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Les investissements devront ralentir

En 2018, pendant que les ventes agricoles se maintenaient, les dépenses d’exploitation grimpaient en flèche. Avec comme résultat que le revenu net agricole a fondu de moitié au Québec. Le grand coupable: le bond important des coûts d’intérêt. Cette dette pèse d’ailleurs lourd sur certaines entreprises qui ont précipité des projets afin de profiter de la manne des programmes d’investissement.

Entre 2017 et 2018, la dette agricole en cours au Québec a fait un bond appréciable de près de 2 G$. De plus, l’endettement grimpe plus vite au Québec (11,5 %) que dans le reste du Canada (8,3 %).

« C’est une des grosses années en termes de croissance de la dette agricole, remarque Marjolaine Carrier, conseillère principale en analyse de marché chez Desjardins. On ne peut pas continuer à ce rythme-là d’une année à l’autre. C’est insoutenable, mais on voit déjà qu’il y a un ralentissement des investissements et c’est tout à fait sain. »

Selon Jean-Philippe Gervais, économiste principal à Financement agricole Canada (FAC), la vigueur du secteur agricole par le passé place les entreprises dans une bonne position pour résister à cette stagnation des revenus, jumelée à la hausse du poids du service de la dette. La conjoncture met tout de même de la pression sur les exploitations qui ont réalisé des investissements au cours des dernières années.

Pour le conseiller en gestion Benoit Turgeon, cette hausse de l’endettement s’avère préoccupante. Dans les 83 fermes laitières que son groupe-conseil encadre, 54 % ont terminé 2018 avec un solde résiduel négatif. « C’est assez généralisé cette année au Québec », spécifie l’agronome.

Attention aux subventions

En production laitière, le récent boom d’investissements lié à la croissance de la demande de même qu’aux différents programmes d’investissement gouvernementaux à coûts partagés explique cet endettement accru, selon M. Turgeon. De 2014 à 2018, les 83 fermes laitières de son groupe ont reçu 1,5 M$ de subventions. En retour, ces entreprises ont investi un total de 78 M$.

Les programmes d’investissement ont cependant des effets pervers. « Pour le producteur qui avait un projet, mais qui le prévoyait dans quelques années, ça crée une pression. Il y a des agriculteurs qui, sans le savoir, ont retardé leur retraite de 7, 8 ou 10 ans », témoigne M. Turgeon. Il suggère aux gouvernements d’y aller avec des programmes pérennes dans le temps afin d’éviter « la course effrénée, qui met de la pression sur tout le monde ».

Valeur des terres

À La Financière agricole du Québec (FADQ), le vice-président au financement, André Picard, constate aussi que la dette agricole a augmenté. « En contrepartie, il y a eu beaucoup d’inflation au cours des dernières années. La valeur des terres a beaucoup monté », fait-il remarquer. Jean-Philippe Gervais fait la même lecture. L’économiste s’attend à une certaine stabilité dans le prix des terres, ce qui devrait réduire la croissance de l’endettement.

Et bien que les investissements aient un effet instantané sur la colonne des dépenses, à long terme, ils permettront aussi d’augmenter les revenus à l’avenir, rappelle de son côté Marjolaine Carrier.

Prudence

La croissance plus rapide de la dette par rapport au revenu net constitue une tendance de fond depuis plusieurs années, constate la conseillère principale en analyse de marché. « Avec le temps et la volatilité des marchés, il faut une certaine prudence », estime-t-elle.

« À court terme, la prudence est de mise. Il y a des vents de face assez significatifs liés à la hausse des dépenses, surtout les taux d’intérêt, affirme son confrère de FAC. À long terme, les perspectives demeurent tout de même positives, mais il faut être réaliste. On a eu une croissance énorme au cours des 10 dernières années. Probablement que les 10 prochaines seront différentes », conclut Jean-Philippe Gervais.

Les revenus stagnent, les dépenses augmentent

Au Canada, entre 2017 et 2018, le revenu agricole net total a fléchi de 63 %, ce qui représente la diminution en pourcentage la plus prononcée depuis 2006, révèlent les plus récentes données de Statistique Canada. Au Québec, le portrait n’est guère plus reluisant avec un recul du revenu net total de plus de la moitié.

C’est principalement l’augmentation des dépenses d’exploitation – la plus marquée en six ans à l’échelle du pays – qui explique la chute radicale du revenu. Au Canada, la hausse des frais d’intérêt (19,5 %) constitue un record depuis 1981. Tout comme dans le reste du pays, les dépenses en intérêt des agriculteurs de la Belle Province se sont accrues de façon appréciable (25 %).  

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