Le panic érigé prend racine dans les bandes riveraines

Dans la MRC de Nicolet-Yamaska, une plante encore méconnue pourrait devenir un outil concret pour protéger les cours d’eau sans exclure les producteurs agricoles de l’équation. 

Lancé en 2024, le projet de bandes riveraines élargies en panic érigé vise à implanter une culture pérenne en bordure des champs afin de réduire l’érosion et la sédimentation, tout en maintenant une valeur économique pour les entreprises participantes. 

Le sujet a été présenté au Colloque sur les plantes fourragères 2026, par Samuel Bergeron, de la Fédération de l’UPA du Centre-du-Québec, et Stéphanie Lord, de la MRC de Nicolet-Yamaska. Il réunit maintenant 19 entreprises agricoles, pour une superficie finale de 72,21 hectares, selon les précisions transmises par Julie Tremblay, agronome et chargée de projet en agroenvironnement à la Fédération de l’UPA du Centre-du-Québec. 

L’idée de départ venait du comité environnement de la MRC, créé dans la foulée de son plan de développement de la zone agricole. 

Yann Bourassa

« On voulait un système de bandes riveraines clé en main », résume Yann Bourassa, chef d’équipe du développement régional et de l’environnement à la Fédération de l’UPA du Centre-du-Québec, qui a participé à la mise en place du projet.

Après avoir évalué différentes options, dont le reboisement et le saule, le choix s’est arrêté sur le panic érigé. Cette graminée vivace permet de maintenir un couvert végétal à l’année, de stabiliser les abords des cours d’eau et de protéger les sols dans des secteurs parfois plus difficiles à cultiver. La plante présente aussi un intérêt dans une perspective de réduction des gaz à effet de serre, notamment par une éventuelle valorisation en granules.

Un champ de panic érigé implanté chez Michel Lemire.

Un modèle réaliste

Pour convaincre les producteurs, le modèle devait toutefois être réaliste. Les superficies implantées sont louées aux producteurs, qui reçoivent une compensation de 800 $ l’hectare, en plus du remboursement des opérations liées à l’implantation, à la fertilisation, à la récolte et aux semences. « C’est tellement le genre de projet qu’on veut au Québec, où c’est du gagnant-gagnant. Un producteur bien accompagné et soutenu par sa communauté », affirme M. Bourassa.

Sur le plan agronomique, les premiers apprentissages invitent à la patience. Julie Tremblay précise que le panic érigé est lent à s’implanter, surtout la première année, et qu’il compétitionne mal avec les mauvaises herbes au départ. « Leur contrôle est donc crucial durant les deux premières années », dit-elle. Une fois bien établi, le panic devient toutefois très compétitif et durable, pouvant rester productif pendant 10 ans ou plus.

Les débouchés constituent l’autre force du projet. La MRC vise d’abord la production de granules, mais le panic peut aussi servir de paille, de litière ou être intégré à certaines rations animales. Dans une capsule du CÉROM – Centre de recherche sur les grains, des producteurs soulignent sa longévité, son adaptation au climat québécois et ses usages en alimentation animale, en litière et comme paillis horticole. Selon le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, on compte environ 1 000 hectares en panic au Québec.

Le projet est prévu sur cinq ans, mais ses promoteurs espèrent qu’il survivra au cadre initial. « Dans un monde idéal, ça n’arrêterait jamais », lance M. Bourassa. L’objectif est clair : que les bandes implantées demeurent en place bien au-delà du financement, et que le panic érigé s’impose comme une solution durable, à la fois environnementale et agricole.