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Même si elles étaient abandonnées, les serres étaient en bon état et ont juste nécessité quelques travaux de remise à neuf. Photos : Gracieuseté des Serres Point du jour

Même si elles étaient abandonnées, les serres étaient en bon état et ont juste nécessité quelques travaux de remise à neuf. Photos : Gracieuseté des Serres Point du jour

Une nouvelle serre de tomates de spécialité dans Lanaudière

Il y a de la fébrilité dans l’air aux Serres Point du Jour à L’Assomption, dans Lanaudière. C’est qu’il reste beaucoup à faire avant la mise en production des tomates de spécialité prévue au début d’août 2022. Les fondateurs, Robert Thérien et Jocelyn Magnan, réaliseront ainsi un rêve de jeunesse : devenir producteurs agricoles.

Robert Thérien et Jocelyn Magnan,  les deux associés à la tête des Serres Point du Jour  dans la région de Lanaudière.

Robert Thérien et Jocelyn Magnan,
les deux associés à la tête des Serres Point du Jour dans la région de Lanaudière.

C’est au hasard d’une promenade en voiture que Robert Thérien a constaté qu’il y avait un complexe de serres de 100 000 pi2 complètement vide dans sa région. Voyant le potentiel que cela offrait, l’agronome d’expérience s’est informé auprès des propriétaires de ce qu’ils projetaient en faire. Il s’est finalement entendu avec lui pour les louer pour une période de 20 ans.

Quand les astres s’en mêlent

C’est à partir de ce moment, au printemps 2021, que le projet d’entreprise a commencé à prendre forme dans sa tête. Se lancer dans la production en serres exige toutefois un investissement important. Robert Thérien, sentant que c’était trop pour lui tout seul, a alors pris contact avec Jocelyn Magnan, un ingénieur retraité d’Agriculture Canada qu’il avait rencontré au début de sa carrière d’agronome, pour lui proposer de s’associer.

Rapidement, les deux hommes se sont entendus pour produire des tomates de spécialité. « Environ 80 % de notre production sera consacrée aux tomates raisins, cerises et cocktail. Ce qui est vendu actuellement sur le marché provient majoritairement du Mexique et de l’Ontario. On sera ainsi en mesure d’offrir un produit local en forte demande. On va aussi produire des tomates rouges de 180 g à 200 g », explique Robert Thérien, président-directeur général de la nouvelle entreprise.

Les Serres Point du Jour s’inscrivent en tous points dans le mouvement de promotion de l’achat local et la volonté gouvernementale de tendre vers une plus grande autonomie alimentaire.

« C’est comme si les astres s’alignaient pour nous, lance Robert Thérien. En plus, la culture en serre est une des solutions face aux changements climatiques, étant moins affectée par des conditions météorologiques de plus en plus imprévisibles. Tout ça, c’est de bon augure pour nous. » 

À la fine pointe de la technologie

Les deux associés ont de l’ambition. Ils veulent ni plus ni moins devenir une référence en serriculture dans Lanaudière et offrir des produits qui sauront se démarquer de la concurrence. Ils misent entre autres sur les technologies pour atteindre leurs objectifs.

Ils ont notamment choisi la solution d’éclairage DEL de Sollum Technologies qui leur permettra de produire à l’année. « C’est une solution 100 % programmable utilisant l’intelligence artificielle qui reproduit à la perfection le spectre complet de la lumière naturelle, précise Robert Thérien. Nos serres seront aussi contrôlées par ordinateur grâce au système Priva qui permet d’ajuster les besoins en éclairage, en irrigation et en nutriments pour créer les conditions optimales et accroître la production. Nos tomates seront uniques. Elles vont goûter le ciel et le soleil. »

« On veut aussi que notre production ait une faible empreinte écologique, ajoute le producteur. Plutôt que des pesticides, on utilisera des insectes prédateurs. On aura des bassins de récupération de l’eau de pluie et de l’eau de fertigation. Dès l’an prochain, on prévoit ainsi récupérer entre 20 % et 25 % de cette eau qui pourra être réutilisée. »

Les Serres Point du Jour visent à obtenir la certification CanadaGAP, qui fait la promotion des bonnes pratiques agricoles en matière de salubrité chez les producteurs de fruits et légumes. « On a aussi la chance de faire partie de la Zone Agtech de la MRC de l’Assomption, qui fournit entre autres des installations de recherche et fait du transfert technologique, avec qui on prévoit de mener différents projets pour tester des technologies innovantes comme des robots pour la cueillette. Pour nous, c’était important de faire partie de cet écosystème qui regroupe chercheurs et entrepreneurs », affirme Robert Thérien.

