Maraîchers 5 juin 2026

Les pulvérisateurs guidés par l’IA ont la cote

Alors que bien peu de fermes maraîchères osaient s’en procurer, il y a à peine quelques années, voilà qu’elles sont plus nombreuses, aujourd’hui, à acheter des technologies de précision guidées par l’intelligence artificielle (IA) pour le désherbage. Cela leur permet de réduire le recours au travail manuel, tout en appliquant moins d’herbicides. Dorénavant perçue comme étant plus fiable, avec un meilleur retour sur l’investissement, la robotique au champ se démocratise.

« Parler de robots désherbeurs et de pulvérisateurs de haute précision, c’est rendu normal, alors que c’était encore marginal, il n’y a pas si longtemps », constate Izmir Hernandez, qui est conseillère en innovation à l’Association des producteurs maraîchers du Québec (APMQ). 

Au-delà de l’onéreux outil LaserWeeder, dont quelques maraîchers ont fait l’acquisition au cours des dernières années pour enrayer les mauvaises herbes au laser, cette dernière remarque un boum d’achats d’autres technologies guidées par l’intelligence artificielle, notamment de pulvérisateurs de haute précision. Les ventes de celui de marque ARA, d’Ecorobotix, d’une valeur d’environ 370 000 $, ont explosé, affirme Alain Grégoire, directeur des ventes du détaillant Univerco, à Napierville. Près d’une trentaine de fermes en ont un aujourd’hui, alors qu’elles n’étaient qu’une poignée il y a à peine trois ans. 

Le président d’Équipements R&R, à Saint-Michel, Claude Provencher, commercialise le pulvérisateur Rumex au Québec depuis cette année, et remarque que la technologie, d’une valeur de 280 000 $, suscite déjà l’intérêt des producteurs.

C’est que les herbicides, qu’il n’est pas possible d’appliquer n’importe quand et partout avec un pulvérisateur conventionnel sans asperger les légumes, ne suffisent pas à tuer toutes les mauvaises herbes. Quant aux sarcleurs mécaniques, ils ne peuvent pas s’approcher trop près des cultures sans les abîmer. Une intervention à la main, plus précise, est donc requise pour bien exécuter la tâche, ce qui fait en sorte que le désherbage est un poste de travail très coûteux en main-d’œuvre pour bon nombre de maraîchers. Voilà pourquoi les pulvérisateurs de haute précision, qui distinguent les mauvaises herbes des cultures, grâce à l’intelligence artificielle, s’avèrent populaires. Comme ils sont capables d’envoyer juste ce qu’il faut de produit, directement au bon endroit, sans toucher les légumes, même lorsqu’ils sont très proches, ils rendent l’application beaucoup plus efficace et réduisent la nécessité de faire des retouches manuelles.

Un producteur de Saint-Jacques, dans Lanaudière, André Brisson, fonde beaucoup d’espoir sur son nouveau pulvérisateur Rumex qu’il vient de recevoir. « L’année passée, ça m’a coûté 100 000 $ de désherbage manuel et j’espère éventuellement couper cette
facture-là de moitié », exprime celui qui veut surtout réduire le travail manuel dans ses productions de betteraves et d’oignons.

À Saint-Michel, dans les terres noires de la Montérégie, le maraîcher Maxime Daigneault constate que la précision du pulvérisateur ARA, d’Ecorobotix, acquis à la fin de l’été dernier, lui permet d’affecter beaucoup moins de personnel pour le désherbage de ses primeurs de carottes, ce printemps. « C’est sûr que c’est un gros investissement. Tu ne rentres pas dans ton argent la première année, mais au bout de cinq ans, je ne suis pas inquiet », exprime-t-il.