Marc-Antoine Arsenault-Chiasson souhaite, à long terme, convertir pratiquement l’ensemble du verger en pâturage. Photos : Marie-France Létourneau
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S'abonner maintenantÀ la Cidrerie Équinoxe, à Farnham, en Montérégie, le verger ne sert pas qu’à produire des pommes. Les rangées de pommiers font également office de pâturage pour les vaches, agneaux et canards. Ce modèle agricole, qui marie élevage et production cidricole, permet, selon le copropriétaire Marc-Antoine Arsenault-Chiasson, de concilier le meilleur des deux mondes.
Il faut s’enfoncer un peu dans le verger en régie biologique pour découvrir un paysage peu commun au Québec : sept vaches, s’étirant le cou à l’occasion pour mâcher l’extrémité d’une branche de pommier, y ont leurs quartiers, à l’année. Elles évoluent sur une parcelle clôturée d’une superficie d’un peu plus d’un hectare.
« C’est une approche agroécologique optimale. Je pense qu’il n’y a pas mieux comme système en ce moment. La fertilisation est gratuite, le fauchage aussi », lance le producteur, diplômé en agronomie.

Ce système, Marc-Antoine Arsenault-Chiasson l’expérimente depuis quatre ans. Il a commencé avec deux vaches sur un « espace test » de 0,2 ha. La productivité des vieux pommiers qui s’y trouvent déclinait. Plutôt que de les arracher, comme plusieurs le recommandaient, le producteur s’est inspiré de fermes cidricoles françaises, en Normandie, où les animaux pâturent parmi les pommiers.
Les résultats ne se sont pas fait attendre. « Deux ans après, les arbres ont explosé, lance-t-il. La vigueur, la santé et le rendement étaient au rendez-vous. Et ç’a un effet notable sur la qualité des pommes. La vie microbienne, le fumier, les mouches : il y a quelque chose qui se passe avec le biome que les vaches amènent. Il n’y a pas tant de recherche, parce que ce n’est pas un système populaire, mais, nous, on bet là-dessus. »
Deux pour un
Motivée par ces résultats, la Cidrerie Équinoxe a entrepris d’augmenter son cheptel cette année et de poursuivre l’expérience sur une parcelle d’un peu plus d’un hectare. La « parcelle test », elle, accueillera bientôt une vingtaine d’agneaux. Déjà, près de
200 canards vivent en liberté dans le verger, situé à proximité d’un étang.
Marc-Antoine Arsenault-Chiasson, qui a acquis la propriété d’une dizaine d’hectares avec sa conjointe, Audrey-Ann Lussier, en 2020, souhaite, à long terme, convertir en pâturage pratiquement l’ensemble du verger. Ce dernier est consacré en bonne partie à la transformation.
Car il n’y a pas que les arbres qui profitent de la présence des animaux, l’inverse s’observe aussi, dit-il. Les bœufs et canards élevés sur place offrent une qualité de viande « hallucinante ». Celle-ci est vendue à des restaurateurs, à la boutique de la cidrerie ou se retrouve dans les poutines au bœuf braisé et canards confits offerts sur place, au bistro.
Le sylvopâturage permet ainsi au couple de producteurs d’ajouter la production animale à leur production primaire, la pomiculture. « Ça augmente la rentabilité à l’hectare sans être intensif dans les cultures », souligne le cidriculteur, également viticulteur depuis l’an dernier.

D’un point de vue technique, la présence des ruminants modifie la canopée dans les parcelles où ils se trouvent. Elle est beaucoup plus élevée à ces endroits, explique en outre M. Arsenault-Chiasson. La récolte devra ainsi être modifiée, voire mécanisée (en secouant les arbres), pour être plus efficace et rentable.
Une expérience semblable est par ailleurs réalisée depuis 2024 au Vignoble La Bauge, situé à Brigham, la municipalité voisine. Des moutons veillent à l’entretien du vignoble en broutant les herbes au pied des vignes, dans une approche de viticulture régénératrice. Cette année, 35 moutons et, une nouveauté, cinq cochons seront au travail.