Virginie Bochatay a été sensibilisée aux risques de la rage grâce à un épisode de l’émission STAT dans lequel un personnage était traité pour une morsure de chauve-souris infectée par la rage. Photo : Gracieuseté de Virginie Bochatay
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S'abonner maintenantFace à la recrudescence des cas de rage du raton laveur au Québec, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) a déployé une mesure spéciale en Estrie et en Montérégie, à la mi-mai, pour fortement encourager la vaccination des troupeaux de ruminants. Des fermes participent à l’effort pour endiguer cette maladie contagieuse.
En date du 22 mai, 148 cas de rage du raton laveur avaient été décelés en Estrie et en Montérégie depuis qu’un premier cas de la présente éclosion a été confirmé en 2024. Entre les cinq premiers mois de 2025 et ceux de 2026, le nombre de cas a presque doublé en passant de 29 à 54. Ce variant de la maladie n’avait pas été détecté au Québec depuis 2015.
La Direction générale de la santé publique du Québec, le MAPAQ et l’Association des médecins vétérinaires praticiens du Québec (AMVPQ) suivent la situation de près. La rage – dont le variant du raton laveur, qui infecte cette espèce ainsi que les mouffettes et les renards présents dans la faune – est considérée comme une préoccupation « prioritaire », notamment en raison des risques de transmission à d’autres animaux et à l’humain. Rappelons que le virus, qui attaque le système nerveux, se transmet par la salive à travers une plaie ou une muqueuse (yeux, bouche, nez) et que la mort est inévitable si la maladie n’est pas traitée avant l’apparition des symptômes.
Pour réduire les risques de transmission aux éleveurs, le MAPAQ a mis en place un programme d’aide financière pour inciter à la vaccination des troupeaux des deux régions touchées, explique le président de l’AMVPQ, Jean-Yves Perreault. « Depuis la mi-mai, les producteurs de bovins laitiers, de bovins de boucherie, de moutons et de chèvres peuvent faire vacciner leur troupeau par leur médecin vétérinaire et les frais du vaccin et des honoraires pour vacciner sont remboursés à 100 % par le programme », dit-il en précisant que l’aide financière vise également les troupeaux qui restent à l’intérieur. « Normalement, il y a juste une fraction des honoraires ou du déplacement qui est remboursée dans ce [genre de] programme. Ce n’est jamais à 100 % et les médicaments ne sont jamais inclus. [Là, il y a] une mise en place vraiment énergique pour endiguer le problème », souligne-t-il, en rappelant que les symptômes chez les bovins peuvent inclure une perte d’appétit, une quantité de bave ou de diarrhée anormale, des beuglements étranges et une démarche inhabituelle.
Un épisode de STAT
Au moment d’écrire ces lignes, la maladie n’avait pas été détectée chez des animaux d’élevage. Mais Virginie Bochatay n’a pas hésité lorsque sa vétérinaire lui a récemment demandé si elle souhaitait faire vacciner ses vaches laitières contre la rage du raton laveur. L’éleveuse d’Acton Vale, en Montérégie, a confié à La Terre, mi-amusée mi-sérieuse, avoir été sensibilisée aux risques de cette maladie grâce à un épisode de l’émission STAT – une série médicale diffusée à la télévision de Radio-Canada – dans lequel un personnage était traité pour une morsure de chauve-souris infectée par la rage.
Dans STAT, c’est sûr que c’était un peu exagéré et dramatique, mais quand ma vétérinaire a parlé de ça, je me disais que je ne voulais pas attraper la rage. En plus, ils avaient de la misère à soigner la fille dans l’émission.
Le troupeau de 180 têtes a donc été vacciné, le 28 mai. « Ce n’était pas vraiment une option, vu que mes animaux sont dehors et que je voulais protéger mon monde, dit-elle. Parce que si l’animal a l’air bizarre, ça ne veut pas dire qu’on sait que c’est ça, et quand tu arrives pour le soigner, ça ne veut pas dire que tu l’attrapes, mais il y a des chances pareil. » Le dernier cas de rage humaine recensé au Québec remonte à octobre 2000.
Plus tôt dans la saison
En Estrie, un tiers des éleveurs de bovins suivis par le Bureau vétérinaire de Richmond ont manifesté un intérêt pour la vaccination, indique la vétérinaire Stéphanie Guérin. « L’élément qui a semblé le moins favorable est le moment choisi pour le lancement de la campagne. Plusieurs animaux étaient déjà au pâturage, ce qui complique la gestion et la réalisation de la vaccination, soutient-elle. Malgré cela, l’initiative a été généralement bien accueillie par notre clientèle. »
Selon Jean-Yves Perreault, même si les discussions ont commencé dès le mois de mars, la période de mise en place du programme a fait en sorte qu’il est disponible depuis la mi-mai seulement. L’aide financière sera toutefois offerte aux éleveurs jusqu’au 31 mars 2027. « Si ces régions sont encore endémiques ou qu’il y a d’autres régions qui sont endémiques, peut-être que, justement, on pourra agir d’une façon un peu plus précoce, dès le printemps prochain, pour s’assurer qu’on pourra atteindre aussi les bovins de boucherie ou des taures laitières qui ont été mis au pâturage plus tôt », dit-il.
Retards dans l’approvisionnement des vaccins
Le lancement de la mesure spéciale a provoqué une demande accrue en vaccins contre la rage à laquelle les compagnies pharmaceutiques n’étaient pas préparées. Le Bureau vétérinaire de Richmond mentionne que certains fabricants sont en rupture de stock, « ce qui limite les options disponibles », mais estime être en mesure de répondre aux besoins des cas jugés prioritaires pour l’instant.
L’Association des médecins vétérinaires praticiens du Québec a contacté chacune des compagnies pharmaceutiques. Son président, Jean-Yves Perreault, affirme que les stocks sont disponibles, mais des retards d’approvisionnement sont à prévoir. « S’il y a une demande accrue, il peut y avoir un petit délai [afin de prendre] des stocks qui sont ailleurs, puis de les ramener au Québec, par exemple. Sans faire venir des vaccins d’ailleurs, ça peut être juste d’un centre de distribution à l’autre », explique-t-il.
En attendant, les vétérinaires peuvent utiliser différents types de vaccins (uniquement pour la rage, ou combinés avec un adjuvant différent) et, bien que l’utilisation de vaccins homologués pour une espèce soit priorisée, un vaccin contre la rage homologué pour une autre espèce peut également être utilisé.