L’agricultrice qui fait parler ses vaches

Vaudreuil-dorion – Lorsque Véronique Boyer observe ses vaches, elle le fait avec les yeux d’une femme ayant grandi dans une ferme laitière, mais aussi d’une détentrice de maîtrise de recherche en production animale de l’Université McGill spécialisée dans le bien-être animal des vaches laitières. Par ses observations, la copropriétaire de la Ferme Vaudal, à Vaudreuil-Dorion, en Montérégie, est à leur écoute. « Je fais parler les vaches! » dit-elle.

Faire parler les vaches permet de régler des problèmes avant qu’ils ne prennent de l’ampleur. Cela réduit la facture du vétérinaire, augmente le rendement laitier et diminue le stress autant chez les producteurs que chez les animaux eux-mêmes. 

Une stalle doit avoir comme largeur deux fois la largeur aux hanches de la vache, tandis que la longueur doit correspondre à 1,2 fois la hauteur aux hanches de l’animal.
Une stalle doit avoir comme largeur deux fois la largeur aux hanches de la vache, tandis que la longueur doit correspondre à 1,2 fois la hauteur aux hanches de l’animal.

Véronique a constamment ses capteurs allumés dans l’étable afin de diagnostiquer un début de maladie, de blessure ou d’insatisfaction chez ses animaux. « S’il y a de quoi d’anormal dans le tonus de l’animal, si elle a les yeux rentrés ou les oreilles un peu basses, dans certains cas, c’est qu’elle commence une fièvre de lait », donne-t-elle en exemple. 

L’agricultrice a axé son mémoire de maîtrise sur les vaches en stabulation entravée, chose rare dans le milieu de la recherche scientifique en bien-être animal, qui privilégie habituellement la stabulation libre. Certains réviseurs affichaient même une réticence à évaluer son mémoire, jugeant que la stabulation entravée limitait tout simplement trop les comportements naturels des bêtes. 

Mais la longévité des vaches n’est pas plus élevée en stabulation libre qu’entravée, rétorque Véronique. Peu importe la régie, les caractéristiques des logettes ont une grande importance, note-t-elle. 

Véronique Boyer a passé des heures et des heures à analyser différents paramètres sur les animaux. En plus de s’impliquer à sa ferme, elle a aussi travaillé jusqu’en 2025 pour la Chaire de recherche industrielle sur la vie durable des bovins laitiers de l’Université McGill.

L’un de ses principaux sujets de recherche est la largeur des stalles, qui se révèle un facteur prédominant du bien-être animal, dit-elle. « Quand tu regardes bien, les vaches disposant de plus d’espace se couchent sur tout leur long. Elles ont de la place pour se déplier les pattes et peuvent adopter pas mal plus de positions de repos comparativement à des stalles plus étroites. C’est un peu comme regarder quelqu’un qui dort assis dans un avion versus dans une chambre d’hôtel avec son lit king size. On a vu aussi qu’avec plus d’espace, les vaches se lèvent mieux et sont plus à l’aise pour se coucher. Pour les plus vieilles ou celles qui ont plus de misère à se mouvoir, ça peut jouer sur leur longévité », exprime la productrice. 

Véronique a avancé la barre afin de diminuer les blessures au cou des vaches. Pousser la nourriture plus souvent devant les bêtes aide aussi à diminuer ce type de blessure.
Véronique a avancé la barre afin de diminuer les blessures au cou des vaches. Pousser la nourriture plus souvent devant les bêtes aide aussi à diminuer ce type de blessure.

À sa ferme, elle dispose de deux largeurs de stalles, soit 1,35 m et 1,5 m. « En stabulation entravée, c’est le fun pour ça. On a la liberté de désigner les stalles plus larges spécifiquement aux vaches plus grosses ou plus vieilles », stipule-t-elle. 

Un point sans équivoque : plus la couche de litière est épaisse, mieux c’est. « Une vache, c’est lourd, quand elle se couche. Il y a beaucoup de poids sur ses membres qui sont au sol. Les matelas et une épaisse couche de litière diminuent les blessures », constate-t-elle.  

Les copines d’abord

Peu de recherches scientifiques en font mention, mais regrouper les vaches qui sont des amies revêt son importance, affirme Véronique Boyer. « Dans le troupeau, c’est clair que certaines ne peuvent pas se sentir, alors que d’autres sont de grandes chums, comme Félicie et Yggdrasil. L’une attend même l’autre pour sortir au pâturage. Perso, je trouve intéressant de regrouper les animaux selon leur compatibilité et pas seulement en fonction de leur stade de lactation ou de leur alimentation. Cela permet de diminuer les interactions négatives et d’améliorer le temps de repos. On peut penser que cela peut accroître leur productivité. » L’éleveuse remarque que certaines vaches préfèrent nettement être situées près des ventilateurs; d’autres, près de la porte menant au pâturage, ou dans l’ancienne partie du bâtiment. De petits caprices qui ne coûtent pas cher, mais qui font des heureuses, indique-t-elle.

Véronique Boyer aime placer les vaches selon leurs affinités, comme ici, deux bonnes copines que sont Félicie et Yggdrasil.
Véronique Boyer aime placer les vaches selon leurs affinités, comme ici, deux bonnes copines que sont Félicie et Yggdrasil.

« Ayoye, mes pattes! »

En stabulation entravée, il est plus difficile d’évaluer les problèmes de boiterie. Toutefois, en étant attentif, la vache fait part de ses bobos, assure Véronique. « On regarde une série d’indicateurs. Est-ce qu’elle se tient debout sur le rebord de la stalle pour enlever du poids sur la portion problématique de son pied? Est-ce que son poids est bien réparti sur ses pattes ou elle a tendance à reposer une patte plus que l’autre? Quand tu fais tasser la vache de gauche à droite et droite à gauche, est-ce qu’elle se déplace facilement ou elle semble te dire “ayoye’’ d’un côté? Dernière chose : est-ce que les pieds sont stables ou elle a tendance à piétiner comme des petits pas de danse? » énumère l’agricultrice.

Une vache qui se tiendrait sur le rebord de la stalle pour enlever du poids sur une portion de son pied indiquerait un signe de boiterie.
Une vache qui se tiendrait sur le rebord de la stalle pour enlever du poids sur une portion de son pied indiquerait un signe de boiterie.

La quête de comportements anormaux

Le record de longévité à sa ferme appartient à Storm Jamie, qui a terminé sa carrière après 12 lactations, produisant 175 974 kg de lait en près de 17 ans. Actuellement, 14 vaches sont à leur cinquième lactation ou plus, détaille Véronique, pour qui chaque détail compte pour accroître la longévité. 

« Tu en as qui sont alertes et toujours en train de zyeuter ce qui se passe, alors que d’autres font leurs petites affaires. Tu les observes, et si elles sont plus alertes que d’habitude ou moins, tu suspectes quelque chose. Même chose pour la posture d’une vache. Quand elle a l’air molle, ça me lève un drapeau rouge. Si elle reste debout après la traite, alors qu’elle se couche toujours habituellement, même chose. » Quand une vache beugle et qu’elle demeure habituellement silencieuse, en voilà une autre qui parle à Véronique pour lui dire que quelque chose ne va pas.  

Quand une vache beugle et qu’elle demeure habituellement silencieuse, en voilà une autre qui parle à Véronique pour lui dire que quelque chose ne va pas.
Quand une vache beugle et qu’elle demeure habituellement silencieuse, en voilà une autre qui parle à Véronique pour lui dire que quelque chose ne va pas.