Le virus de la Vallée Cache se transmet aux animaux par une piqûre de moustique infecté. La maladie clinique est surtout observée chez les brebis et, parfois, chez les chèvres pendant la gestation. Depuis 2013, 19 cas ont été signalés chez les ovins et un cas du côté caprin. Photos : Gracieuseté de la Ferme Gisy
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S'abonner maintenantLe réchauffement des températures complexifie la gestion des animaux d’élevage au pâturage, qui sont les premiers exposés aux moustiques, tiques ou mouches vecteurs de maladies émergentes.

« Malheureusement, avec les changements climatiques, ça n’ira pas en s’améliorant », a affirmé la Dre Julie Arsenault, professeure au Département de pathologie et de microbiologie de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal. Elle répondait à un éleveur qui la questionnait sur la prévalence du virus de la Vallée Cache (VVC) au Québec, lors de la dernière assemblée générale annuelle des éleveurs d’ovins, en novembre dernier. Cette maladie a infecté son troupeau de brebis en 2024 (voir l’encadré).
Isabelle Picard, coordonnatrice aux zoonoses au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), confirme que cette maladie transmise par des moustiques est en progression, comme d’autres qui suivent la même tendance et qui sont étroitement surveillées par le MAPAQ, puisque leur arrivée est imminente. « Avant 2013, on n’avait aucun cas documenté du VVC au Québec. Depuis, on a observé 19 cas sporadiques dans les troupeaux ovins, et un cas chez les caprins », précise-t-elle à La Terre. Les tiques porteuses de la bactérie responsable de la maladie de Lyme, ou encore de l’anaplasmose dans sa forme bovine ou équine, sont d’autres exemples de cette progression « parfois spectaculaire d’insectes vecteurs de maladies qui n’existaient pas il y a 25 ans », observe la vétérinaire. Le réchauffement des températures permet, en effet, de prolonger les périodes d’activité de ces insectes, en plus de favoriser l’expansion de leur population toujours plus au nord.

Parmi les nouvelles espèces encore absentes, mais dont l’arrivée est imminente, elle mentionne la tique asiatique à longue corne, capable de faire « de gros dégâts dans les troupeaux » si elle est infectée par un parasite causant la theilériose bovine.
Sa présence tout court sur notre territoire est une source de préoccupation, car elle est capable d’infestation tellement forte qu’elle provoque la mort de petits animaux, comme un veau, une chèvre ou un mouton. On sait qu’il y en a déjà à notre frontière avec les États-Unis, et qu’elle migre tranquillement vers le nord.
Le vecteur de la dermatose nodulaire déjà présent
La dermatose nodulaire, qui a fait l’objet d’un reportage dans nos pages, le 4 mars, détaillant les ravages causés dans des élevages bovins en France, est une autre menace surveillée ici, indique pour sa part la Dre Annie Daignault, vétérinaire en soutien au Centre d’expertise ovine du Québec (CÉPOQ). Le vecteur de la maladie, la mouche Stomoxys calcitrans, est déjà arrivé au Québec « depuis un certain temps », poursuit-elle. Présentement, cette mouche est étudiée pour des questions de bien-être animal, puisqu’elle crée des lésions sur différentes espèces, dont les ovins et les caprins, mais elle n’est pas encore infectée par le virus qui cause la dermatose nodulaire, indique la Dre Daignault. Il suffirait toutefois qu’une mouche en provenance d’Europe arrive ici pour infecter toute la population déjà présente. Un risque qui demeure plausible, estime-t-elle, malgré les contrôles exercés à la frontière par l’Agence canadienne d’inspection des aliments.
L’éleveur ovin Sylvain Leduc a pensé cesser d’envoyer ses brebis au pâturage après un épisode où une partie de son troupeau a été infecté par le virus de la Vallée Cache.
Un moustique provoque la perte de 60 % de ses agneaux
À l’été 2024, Sylvain Leduc, propriétaire de la Ferme Gisy, à Ferme-Neuve, dans les Laurentides, a envoyé une quarantaine de brebis au pâturage. Quelques jours plus tard, 90 % du groupe a contracté le virus de la Vallée Cache, transmis par des moustiques, qui provoque des malformations du fœtus, des avortements, des signes nerveux chez les nouveau-nés ou encore des mort-nés. « J’ai eu 90 % de mes brebis qui ont été atteintes, et 60 % de pertes d’agneaux. Certains sortaient vivants, mais on a dû les euthanasier à cause de malformations. On a aussi perdu une brebis qui est morte après la mise-bas », explique l’éleveur, qui a trouvé cette expérience très difficile. Il estime ses pertes financières à environ 20 000 $ à 25 000 $. « Après, on s’est posé la question : est-ce qu’on continue d’envoyer nos 250 brebis au pâturage? Ça faisait partie de nos valeurs de le faire, donc on a continué, mais on les garde maintenant dans la bergerie un mois avant la mise-bas », dit-il.
« Les éleveurs sont nos yeux sur le terrain »
L’un des défis de ces maladies émergentes est d’identifier les premiers cas qui se manifesteront, qu’on appelle « les cas zéro ». « Pour cela, ce sont les éleveurs qui sont nos yeux sur le terrain. On les sensibilise beaucoup aux nouvelles maladies et on leur demande de travailler en collaboration avec leur vétérinaire pour savoir reconnaître les premiers symptômes, même si ce n’est pas toujours facile parce que ce n’est jamais arrivé », indique la Dre Isabelle Picard, du MAPAQ. Les informations réalisées dans différents champs d’expertise sur la progression des vecteurs de ces maladies émergentes sont rassemblées par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), qui a créé des cartes de projections des zoonoses actuelles et futures, disponibles sur leur site Web.