Société 26 juin 2026

Un couple d’athlètes agriculteurs

L’été n’a rien de tranquille pour deux producteurs de lait de Saint-Ferdinand, dans le Centre-du-Québec, qui, en plus de s’occuper de leurs vaches, des chantiers de récolte de foin et de leurs quatre enfants, s’entraînent tous deux comme des acharnés pour participer à des courses de type ultra-trail; une course souvent plus longue qu’un marathon, qui a lieu en forêt, en sentiers accidentés et comportant beaucoup plus de dénivelé. Benoit Quintal et Stéphanie Ruel, copropriétaires de la Ferme Halifax, ont participé l’an dernier à trois courses, dont l’Ultra-Trail Harricana, dans Charlevoix. Le 13 juin dernier, Benoit a pris les sentiers du Notos Ultra-Trail, près de Victoriaville, où il a terminé le parcours de 45 kilomètres, comportant 1 455 mètres de dénivelé. « Je l’ai fait en 7 h 39. Ce n’est pas un podium, les meilleurs le font en cinq heures, mais je suis très content de moi », dit-il. 

La course et l’entraînement physique valent leur pesant d’or pour les agriculteurs, qui se sentent plus productifs dans leur entreprise agricole.
La course et l’entraînement physique valent leur pesant d’or pour les agriculteurs, qui se sentent plus productifs dans leur entreprise agricole.

En pleine période des sucres, Stéphanie est d’ailleurs surnommée « l’athlète » dans le couple, en raison de sa capacité de se promener d’un arbre à l’autre, en courant, afin de colmater les fuites du système de tubulure de leur érablière de 9 000 entailles. Le temps des sucres marque le début de leur entraînement pour la course. Le couple d’agriculteurs procède au désentaillage des érables avec un pas rapide dans l’érablière. Ils effectuent ensuite trois ou quatre courses par semaine sur des distances variant de 8 à 15 kilomètres. « La fin de semaine,  on engage un employé pour faire le train, et on se lève à quatre heures du matin pour courir sur de plus longues distances. On commence de bonne heure, comme ça, on est de retour à la ferme vers midi. Ça nous laisse du temps pour jouer avec les enfants ou pour travailler », dit Benoit. Cette année, justement, son tracteur l’attendait aussitôt après l’entraînement du matin. « J’ai fini de courir à 11 h et je n’avais pas trop le temps de me reposer; le foin était prêt, fallait presser des balles rondes. Mais quand tu es racké après une course, être assis quatre heures dans une cabine de tracteur, ce n’est pas idéal, mais ça fait partie de la game. » 

Bienfaits pour le corps et l’esprit

Stéphanie est celle qui a fait entrer la course dans le couple. « J’ai commencé à courir et à m’entraîner quand j’étais à l’ITA [Institut de technologie agroalimentaire]. Mais ici, nous restons sur une route numérotée; c’est trop dangereux de courir et pas vraiment agréable de se faire dépasser par les camions. C’est là qu’on a découvert la course en forêt. » 

Des ultra-trails représentent beaucoup d’adversité. Après des heures à courir, parfois dans des pentes abruptes, les crampes peuvent se mettre de la partie. À d’autres moments, c’est la pluie et la boue qui augmentent le niveau de défi. Ce n’est pas rare que des coureurs trébuchent.

Photo : Richard MacDonald
Photo : Richard MacDonald

Ce n’est pas toujours facile; des fois, tu as le goût de lâcher, mais quand tu arrives au fil d’arrivée, c’est tout un feeling. C’est la récompense des entraînements.

Benoit Quintal

Les entraînements et la compétition procurent au couple de nombreux bénéfices dans leur vie et à la ferme. « On est plus en santé. Quand tu t’entraînes, ça donne le goût de bien t’alimenter. On a de l’énergie, on est plus productifs à la ferme; ça aide à faire notre quotidien », assure Stéphanie. Pour Benoit, la dimension mentale est primordiale. « Quand on court, on décroche. Tu pousses la machine, tu vas dans les extrêmes de ton corps, tu n’as pas le choix de ne plus penser à la ferme, car tu dois penser à respirer, à boire et à maintenir ton pace [rythme]. On revient à la ferme et on est plus focus. » 

Bon pour l’amour

En terminant, les deux agriculteurs ne manquent pas de souligner la chimie que crée une activité commune, comme la course, pour leur couple. Les deux s’entraînent ensemble, se motivent mutuellement et comprennent l’importance que cette activité revêt pour l’autre. L’horaire chargé de leur vie familiale et de leur ferme serait un bon prétexte pour manquer les entraînements. « Parfois, je me dis que je manque trop de temps, mais “l’athlète” est assidue, elle me dit qu’elle part s’entraîner et j’y vais. Ce serait plus difficile, sans elle. »  

La salle d’entraînement à la ferme en vue d’une compétition Hyrox.
La salle d’entraînement à la ferme en vue d’une compétition Hyrox.

Se faire un parcours de musculation à la ferme

Stéphanie Ruel se donne un nouveau défi d’entraînement cette année, elle qui désire participer, avec deux autres agricultrices de sa région, à une compétition Hyrox qui aura lieu à Montréal et qui consiste en six courses de 1 km, entrecoupées de six épreuves musculaires. Les salles d’entraînement étant situées loin de sa ferme, l’agricultrice aménage un parcours d’entraînement avec des objets se trouvant à la ferme. « Dans l’une des stations à Hyrox, on devra tirer des poids. Alors on s’est mis une palette avec des poids dessus. Une autre station, il faut se mettre un poids sur l’épaule et faire des fentes [plier les jambes à 90°], alors comme poids, on s’est pris des sacs de sable qui tenaient la toile d’ensilage », donne-t-elle en exemple. S’entraîner avec deux agricultrices, dont l’une en acériculture et l’autre en production laitière, lui apporte beaucoup de motivation. « On est toutes différentes; l’une est plus rapide, l’autre plus forte; on a toutes notre background ». Seul son conjoint, Benoit Quintal, n’entend pas participer à la compétition. « Mon chum, je pense qu’il a peur! » lui lance-t-elle, comme message.