Le gain de poids des bœufs du troupeau de l’éleveur Jacob Morin sera moindre cette année, parce que l’herbe est moins abondante et doit être compensée par du foin. Photo : Gracieuseté de la ferme Le Paysan Gourmand
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S'abonner maintenantUn peu plus de foin, un peu moins de pâturage : c’est l’une des stratégies que doivent adopter à contrecœur de nombreux éleveurs qui se spécialisent dans la production de bœufs ou d’agneaux nourris à l’herbe. Car le manque de pluie qui touche plusieurs régions cette saison ralentit la repousse dans les champs.
« Pour des fermes comme nous, une bonne gestion du pâturage devient cruciale. Si l’agneau à l’herbe n’était pas notre spécialité, on se casserait moins la tête et on commencerait à donner du foin plus tôt, mais notre but, c’est vraiment d’étirer la saison de pâturage le plus longtemps possible. Donc, on a un plan B, et même un plan C-D-E-F-G », illustre Émilie Tremblay, propriétaire de la ferme Pâturages du Lac Brome, en Estrie.
Le défi en est surtout un de bonne planification pour éviter le surpâturage, qui aurait des effets sur la repousse de l’herbe de saison en saison, résume-t-elle. « Ça peut être de ralentir les rotations et de nourrir avec un supplément de foin, ou encore d’avoir des champs en extra qu’on garde au cas où. Faut aussi être plus créatif avec quels groupes d’animaux on envoie où, car ils n’ont pas tous les mêmes besoins nutritifs. On ne va pas nécessairement envoyer les jeunes agneaux qui ont besoin d’être plus engraissés au même endroit que les brebis », donne-t-elle en exemple.

À Thurso, en Outaouais, le propriétaire de la Ferme Brylee, Brian Maloney, utilise des stratégies similaires pour éviter de surutiliser les ressources dans ses champs. « Ça pousse encore, mais modestement », observe celui qui a aussi dû ajouter quelques balles de foin dans les champs pour permettre aux bœufs d’avoir de quoi se mettre sous la dent pendant que les autres espaces de pâturage se régénèrent. D’autres solutions ont dû être déployées en surplus, comme le transfert d’une partie de son troupeau dans un autre site de production pour leur donner accès à des espaces de pâturage normalement utilisés pour la production de foin. « Il y a deux ans, on a eu un excès d’eau dans la région. Là, c’est le contraire. Ça change tellement vite! » s’étonne celui qui ne se rappelle pas avoir déjà vu une saison aussi sèche que celle-ci.

Il avoue qu’il faudra faire preuve de créativité dans l’avenir, et peut-être même inventer de nouvelles stratégies si ce genre de situation s’accentue. « Il faudra aussi que les éleveurs mettent leurs idées en commun, pour s’entraider à travers ces défis qui ajoutent du stress », fait-il remarquer.
Des effets sur le portefeuille
Cette gestion plus complexe a forcément un effet sur les finances. D’abord parce que le foin qui doit être donné aux animaux coûte plus cher que le pâturage.
Dans une saison normale, on commence à donner du foin aux agneaux et aux brebis vers le début du mois de décembre jusqu’au printemps suivant. Cette année, on sera probablement obligés de commencer dès la fin octobre.
L’ajout de foin à l’alimentation joue aussi sur la qualité de la viande, « pas tant sur son goût, mais sur sa valeur nutritive », précise Mme Tremblay, et ce, puisque les animaux au pâturage vont chercher plus de minéraux et de vitamines dans les herbes qu’ils broutent. Mais il y a aussi un effet sur le gain de poids, qui est moindre avec le foin, fait remarquer Jacob Morin, copropriétaire de la ferme Le Paysan Gourmand, à Saint-Félix-de-Kingsey, dans le Centre-du-Québec. « Ça affecte mon portefeuille en bout de ligne, puisque les bœufs ont de 10 à 20 % moins de poids carcasse au moment de l’abattage », évalue-t-il.
La production biologique aussi touchée
Le manque de pluie complique aussi la gestion des troupeaux des éleveurs qui ont une certification biologique, et qui doivent prévoir des périodes de pâturage pour répondre aux exigences de leur cahier de charge.
« Même si on a eu un bon début de saison dans Lanaudière, notre production d’herbe est moins abondante actuellement, ce qui nous force à écourter la saison, donc ça gruge un peu dans nos réserves de foin », déplore Marie-Philippe Vincent, de la ferme biologique Saint-Vincent, à Saint-Cuthbert, dans Lanaudière.
