Bio 18 février 2026

Les producteurs bio veulent être rémunérés par l’État pour leurs bienfaits environnementaux

Le nouveau plan de développement du secteur biologique québécois 2026-2030 demande un soutien financier accru de la part des gouvernements provincial et fédéral envers l’agriculture biologique pour reconnaître ses avantages en matière de développement durable comparativement à l’agriculture conventionnelle, explique Alain Rioux, coordonnateur de la Filière biologique du Québec. 

« Avant, nous n’avions pas de chiffres, mais une étude de l’Université Laval et de Canadian Organic Growers de 2025 [voir l’encadré] vient chiffrer, pour le bio, les réductions de gaz à effet de serre, l’augmentation de la biodiversité, l’amélioration de la santé des sols, l’amélioration de la qualité de l’eau, etc. C’est pour ça qu’on aimerait une rétribution », résume celui qui présentera ce plan et en discutera avec les participants de la 12e édition du colloque Bio pour tous! présenté les 18 et 19 février, à Drummondville. 

Positionner le bio encore plus vert

Du côté du gouvernement provincial, la Filière biologique du Québec travaille sur un projet d’appellation réservée avec différents niveaux de certification pour les producteurs bio qui veulent intégrer encore davantage de pratiques de développement durable dans leur ferme. L’objectif est aussi de contrecarrer les entreprises non bio qui utilisent l’argument du développement durable pour mousser leurs ventes, sans pouvoir le prouver.

On a répertorié 400 entreprises ou initiatives qui se disent sous une base de développement durable, mais sans être auditées par une tierce partie. Ce genre d’initiatives peut augmenter et c’est de la compétition.

Alain Rioux

Ce dernier affirme que des études de faisabilité seront effectuées en 2026 pour évaluer l’intérêt des entreprises à participer à ce type d’appellation. Le consommateur qui a déjà une bonne image du bio pour ses vertus santé trouvera une valeur ajoutée concrète à des produits bio encore plus verts, une hypothèse qui reste cependant à être validée par l’étude de faisabilité, précise le coordonnateur de la Filière. Cet organisme milite aussi pour que le gouvernement diminue la réglementation pour les producteurs bio, par exemple, en les laissant accroître des superficies en cultures dans des bassins versants fragiles. 

Le plan de développement 2026-2030 veut aussi inciter La Financière agricole du Québec à encourager les producteurs qui font plus d’efforts pour le développement durable. Alain Rioux explique que les producteurs bio dont les pratiques environnementales sont certifiées par un organisme indépendant pourraient, par exemple, obtenir des taux de financement plus bas ou de plus généreux programmes de soutien du revenu, comme les programmes Agri.

10 M$ au fédéral

Un autre projet inclus dans le nouveau plan de développement consiste à faire reconnaître les producteurs sous régie biologique comme des acteurs éligibles aux subventions du gouvernement ­fédéral dans le cadre de ses programmes axés sur le développement durable, soit une enveloppe potentielle de 10 M$ pour le Québec. « On est en démarche canadienne depuis un an. On a déposé une demande de rétribution financière au fédéral. Ce serait basé sur les superficies en culture bio, avec des critères de reconnaissance », décrit M. Rioux. 

Cet argent servirait, d’une part, d’incitatif pour les producteurs sous régie conventionnelle à joindre les rangs du bio. D’autre part, en subventionnant davantage le bio, les producteurs et les transformateurs pourraient diminuer leur marge pour rendre leurs produits plus attrayants pour les consommateurs et ainsi accroître la demande, argue M. Rioux. « On le voit avec le pain bio. Dès qu’on réussit à réduire le prix, ne serait-ce que de 10 %, on voit que les volumes de vente augmentent », ­compare-t-il.  

Objectif : tripler le bio pour diminuer les émissions de l’agriculture

Un rapport déposé en septembre 2025 par Canadian Organic Growers montre que l’agriculture biologique offre différents avantages économiques et environnementaux, tout en soulignant que les gouvernements fédéral et provincial n’ont pas investi directement dans la croissance de l’agriculture biologique en comparaison d’autres pays. « Nous estimons que les États-Unis investissent huit fois plus par hectare dans leurs programmes de soutien au bio que le Canada et l’Union européenne, plus de 200 fois plus », dit le rapport intitulé Valoriser et maximiser les bénéfices liés à l’agriculture biologique. Le groupe de travail qui l’a rédigé recommande des investissements de 68,5 M$ afin de tripler le volume de production sous régie biologique.

Tripler la production bio au Canada signifierait :

  • Générer des revenus agricoles nets supplémentaires de 1,73 G$ sur 10 ans (y compris les coûts de transition);
  • Réduire de 769 kilotonnes de dioxyde de carbone (CO₂ équivalent) par an les émissions de GES;
  • Accroître la biodiversité tout en maintenant et en améliorant la santé des sols sur une plus grande superficie agricole;
  • Réduire l’utilisation d’engrais azotés synthétiques de 79,5 millions de kilos par an;
  • Réduire l’utilisation des pesticides de 1,8 million de kilos de matière active par an.