Consommation 20 février 2026

Un plus pour l’économie locale, mais à gros prix

La productrice de camerises et de fines herbes Stéphanie Desrochers, propriétaire de La Grange Jaune, à Saint-Polycarpe, en Montérégie, a passé de longues minutes à discuter avec le représentant de l’entreprise française Automat-E, qui tenait un kiosque au Salon de l’agriculture, en janvier dernier. L’option d’installer ce genre de casiers automatisés à sa ferme, dans son kiosque libre-service, lui trotte dans la tête, puisque cela lui éviterait d’engager un employé. « J’ai quand même trouvé que c’était extrêmement cher, alors je regarde s’il n’y a pas d’autres types de machines distributrices moins sophistiquées pouvant répondre à mes besoins », a-t-elle confié.

En effet, pour rentabiliser ce genre d’équipement de dernière technologie, il faut beaucoup d’achalandage, constate l’entrepreneur Alexandre Gilbert-Vanasse, qui a ouvert une épicerie qui ne fonctionne qu’avec le système de casiers français, en septembre 2024, à La Guadeloupe, dans Chaudière-Appalaches. Avec des subventions aidant l’achat local, l’entrepreneur poursuit néanmoins son expansion, avec l’ouverture récente d’un nouveau point de service à Audet, en Estrie, et le projet d’en ouvrir un troisième dans la ville de Québec prochainement. Son plan à long terme serait de continuer à augmenter les points de service à travers le Québec pour développer un vaste réseau favorisant l’achat local. Il constate jusqu’ici que les deux premières épiceries, installées dans des secteurs considérés comme des déserts alimentaires, sont très positives pour les producteurs agricoles de ces régions, puisqu’elles simplifient la mise en marché de leurs produits. Le plus grand défi reste du côté des consommateurs, qui tardent à changer leurs habitudes. « Ils ne viennent pas ici pour faire leur épicerie. C’est déjà fait au Costco ou ailleurs. Ils viennent plus pour des produits complémentaires. Or, pour arriver à rentabiliser des systèmes automatiques très dispendieux comme ceux-là, qui peuvent coûter autour de 150 000 $ à l’achat, il faut un gros volume de ventes, et on est encore loin de ça », dit-il.  

Maxime Bera, directeur général de l’entreprise Automat-E, qui fabrique et commercialise le système évoqué dans l’article, tient à préciser qu’il y a différentes configurations possibles de casiers, et que le prix de départ est moindre que 125 000 $, montant qui correspond « à des installations très spécifiques et de grande capacité », souligne-t-il. La machine de base se vend plutôt à 25 000 $, détaille-t-il, et plusieurs options sont offertes, tant à l’achat qu’à la location.

Un ajout de taxe qui mine la compétitivité

Le producteur bovin Nicolas Lavoie, copropriétaire de la Ferme Lavoie, dans l’arrondissement de Chicoutimi, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, vend une partie de sa production de bœuf haut de gamme dans un kiosque libre-service, en se fiant à l’honnêteté des clients. Il a déjà évalué l’option d’installer une machine distributrice automatique, qui limiterait les possibles vols de pièces de viande plus haut de gamme, comme les tomahawks. « Mais la loi impose de taxer les produits qui sont vendus dans une machine distributrice, donc ça rendrait nos prix moins compétitifs », rapporte-t-il. En effet, le ministère du Revenu du Québec confirme que la vente d’aliments et de boissons au moyen d’un distributeur automatique est taxable. « Un casier barré qui peut s’ouvrir quand le client paie avec une application et qui génère un code-barre comme clé constitue un distributeur automatique pour les fins de l’application des taxes à la consommation. Par conséquent, les aliments ou les boissons qui sont habituellement détaxés seront taxables, par exemple des fraises », explique Claude-Olivier Fagnant, du service de relations publiques de Revenu Québec. Cet encadrement réglementaire irrite Alexandre Gilbert-Vanasse, propriétaire des Épiceries Kios. Il estime qu’il serait temps de remettre certains règlements au diapason des nouveaux modèles d’affaire visant à promouvoir l’achat local, puisque cet encadrement législatif alourdit énormément le développement de nouvelles initiatives, selon lui.