. La journée où il y en a un qui échappe son couteau par terre, le contamine à la salmonelle, coupe une cuisse de poulet : on connaît la suite, et ce serait toute la filière qui pourrait en être affectée. C’est ce qui nous inquiète », explique Benoît Fontaine, président des Éleveurs de volailles du Québec (EVQ). Ainsi, bien peu d’éleveurs de volailles sous gestion de l’offre sont favorables au projet dans sa forme actuelle, rapporte-t-il, car un seul cas d’intoxication alimentaire pourrait porter ombrage aux ventes de poulet en général.
Les délégués de l’organisation ont adopté une résolution à leur assemblée générale annuelle de la mi-avril pour demander au MAPAQ de ne pas adopter son projet tant que les commentaires soumis par leur organisation n’auront pas été « pleinement pris en compte », et de resserrer l’encadrement des activités d’abattage à la ferme qui sont prévues « pour assurer une gestion rigoureuse des risques de toxi-infection alimentaire », suggèrent-ils.

Des éleveurs ont d’ailleurs profité du passage du ministre Donald Martel à leur assemblée pour l’interpeller sur leurs revendications. Ce dernier s’est montré réceptif à leurs inquiétudes, mais aussi déterminé à poursuivre le projet malgré tout. « Je comprends vos préoccupations. On va vérifier, mais je pense qu’il faut faire confiance aux gens du MAPAQ. Et pour valoriser le milieu rural, c’est extraordinaire, [ce projet]! » leur a-t-il dit avant de passer à un autre sujet.
En entrevue avec La Terre, quelques jours après l’assemblée, M. Fontaine a réitéré son agacement, avançant qu’il sera difficile pour le MAPAQ d’exercer une surveillance adéquate quand « on permet à Pierre, Jean et Jacques d’abattre sans surveillance derrière un bâtiment de ferme », alors que les abattoirs provinciaux et fédéraux sont constamment sous surveillance d’inspecteur, a-t-il ironisé. « On ne pourra pas surveiller tout le monde le samedi matin, et c’est là que ça se complique », a-t-il précisé. L’organisation qu’il représente préférerait que le MAPAQ soutienne mieux les abattoirs déjà existants, afin de les aider à accroître leur capacité d’abattage.
Peu de risques, selon de petits éleveurs
La productrice Gabrielle Desrochers, qui a participé au projet pilote d’abattage de poulets à la ferme lancé il y a trois ans, comprend les inquiétudes de ses collègues sous gestion de l’offre, mais estime néanmoins que les risques sont minimes. « Je ne sais pas s’ils ont eu accès aux résultats du projet pilote, car on était vraiment bien encadrés sur le plan de la salubrité par le MAPAQ, et on continue d’avoir un bon suivi. Ils nous demandent de changer nos pratiques et nous aident à réadapter nos méthodes s’ils voient que les résultats des tests ne correspondent pas à leurs standards, concertant la salmonelle, le E. coli et toutes les autres bactéries », rapporte la copropriétaire de la Ferme Desrochers, à Pointe-aux-Outardes, sur la Côte-Nord. « Bien entendu, le risque n’est jamais nul, reconnaît-elle, mais c’est la même chose pour tous les autres types d’abattoirs. Après, ça dépend plus du consommateur, c’est-à-dire comment il manipule et cuit le produit. »
Un point de vue partagé par Vincent Langlois, propriétaire de la ferme maraîchère O’koppo, à Saint-Patrice-de-Beaurivage, dans Chaudière-Appalaches. Ce dernier abat déjà ses oiseaux pour sa consommation personnelle, mais aimerait obtenir un permis d’abattage de poulets à la ferme pour vendre la viande à ses clients si le projet pilote est pérennisé. « C’est encore nouveau comme projet, et je sais qu’il va y avoir un encadrement assez serré. C’est sûr que ce serait facile de s’intoxiquer à la salmonelle avec cette viande, mais si on suit les règles de base – se laver les mains, avoir des instruments propres, faire la désinfection, respecter la chaîne de froid, c’est-à-dire rincer le poulet à l’eau froide dès qu’on a fini de l’éviscérer et l’envoyer dans des drums glacés après – les risques sont minimes », estime celui qui consomme uniquement le poulet qu’il abat lui-même à la ferme depuis 2019.