Élevage 9 octobre 2025

De meilleur ami de l’homme à meilleur employé

SAINT-CYRILLE-DE-WENDOVER – Rassemblés devant un enclos de la Ferme Simpson, le 19 octobre, dans le Centre-du-Québec, une trentaine de producteurs agricoles observent un chien de race border collie conduire une dizaine de vaches à cornes de l’intérieur vers l’extérieur de l’étable, puis l’inverse. Le jeune chien, encore en apprentissage, s’agite un peu devant une vache qui lui tient tête, aboie, puis reprend le contrôle du troupeau bovin, qu’il réussit finalement à diriger vers ­l’enclos, tel que lui commande son maître.

Cette démonstration s’est tenue dans le cadre d’une journée de conférences portant sur l’utilisation des chiens à la ferme, organisée par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), en collaboration avec le Conseil québécois des plantes fourragères et le Centre d’expertise en ­production ovine du Québec. 

Avec de plus en plus d’éleveurs qui choisissent de garder leurs animaux aux pâturages, une pratique d’ailleurs encouragée par le MAPAQ, les chiens permettent de résoudre d’importants enjeux de prédation, d’optimiser le travail avec les animaux et de réduire le besoin en main-d’œuvre, souligne ce même ministère dans un échange courriel avec La Terre

Les chiens dressés pour la conduite de troupeaux permettent d’optimiser le travail avec les animaux et, ainsi, de réduire le besoin en main-d’œuvre, souligne le MAPAQ. Photo : Patricia Blackburn/TCN
Marie-Pier Beaulieu

Or, encore peu d’informations et d’expertises sont disponibles dans la province sur le sujet. « Les cours de dressage sont encore surtout orientés pour la compétition et la démonstration, et non appliqués au travail à la ferme, précise Marie-Pier Beaulieu, copropriétaire de la Ferme Simpson, où se tenait l’événement. Pourtant, pour qu’un chien arrive à faire ce genre de travail exigeant avec les animaux, il lui faut une part d’instinct, mais surtout, un entraînement et un conditionnement rigoureux, qui demandent une grande implication de l’éleveur, ­poursuit-elle. « Ce n’est pas magique. Il vaut donc mieux se faire accompagner par des professionnels pour avoir les bons outils dès le départ et mieux comprendre les comportements. Car c’est parfois une question de survie : si je dis stop et qu’il [le chien] continue à pousser les vaches, c’est sur moi qu’il les pousse », donne en exemple celle qui est également fondatrice du Club de herding du Québec, où des éleveurs peuvent participer à des ateliers de dressage adaptés au contexte agricole.

Dans son cas, un des trucs utilisés pour permettre à son chien de distinguer le travail du jeu, puisqu’il cohabite aussi avec les enfants de la famille pendant ses moments de repos, a été d’utiliser un vocabulaire différent en contexte de travail. « Je lui parle en anglais, en l’appelant avec son surnom, alors que mon conjoint et mes enfants lui parlent en français, en l’appelant par son vrai nom », a-t-elle illustré devant les producteurs ovins et bovins, avides de conseils.

« Pas de chiens, pas de moutons »

À la Ferme de la Colline, à Labelle, dans les Laurentides, les éleveurs ovins Hélène L. Gariépy et François Labelle, qui produisent de l’agneau biologique, ont quant à eux développé, depuis 1996, une expertise avec les chiens de garde, sans lesquels la survie de leurs troupeaux laissés aux pâturages jour et nuit serait compromise par les prédateurs présents dans les montagnes. « Chez nous, pas de chiens, pas de moutons, c’est aussi simple que ça », a répété à plusieurs reprises Mme Gariépy pendant la conférence.

Malgré la présence de nombreux prédateurs dans les montagnes, les moutons de la Ferme de la Colline sont en sécurité grâce au travail de plusieurs chiens bergers. Photo : Gracieuseté de la Ferme de la Colline

Leur escouade canine est composée de sept chiens de garde, de race montagne des Pyrénées, en plus d’un chien de conduite de race border collie, pour déplacer les moutons. Ayant d’abord acquis leurs chiens d’éleveurs, ils travaillent maintenant avec leurs propres portées de chiots et ont raffiné leur technique pour former leur relève.

On les prépare tranquillement à développer leur instinct de garde et à s’habituer à rester dehors. Le matin où ils ne sont plus dans leur parc et qu’on les retrouve en pleine pluie, au milieu du troupeau de moutons, on se dit : ‘ »Ha, ça y est, ils sont prêts! »

Hélène L. Gariépy

Ils ont également découvert que les jeunes chiens apprenaient plus rapidement lorsqu’ils étaient couplés avec un chien d’expérience au pâturage. « C’est extraordinaire, le temps qu’on gagne et la connaissance qu’ils accumulent en étant entraînés par les chiens plus vieux », a-t-elle révélé.

La tenue de cet événement, premier du genre organisé par le MAPAQ, réjouit Marie-Pier Beaulieu, qui estime qu’il y a un important rattrapage à faire au Québec concernant l’utilisation des chiens à la ferme. « En Europe et ailleurs, les techniques ont été perfectionnées, alors qu’ici, on a un trou dans nos connaissances, déplore celle qui remarque toutefois un regain de popularité depuis environ cinq ans.  

Deux types de chiens de travail à la ferme

Le chien de protection, comme son nom l’indique, protège le troupeau des prédateurs. Il doit avoir été mis en présence des animaux à protéger en bas âge pour développer un lien d’attachement, et est surtout utilisé par les éleveurs ovins. Le chien de conduite, quant à lui, sert à rassembler et guider les troupeaux ovins ou bovins. Il peut aider à déplacer les animaux entre les parcs, à séparer les groupes, à isoler un animal à soigner, à entrer les animaux dans une remorque, à les tenir loin d’une sortie ou à les rapatrier au pâturage.