Caroline Bouchard, de Saguenay, mise notamment sur les bières de microbrasseries locales et québécoises. Le vin du Québec est également dans sa mire. Crédit photo : Gracieuseté de Caroline Bouchard

Caroline Bouchard, de Saguenay, mise notamment sur les bières de microbrasseries locales et québécoises. Le vin du Québec est également dans sa mire. Crédit photo : Gracieuseté de Caroline Bouchard

Des freins à l’achat local

Même si les épiciers interrogés par La Terre croient en l’achat local, la proportion de produits locaux vendus dépassait rarement 40 %, sauf dans le cas des fruits et légumes en saison, où elle pouvait dépasser 80 % (en tenant compte du fait qu’aucune banane, par exemple, ne provient du Québec). Pourquoi un si bas pourcentage?

« Pour les viandes, c’est plus complexe d’avoir du local », précise Caroline Bouchard, de Saguenay. Elle sait de quoi elle parle puisqu’elle a même été propriétaire d’un centre de découpe pendant près de cinq ans avant de s’en départir en raison des exigences de la réglementation fédérale. Comme l’abattoir est souvent loin, la viande ne revient pas forcément dans sa région d’origine.

Pour d’autres produits, elle s’explique mal la difficulté d’acheter localement. « Ça me choque de ne pas recevoir de carottes locales en septembre », lance Caroline Bouchard, ajoutant qu’elle a sensibilisé son grossiste qui tend toujours à offrir le produit le moins cher d’abord. Le risque, c’est de baisser la garde et de cesser d’exiger du local de ses fournisseurs. Caroline Bouchard déplore par ailleurs la disparition du programme de produits régionaux pour le Saguenay–Lac-Saint-Jean qui permettait d’afficher le nombre de produits de la région à l’entrée du magasin et de les repérer facilement ensuite.

Le démarchage des producteurs est une étape essentielle, mais fastidieuse pour les épiciers. « Il faudrait s’investir davantage [dans l’achat local] et aller à la rencontre des gens. Si je le pouvais, je mettrais une équipe là-dessus; ça prend un suivi régulier », fait valoir Nathalie Deraspe. Elle émet le souhait de voir davantage de regroupements de producteurs qui conservent un lien privilégié avec les petites épiceries plutôt que de concentrer leurs efforts sur les grandes chaînes.

Un autre problème auquel sont confrontés les épiciers qui souhaitent encourager l’achat local est tout simplement le manque de disponibilité au Québec. Le Club Organic de Montréal, par exemple, cherche un fournisseur québécois de graines de tournesol décortiquées bio.

53 % des achats alimentaires sont locaux

Selon les derniers chiffres du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), 53 % des achats alimentaires des Québécois consistent en des produits de fournisseurs du Québec. Le reste provient du reste du Canada (24 %) ou d’autres pays (23 %) et il s’agit de produits transformés à plus de 74 %. Bien entendu, ces 53 % incluent des fruits ou des légumes achetés dans une région et distribués ailleurs au Québec par un grossiste ou une chaîne d’alimentation. Ceux-ci ne sont donc pas toujours locaux ou régionaux.

Crédit photo : Accommodation bio

Crédit photo : Accommodation bio

Producteur et épicier

Un petit producteur, La Ferme Hantée, a pris les choses en mains et a développé son propre point de vente à l’année, en ville. « Ça prend de petites épiceries pour les petits volumes de production », explique Léa Charest, de La Ferme Hantée, qui pilote Accommodation bio, une épicerie de quartier dans Limoilou. « C’est un kiosque en ville à l’année dans ce qui était un désert alimentaire », ajoute l’agricultrice, qui distribue les produits de 70 fermes de la région, dont une dizaine de façon plus importante, pour un total de 500 000 $ d’achats par année.

Les bannières

Une autre contrainte bien connue est celle de la limite imposée à l’achat local par les grandes bannières. Celle-ci oscille autour de 10 %, bien que des contrats différents de marchands propriétaires puissent exister. Éric Bouchard, du IGA Bouchard de Sherbrooke, fait une bonne place aux produits locaux. Il dispose même d’un meuble pour les mettre en valeur, en plus d’afficher le logo régional Créateurs de saveurs Cantons-de-l’Est ailleurs dans le magasin. Il évalue néanmoins ses achats directs au niveau local à environ 5 % de son chiffre d’affaires. Cette ouverture, même modeste, peut jouer un rôle important, croit-il. « La crème glacée Coaticook, on l’a vue évoluer dans la bannière, mais c’était un achat local avant », rappelle Éric Bouchard.

Les marchands propriétaires se démarquent des magasins d’entreprise. « Les magasins corporatifs des bannières ne font pas d’achat local. Ce serait comme changer la sauce dans le Big Mac », rappelle Pierre-Alexandre Blouin, nouveau PDG de l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ).

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