À la lumière de recherches scientifiques, les nouvelles normes biologiques révoquent la nécessité d’avoir un pourcentage minimal de fibres longues dans la ration des ruminants. La présence de fibres dans l’alimentation totale devra toutefois être démontrée. Photo : Martin Ménard/Archives TCN
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S'abonner maintenantLes normes canadiennes sur la culture biologique sont révisées tous les cinq ans avec l’objectif de s’assurer qu’elles évoluent avec les besoins des consommateurs, des producteurs et des transformateurs. La nouvelle mouture sera publiée en mars 2026. Voici quelques changements importants.
Production végétale
« En production végétale, il y a une grande insistance maintenant sur la santé des sols; mieux définir les pratiques et mieux les encadrer. Le producteur devra démontrer qu’il favorise l’activité biologique du sol par des rotations, l’utilisation d’engrais verts, de cultures de couverture, etc. », donne en exemple Nicole Boudreau, coordonnatrice de la Fédération biologique du Canada. Un coup de pouce supplémentaire à la biodiversité sera aussi exigé, que ce soit, par exemple, de créer des habitats pour les pollinisateurs ou des barrières végétales. « Parmi une douzaine de suggestions, les producteurs devront démontrer qu’ils font quelque chose », explique celle qui sera présente à la 12e édition du colloque Bio pour tous!, le 18 février, à Drummondville, pour expliquer en détails les changements aux normes bio.
Serriculture
Mme Boudreau explique qu’un autre changement a créé des remous, cette fois, chez des producteurs en serre. Ils devront conserver le sol de leur production au moins trois années consécutives. L’objectif est de ne pas jeter les sols et d’en favoriser l’activité biologique.
Érable
Les producteurs bio qui envoient leur eau d’érable à un centre de bouillage auront une nouvelle contrainte, car il sera interdit qu’un centre de bouillage alterne entre eau d’érable biologique et non bio avec les mêmes équipements et les mêmes ustensiles, explique Mme Boudreau, à moins que tout l’équipement soit doublé en deux lignes distinctes de production.
Pour renforcer la résilience des érablières, celles-ci devront maintenir 20 % du volume de bois en espèces compagnes (comme le merisier et les résineux), alors que le pourcentage précédent était de 15 %. Au sujet des évaporateurs alimentés au mazout utilisés par des producteurs sous régie biologique, ils seront encore tolérés. Nicole Boudreau indique que des discussions ont eu lieu sans toutefois conduire à un changement des normes.
Production animale
Les normes ont été mises à jour concernant le bien-être animal lors des procédés de modification physique, comme la castration, le rognage ou l’écornage. « En bio, on essaie de limiter ça le plus possible, mais quand on doit le faire, on a mis plus de détails dans les normes sur les meilleures façons de le faire, à quel âge le faire, sur l’utilisation d’anesthésie et d’analgésique, etc. », dépeint François Labelle, président du groupe de travail sur la révision des normes en production animale.
Dans différents types d’élevage, les nouvelles normes prévoient un plus long contact entre la mère et les nouveau-nés pour diminuer leur stress. Chez les ruminants, le nombre de jours passés au pâturage et le numéro de la parcelle de pâturage devront être inscrits par le producteur dans un registre pour faciliter la surveillance de l’inspecteur. Notons aussi l’ajout d’un enrichissement d’environnement pour désennuyer les animaux, comme des objets suspendus à picorer pour la volaille, des jouets pour les porcs, etc.
Assouplissements
Si la révision des normes canadiennes entraîne habituellement des règles plus sévères, des assouplissements ont été notés, dont une demande à la demande des producteurs québécois. Il leur paraissait particulièrement contraignant de respecter la norme stipulant que les déjections non compostées et sèches devaient être au sol 90 jours avant la récolte. Cela empêchait des producteurs d’épandre les déjections au printemps avant les semis, car leur culture était prête à récolter avant l’échéance des 90 jours. La nouvelle norme prévoit, pour certaines cultures, que les déjections peuvent être épandues et laissées au sol 70 jours avant la récolte, ce qui laisse plus de temps avant d’épandre.
Des producteurs de l’Ouest canadien, pour leur part, ont fait pression pour obtenir de changements dans les normes afin d’introduire la struvite, un engrais phosphaté naturel qui provient des eaux usées et des boues d’épuration. « La technologie s’est développée; des compagnies recyclent le phosphore des eaux usées. Les producteurs de l’Ouest qui font du bio depuis 20 ans manquent de phosphore sur leurs terres et la struvite est une solution pour eux. Son utilisation sera maintenant légale, mais elle n’est pas acceptée en bio aux États-Unis. Peut-être que les producteurs qui l’utilisent ne pourront y exporter leurs grains bio », prévient toutefois Nicole Boudreau.