Économie 26 septembre 2018

Le diable est dans les détails et dans les colonnes de chiffres!

Des écarts de rentabilité entre les entreprises les plus performantes et celles qui le sont moins, il y en a toujours eu. Mais en quoi se distinguent les exploitations abonnées au groupe de tête? Des experts font part de leurs observations et des producteurs décrivent leur approche.

Même région, même production et taille comparable, mais gros écarts de rentabilité. Une réalité que font ressortir toutes les analyses technico-économiques des fermes. 

Certaines données font sourciller. En production laitière, par exemple, l’analyse de groupe de l’année 2017 réalisée auprès de 144 entreprises de l’Estrie et du Centre-du-Québec par le Groupe conseil agricole (GCA) de Coaticook calcule un solde résiduel négatif de 45 160 $ pour le groupe de fin, tandis que le groupe de tête génère un solde positif de 93 442 $.

« J’ai un profond respect pour les agriculteurs, mais il faut dire les choses telles qu’elles sont : des exploitations ont des problèmes de rentabilité principalement en raison de coûts de production trop élevés et de performances de troupeaux ou de cultures trop faibles », résume Raymond Racicot, agronome au GCA de Coaticook.  

Même constat en grandes cultures, où les chiffres de 2012 présentés par le ministère de l’Agriculture du Québec montrent que 17 % des entreprises échantillonnées en Montérégie ne couvraient pas leurs dépenses, alors que 30 % réussissaient à dégager un profit supérieur à 100 000 $.

Pour être dans le « coût »

Pour le Centre d’études sur les coûts de production en agriculture, les meilleures entreprises sont celles dont l’excellent contrôle de leurs coûts leur permet de perdurer dans le temps. D’ailleurs, c’est l’optimisation des coûts par unité de production qui donne ultimement la possibilité de dégager une marge de profit. De plus, peu importe la production, les exploitations dominantes sont celles qui font bonne figure dans toutes leurs sphères d’activité, soit à l’étable, aux champs et devant les colonnes de chiffres!

Yve Desjardins, des Consultants Denis Champagne, remarque des similitudes entre les agriculteurs premiers de classe. « Le producteur qui a de bons résultats techniques, c’est souvent un bon gestionnaire. Et c’est un bon gestionnaire parce qu’il est minutieux dans tout », mentionne l’agronome spécialisé en production porcine. 

Phénomène en évolution

Comment des entreprises réussissent-elles à se maintenir dans les groupes de tête? « Il n’y a pas de recette magique », affirme d’emblée le directeur général du Centre d’études sur les coûts de production en agriculture, Francis Goulet. Chaque année, son organisation analyse les résultats technico-économiques de nombreuses entreprises agricoles dans de nombreux secteurs. 

« Dépendamment des années, ce n’est pas la même recette. C’est souvent une combinaison de divers éléments qui fait en sorte que l’entreprise est rentable ou non. Actuellement, l’endettement n’est pas nécessairement un problème à cause des taux d’intérêt », illustre M. Goulet. À son avis, la connaissance de ses coûts de production, une analyse fréquente de l’évolution des facteurs de risque propres à son exploitation et une planification à moyen terme demeurent, possiblement, le seul grand secret des entreprises du groupe de tête.

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