Si, autrefois, l’utilisation de traitement de semences insecticides était un automatisme pour plusieurs producteurs, elle nécessite maintenant l’autorisation d’un agronome. De plus, dès ce printemps, l’agriculteur devra avoir réussi un examen et détenir un certificat pour semer des semences enrobées d’insecticides, mais aussi de fongicides. Photo : Martin Ménard/TCN
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S'abonner maintenantDes producteurs de grains ont témoigné, lors de différentes assemblées d’agriculteurs, du fait que leurs agronomes sont frileux à l’idée de prescrire des semences enrobées de pesticides par peur de se faire auditer par l’Ordre des agronomes du Québec (OAQ).
Le président des Producteurs de grains du Québec, Sylvain Pion, souligne que les producteurs qui éprouvent des problèmes avec des insectes ravageurs et, par le fait même, qui subissent des pertes économiques, sont pourtant en droit de demander l’utilisation de ces insecticides. Or, cette nouvelle réglementation du ministère de l’Environnement du Québec, qui oblige la prescription d’un agronome, couplé au fait que des agronomes craignent d’être inspectés, peut « freiner les agronomes à faire de l’agronomie », s’inquiète M. Pion, ajoutant que cela pourrait nuire aux rendements et à la santé financière des fermes de grandes cultures.
En entrevue avec La Terre, le président de l’OAQ, Michel Montpetit, ne cache pas le malaise de certains agronomes à prescrire des semences enrobées de pesticides. « Je l’ai entendu aussi », dit-il, signifiant qu’il s’agit d’une nouvelle réalité à apprivoiser pour les agronomes. Selon lui, la mission de l’Ordre de protéger le public imposera de vérifier si les agronomes maîtrisent et respectent les nouvelles règles.
L’OAQ, qui effectuait déjà environ 300 inspections d’agronomes par année, pourrait hausser sa vigilance sur le respect du nouveau règlement associé aux traitements de semences, précise M. Montpetit. Le but n’étant pas de punir les agronomes, mais de les accompagner pour qu’ils agissent dans les règles de l’art, souligne-t-il. L’inspecteur pourrait, par exemple, demander à des agronomes de refaire les formations sur la nouvelle réglementation.
Coûteux en temps
Le manque d’agronomes dans certains secteurs, de même que le coût en temps et en argent pour que l’agronome effectue la démarche au champ menant à la prescription de semences enrobées de pesticides est un autre point qui tracasse Sylvain Pion. En assemblée générale annuelle, l’un des producteurs a rapporté que le dépistage d’un seul champ avait nécessité près de 10 heures de temps à son agronome, et qu’il serait ainsi inimaginable de généraliser cette démarche à un grand nombre de champs.
Le président de l’Ordre est conscient que l’application du nouveau règlement nécessitera des ressources sur le terrain et des ajustements. Il croit cependant que l’ensemble des champs pourront être suivis dans la période d’introduction de trois ans, qui est prévue par le règlement.
De son côté, Sylvain Pion invite les producteurs à observer les conséquences de la non-utilisation des traitements de semences insecticides sur la présence des insectes ravageurs et sur leurs rendements. Car avec le réchauffement climatique et la hausse d’utilisation des plantes de couverture, la pression des ravageurs pourrait s’accroître, et le fait de bien en documenter les conséquences pourrait forcer le gouvernement à redonner aux producteurs un accès plus facile à ces pesticides, plaide-t-il.
Permis obligatoire pour semer
Il s’agit du premier printemps où tous les producteurs utilisant des semences enrobées d’insecticides, mais aussi de fongicides, devront être titulaires d’un certificat qui nécessite la réussite d’un examen en ligne au coût de 258 $. Cette nouvelle réglementation du ministère de l’Environnement vise à resserrer l’usage des semences traitées dans huit grandes cultures : avoine, blé, canola, maïs sucré, maïs-grain, maïs fourrager, orge et soya.