Bio 14 novembre 2025

Du bio au conventionnel pour séduire les institutions

MONTRÉAL – Pour tenter de se tailler une place sur le marché de l’hôtellerie, de la restauration et des institutions (HRI), la Ferme TournevenT, au Lac-Saint-Jean, est sortie de son créneau biologique habituel. Elle presse, ces jours-ci, une huile de canola provenant de grains cultivés par ses voisins sous régie conventionnelle, avec l’objectif d’offrir aux HRI un produit à moindre coût. 

Dans des contenants de carton de différents formats, la nouvelle huile de Guillaume Dallaire et d’Audrey Bouchard trône sur la table de leur kiosque du Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine de Montréal. Après deux ans de tentatives infructueuses pour percer le marché des HRI avec leurs produits biologiques, les producteurs et transformateurs de grains ont vu l’occasion de présenter leur nouvelle huile dans la métropole, le 29 octobre, alors que l’hôpital francophone pour enfants accueillait un événement sur la place des protéines végétales du Québec dans les menus des services alimentaires. 

On est encore en fabrication. On va l’introduire dans le marché des HRI seulement, pour que les institutions puissent acheter une huile qui est abordable.

Guillaume Dallaire

Le couple a fixé le prix de sa nouvelle huile à 4 $ le litre, soit un dollar de plus que l’huile végétale offerte en gros sur le marché, en raison de sa qualité (vierge pressée à froid) et de ses propriétés. 

Elle sera également 20 % moins chère que son équivalent biologique. « Le bio, c’est une niche. C’est 2-3 % de la production. Ce n’est pas accessible tant que ça. L’alternative, c’est le gros produit industriel, et nous, on offre une alternative entre les deux. Je pense qu’il ne faudrait pas que les gens du bio nous pointent du doigt en disant qu’on n’est pas fins. Mais moi, je pense que tout notre savoir-faire, nos valeurs, on s’est dit pourquoi les réserver juste au bio? On peut quand même être en ouverture, puis dire qu’il y a d’autres choses sur la planète Terre. Moi, quotidiennement, je n’ai pas le choix. Des fois, je ne mange pas bio et je ne meurs pas. On essaie juste d’améliorer les choses », fait valoir le producteur-transformateur. 

Au kiosque voisin, le représentant des ventes de la coopérative de producteurs de grains, de légumineuses, de farine et d’huile Agrobio, Joey Benoit, mentionne qu’il faudra une volonté politique pour que les institutions s’approvisionnent en produits bio. « Dans toutes les rencontres qu’on a faites, tout le monde veut autour de la table. Tout le monde. Puis, après ça, c’est le prix. Le prix ne marche pas. C’est toujours ça. Parce que, dans le fond, [les institutions] se font couper. Et on aura beau faire de belles journées comme ça, si on arrive tout le temps dans l’effet d’entonnoir qu’il faut que le patient mange pour 2,5 piasses par jour, ça ne donne rien de réunir plein de beaux transformateurs québécois bio, souligne-t-il. Est-ce qu’on prend la décision politique de bien nourrir nos aînés ou nos malades ou nos jeunes? » Il estime qu’une fois la décision prise, le budget doit suivre.  

L’idée d’une filière des légumineuses

Guillaume Dallaire et Audrey Bouchard plaident pour une filière de légumineuses au Québec qui permettrait d’arrimer l’offre et la demande des institutions notamment. « Il faudrait que ça se fasse avec des agents du MAPAQ [ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec], souligne Guillaume Dallaire. S’il y avait une espèce de coordination comme ça qui était faite, puis qu’on faisait les choses scientifiquement, financièrement, puis avec un enlignement qui est réaliste, à la fin, on aurait une filière qui serait composée, puis on aurait peut-être des jolis produits plus sophistiqués que des pois jaunes [dans les menus des institutions]. » Ils aimeraient que cette filière regroupe tant la production conventionnelle que biologique.