Mathieu Gagnon s’était établi comme relève non apparentée dans une ferme laitière de L’Isle-aux-Grues en 2018. Photo : Archives/TCN
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S'abonner maintenantDevant la maladie fulgurante qui a emporté Mathieu Gagnon, le 5 juin, une relève laitière non apparentée établie à L’Isle-aux-Grues depuis huit ans, la solidarité de la communauté agricole insulaire s’est rapidement manifestée.
Lorsque l’éleveur de 43 ans a été mené à l’hôpital, le 8 mai, après avoir été victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC), le producteur voisin Cédric Guillemette a immédiatement assuré la traite du troupeau de la ferme de Saint-Antoine-de-l’Isle-aux-Grues. « Les premiers jours, on était convaincus qu’il allait être capable de revenir, mais au bout d’une semaine, on a appris qu’il avait plusieurs problèmes de santé et que son retour était presque impossible », dit-il.
Or, le jeune producteur n’avait pas d’employés, mentionne le producteur laitier Frédéric Poulin. Durant les semaines subséquentes, alors que l’état de santé de Mathieu Gagnon se dégradait à l’hôpital, plusieurs agriculteurs ainsi que le père de Mathieu se sont relayés pour s’occuper du troupeau de près d’une centaine de têtes.
Le 5 juin, moins d’un mois après son AVC, Mathieu Gagnon a rendu son dernier souffle.
« C’est difficile parce que c’était un voisin à qui je parlais régulièrement. Et quand la ronde de classification venait, on faisait le tour de nos vaches et on était contents [de se montrer les] résultats. Là, c’est sûr que ça va être une belle période d’adaptation [pour moi] », dit Cédric Guillemette, qui dit avoir perdu un ami.
Mathieu Gagnon a repris la ferme que Frédéric Poulin louait avant de s’établir ailleurs sur l’île.
Il s’est établi dans les installations que j’avais et il a vécu son rêve. Trop court, mais au moins, il a été capable de vivre son rêve. Il aurait pu ne jamais y arriver, mais il y est arrivé, avec tous les défis que ça implique de partir une ferme laitière, spécialement sur une île. Il y est arrivé, et c’est tout à son honneur.
Un ancien producteur laitier de l’île et son fils veilleront à la traite et à la santé du troupeau afin que la ferme demeure viable jusqu’à ce que la famille du défunt se prononce sur l’avenir de l’exploitation. « L’objectif est [aussi] de faire en sorte que la fromagerie ne manque pas de lait à court terme », mentionne Cédric Guillemette.
Rupture d’approvisionnement évitée
Au moment d’écrire ces lignes, la solidarité témoignée à l’égard de Mathieu Gagnon et de sa famille avait permis d’éviter une rupture d’approvisionnement à la Fromagerie de l’Île-aux-Grues. « La solidarité insulaire est à son meilleur dans ce genre d’événement, explique Frédéric Poulin. On comprend tous les enjeux nécessaires pour la production laitière pour l’île. »
Car l’entièreté de la production laitière de l’éleveur, comme celle des deux autres fermes laitières de l’île, est acheminée à la Fromagerie de l’Île-aux-Grues. Rappelons que le lait doit donc absolument être produit sur place, puisque le traversier qui relie l’île à Montmagny n’est pas en service en saison hivernale.
Or, une éventuelle disparition du transformateur, qui est le poumon économique de L’Isle-aux-Grues, menacerait notamment la viabilité de la production laitière insulaire. « Ce qu’on souhaite, c’est que la famille soit en mesure de surmonter ça, de prendre les meilleures décisions pour leur avenir à eux, mais aussi pour l’avenir de l’île », dit Frédéric Poulin.
Cet ancien maire ne craint toutefois pas pour l’avenir de sa communauté. « C’est un dur moment à passer, mais L’Isle-aux-Grues a l’habitude de faire ce genre de combat là, alors c’est moins inquiétant un peu », indique ce dernier en précisant que dans les précédents transferts de ferme, les cédants se montraient souvent accommodants pour permettre à la relève de s’établir et de perpétuer le « rêve de L’Isle-aux-Grues ».