Un projet en plusieurs phases

Dans un premier temps, les deux associés prévoient mettre en production 72 000 pi2 de serre pour un volume de récolte annuel de 330 000 kg de différentes variétés de tomates. Leur projet devrait créer une dizaine d’emplois.

L’équipe se met tranquillement en place. Ils ont embauché un chef serriste d’expérience et ils attendent également le retour de quatre travailleurs venus du Guatemala qui connaissent bien la serriculture puisqu’ils travaillaient déjà pour le propriétaire des serres avant qu’il abandonne la production. « Ils ont accepté d’emblée de revenir, ce qui fait qu’on sera entourés d’une équipe solide. Les astres, encore! » soutient Robert Thérien.

Son associé et lui ont aussi le projet d’ajouter un volet agrotouristique à leur entreprise. « En avant de nos serres, on a trois arpents [1,2 hectare de terrain qui seront consacrés à la culture en tunnel de poivrons de différentes couleurs pour l’autocueillette à la ferme, confie le producteur. On veut également accueillir les groupes scolaires pour montrer aux élèves comment on cultive des légumes. Comme il ne sera pas possible pour les visiteurs d’entrer dans les serres pour une question de biosécurité, on a pensé munir les travailleurs d’une caméra. Les visiteurs pourront donc les voir travailler sur des écrans qui seront installés à l’extérieur. Ce sont des projets que l’on veut concrétiser dès 2023. Éventuellement, on a aussi le projet de s’associer avec des restaurateurs locaux pour leur faire découvrir nos produits. »

Au total, la mise sur pied des Serres Point du Jour nécessite un investissement de deux millions de dollars qui proviennent de plusieurs sources, sous forme de prêts et de subventions, dont la Financière agricole et le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).

Le complexe de serres est d’une superficie de 100 000 pi2, dont 2 000 pi2 seront dédiés à la recherche et développement pour des essais sur différentes variétés de tomates et éventuellement d’autres légumes.

Le complexe de serres est d’une superficie de 100 000 pi2, dont 2 000 pi2 seront dédiés à la recherche et développement pour des essais sur différentes variétés de tomates et éventuellement d’autres légumes.

Une expérience mise à profit

Dans cette nouvelle aventure, les deux associés s’appuient sur leur grande connaissance du monde agricole. En plus d’avoir fait carrière dans le domaine, ils font déjà de la production à petite échelle. Jocelyn Magnan, qui est fils d’agriculteur, possède une serre de 130 pi de long où il cultive des tomates cerises et cocktail qui sont vendues au Marché Jean-Talon. Quant à Robert Thérien, il cultive des haricots qu’il vend aux commerçants locaux. Il voulait toutefois en faire plus, lui qui rêve de devenir un « vrai producteur agricole » depuis son tout jeune âge alors qu’il passait ses étés à travailler dans les fermes de ses oncles. Il a donc mis sa carrière d’agronome sur pause pour monter son projet.

« Le jour où l’on a reçu nos cartes de membres de l’Union des producteurs agricoles a été marquant pour nous. C’est devenu réalité », confie Robert Thérien, encore ému à ce souvenir tout récent.

Il tient à dire un grand merci à Christian Amireault et Line Métayer, les propriétaires des serres, qui leur permettent de passer à l’action. « Certains pourraient dire qu’on est fous de se lancer en production agricole à nos âges [lui a 54 ans et M. Magnan, 64], mais on a vraiment le goût de créer un projet qui sera unique dans la région et qui permettra de démystifier la culture des légumes », ajoute-t-il. 

Sylvie Lemieux, collaboration spéciale