Élevage 25 octobre 2019

La génétique laitière en pleine mutation

La génétique bovine laitière a connu un bond technologique sans précédent ces dernières années, ce qui a eu pour effet de changer autant les habitudes des éleveurs que celles des entreprises spécialisées en la matière. Cette évolution sera encore plus rapide dans les prochaines années, notamment avec l’arrivée de nouvelles technologies. La Terre vous propose un survol des grandes tendances passées et à venir dans cette industrie complexe.

Qui ne se souvient pas de ces taureaux qui ont marqué l’histoire, comme le fameux Hanoverhill Starbuck qui a engendré plus de 200 000 filles au Québec et à l’international, ou Braedale Goldwyn, Startmore Rudolph et Comestar Lee? Maintenant, l’époque dorée de ces géniteurs « millionnaires » semble révolue en raison de la génomique qui permet de déterminer plus facilement et plus rapidement les prochains Starbuck.

« La génomique a complètement bouleversé l’industrie. Auparavant, ça prenait cinq à six ans pour connaître le potentiel d’un taureau. Aujourd’hui [avec les tests génétiques], on le sait dès la naissance. Tout devient alors plus rapide », indique Mario Hébert, directeur du Centre d’insémination artificielle du Québec (CIAQ).

D’une génération à l’autre, la sélection génétique donne aux nouveaux reproducteurs la possibilité de surpasser leurs parents. Les éleveurs vont donc chercher à recourir aux fils d’un taureau plutôt que de réutiliser celui-ci, même s’il s’agit d’un animal dont la qualité est éprouvée, explique James Peel, de Services Unigen, à Upton, une entreprise spécialisée en génétique bovine.

Plus de 60 % des ventes du CIAQ sont constituées de jeunes taureaux comme celui-ci. Même s’ils n’ont pas encore eu de résultat d’épreuve, la génomique prédit que ceux-ci possèdent une génétique supérieure recherchée par les éleveurs. Photo : Martin Ménard/TCN
Plus de 60 % des ventes du CIAQ sont constituées de jeunes taureaux comme celui-ci. Même s’ils n’ont pas encore eu de résultat d’épreuve, la génomique prédit que ceux-ci possèdent une génétique supérieure recherchée par les éleveurs. Photo : Martin Ménard/TCN

Une nouvelle ère pour les éleveurs

Le producteur laitier a désormais de nombreuses options pour améliorer son cheptel. Il peut acheter des semences de taureaux qui viendront enrichir les traits génétiques précis de chacune de ses vaches, par exemple, améliorer chez l’une la facilité de vêlage ou chez l’autre la qualité de ses membres afin d’obtenir, finalement, un troupeau plus performant. La technologie permet également à l’agriculteur d’opter pour une semence sexée afin que sa vache donne naissance à une génisse et non à un mâle.

Après la naissance de l’animal, le producteur a l’opportunité de commander un test génétique qui prédira ses performances, comme sa production de lait et sa vitesse de traite, mais aussi son niveau d’immunité. « Avec ces informations, l’agriculteur fait le choix éclairé de garder ou pas la bête dans son troupeau », explique Jophrey Soucy, directeur des ventes au CIAQ, qui mentionne que les producteurs ayant recours à ces technologies constatent un impact direct sur les performances de leur ferme laitière.

Réticences

Certains éleveurs sont encore réticents à adopter ces nouvelles technologies, qui ont évidemment un coût. Les dépenses en génétique d’un troupeau ne représentent que de 1 à 1,5 % du budget annuel alors que « c’est par là que se fait le revenu », fait remarquer Norman Carson, directeur pour le Québec et l’est de l’Ontario chez Select Sires Canada, une entreprise de vente de semence.

Cependant, la compétition accrue entre les fournisseurs s’est répercutée sur les prix. « On vend la semence aujourd’hui moins cher que dans les années 80 », note M. Carson. 

Les effets de la génomique

De l’avis de tous les intervenants contactés par La Terre, la génomique, c’est-à-dire l’analyse de l’ADN pour évaluer le potentiel génétique, marque un tournant dans l’industrie de l’élevage. « En 2009, avec l’arrivée de la génomique, tout ce qu’on connaissait a changé presque bout pour bout. L’industrie a vécu une révolution aussi grande que celle de la congélation de semence », affirme Patrice Simard, de STgenetics. De plus, cette technologie a déplacé une partie de l’élevage de taureaux des fermes élites vers les compagnies d’insémination.
« C’est une technologie très coûteuse. Il y a des millions d’investis », ajoute M. Simard. « Pour les éleveurs, ça devient difficile de suivre la parade. Ils n’ont pas les mêmes moyens », remarque Denis Descoteaux, d’ABS.

L’envers de la médaille

L’utilisation grandissante de taureaux évalués par la génomique pose un défi supplémentaire.
« L’important, c’est de continuer à nourrir le système traditionnel d’épreuves basé sur le contrôle laitier et la classification parce que la génomique, ce n’est que des estimations », affirme James Peel, d’Unigen. Ce dernier remarque d’ailleurs une tendance lourde vers l’usage de taureaux génomiques (80 %) en comparaison des taureaux
éprouvés de façon conventionnelle (20 %).

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