Élevage 10 avril 2026

Des éleveurs perdent un outil contre la coccidiose

Les réserves de Decoxx, un médicament prévenant la coccidiose, une maladie parasitaire présente chez les jeunes ruminants et la volaille, ne cessent de diminuer depuis que Santé Canada a temporairement suspendu la vente de ce médicament au pays, en février. La situation inquiète notamment des ­producteurs ovins, qui craignent des conséquences sur leurs troupeaux.

Johanne Cameron compte les jours avant que son fournisseur de moulée écoule ses réserves de Decoxx, que le seul distributeur du produit au Canada, Phibro Animal Health, ne peut temporairement plus vendre. « Notre meunerie a une réserve d’environ deux mois. Ceux qui en ont encore en stock ont le droit de l’utiliser, mais les autres doivent se tourner vers des médicaments de remplacement. Et personne n’a de réponses claires à nous donner, alors que changer une médicamentation dans un élevage de masse, ça peut être coûteux, car il y a beaucoup d’incertitudes et de risques », déplore l’éleveuse ovine et ­avicole de Saint-Charles-sur-Richelieu, en Montérégie. 

L’éleveur ovin Pierre Lessard, de Tingwick, dans le Centre-du-Québec, est de ceux qui ont déjà dû se rabattre sur un médicament de remplacement, en l’occurrence le Bovatec, puisque sa meunerie était à court de Decoxx.

C’est omniprésent dans la production, la coccidiose, on n’a pas le choix de traiter les animaux pour ça. Des amis m’ont dit qu’ils ont essayé de ne pas mettre de médicament de remplacement dans leur moulée depuis qu’il n’y a plus de Decoxx, et les effets ont été immédiatement flagrants, avec des pertes animales.

Pierre Lessard

Selon lui, les autres traitements disponibles sont peut-être efficaces, mais plus complexes, puisqu’ils imposent une période de retrait de moulée 48 h avant l’abattage, pour éviter de laisser des traces de médicament dans la viande. Un autre produit, comme le Rumensin, « peut avoir des conséquences dramatiques sur les agneaux s’il est servi avec un mauvais dosage », prévient-il.

« C’est sûr que ça déstabilise. On reçoit beaucoup d’appels de vétérinaires et d’éleveurs inquiets », reconnaît le Dr Gaston Rioux, président de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec. Il estime néanmoins que les autres médicaments homologués pour prévenir la coccidiose sont efficaces entretemps pour les fermes qui en ont besoin. « Il peut être important de prescrire les dosages avec attention, parce qu’il y a des produits de remplacement qui sont plus toxiques. C’était d’ailleurs l’avantage du Decoxx, qui a un niveau de toxicité beaucoup plus éloigné du seuil préventif », souligne-t-il par ailleurs. 

Selon lui, ce genre de vérification déclenchée par Santé Canada est assez rare dans le milieu, mais nécessaire pour garantir la qualité des médicaments. 

Un fabricant non conforme

Dans une réponse transmise par courriel, Santé Canada indique que le fabricant étranger du Deccox, qui contient l’ingrédient actif décoquinate pour traiter la ­coccidiose, a été jugé non conforme, après une inspection, « aux bonnes pratiques de fabrication », qui normalisent la qualité de certains produits, dont les médicaments et les vaccins. « Par ­conséquent, tous les importateurs canadiens, y compris Phibro Animal Health, ne sont plus autorisés à importer des produits pharmaceutiques ou des ingrédients provenant de ce fabricant étranger », détaille Marie-Pier Burelle, porte-parole chez Santé Canada. La vente du produit pourra être réautorisée lorsque Phibro Animal Health aura démontré qu’il s’approvisionne auprès d’un fabricant conforme, précise-t-elle.