Plus que jamais, les fermes maraîchères se tournent vers des solutions automatisées pour accomplir des tâches manuelles autrefois confiées à une main-d’œuvre coûteuse. Lumière sur une démocratisation technologique. Photos : Caroline Morneau/TCN
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S'abonner maintenantDans un contexte où la main-d’œuvre coûte de plus en plus cher, les technologies qui remplacent le travail manuel au champ sont particulièrement convoitées par les maraîchers. La robotique pour le désherbage s’est démocratisée et l’offre de planteurs automatiques s’est élargie.
SHERRINGTON – Seule dans un champ de jeunes pousses de laitues, à Sherrington, une imposante machine de 6,5 mètres de large, tirée par un tracteur, avance lentement en émettant des flashs de lumière, à la manière d’un stroboscope. Au sol, de petites étincelles de fumée apparaissent, puis disparaissent aussitôt. Cela signifie que des mauvaises herbes viennent d’être brûlées au laser.
« Oui, c’est une technologie qui coûte très cher, mais avant, on pouvait avoir de 20 à 40 personnes qui travaillaient chaque jour pour enlever les mauvaises herbes à la main. Là, tout ce qui est travail manuel, pour cette tâche, on l’a pas mal enlevé », fait valoir Patrick Ramsay, le responsable de l’ingénierie agricole chez Vert-Nature, une division de Vegpro International.
Cette grande ferme, qui a également des sites de production de jeunes pousses de laitues, de crucifères et d’épinards en Floride et en Colombie-Britannique, fait partie des quelques entreprises maraîchères québécoises ayant acheté, dernièrement, l’outil de désherbage au laser LaserWeeder, conçu par la compagnie américaine Carbon Robotics.
Après la Ferme Benjo, dans Lanaudière, qui a été la première de la province à se doter de cette technologie, en 2024, au coût de 2,2 M$, deux autres ont emboîté le pas, dont Vert-Nature, qui a choisi de se procurer deux machines usagées. L’une d’elles, acquise au printemps 2025, en est à sa deuxième saison à Sherrington, après avoir travaillé tout l’hiver en Floride, tandis que l’autre est en Colombie-Britannique.
Se gardant de dévoiler le prix payé pour ces engins, M. Ramsay s’attend à un retour sur l’investissement en moins de deux ans, d’une part parce qu’ils permettent beaucoup d’économies en salaires, mais aussi parce qu’ils sont actifs sur de longues périodes. Celle du Québec, par exemple, roule 24 heures sur 24, et à l’année, sur l’un ou l’autre des sites de production de Vert-Nature, au nord et au sud de la frontière. « L’avantage qu’on a, c’est qu’on rentabilise les équipements deux fois plus vite, parce qu’on les fait rouler deux fois plus d’heures par année. »
Une précision chirurgicale
Comme il n’est pas possible d’enrayer complètement les plantes indésirables avec des herbicides, beaucoup de main-d’œuvre était requise auparavant, tout l’été, pour le désherbage des 809 hectares de jeunes pousses que l’entreprise cultive au Québec. Aujourd’hui, la technologie munie de 30 lasers remplace presque entièrement le travail manuel, en éliminant les mauvaises herbes avec une précision chirurgicale. Grâce à l’intelligence artificielle, elle reconnaît les plantes indésirables, qu’elle distingue des jeunes pousses de laitues, puis les tue, sans abîmer les cultures autour. Une génératrice sur le tracteur vient alimenter l’engin, qui fonctionne entièrement à l’électricité.
On a aussi réduit les herbicides, pas complètement encore, mais dans les jeunes pousses, c’est au moins la moitié moins d’herbicides.

Pas parfait
L’achat s’avérera donc rentable, selon l’agriculteur, même si les résultats ne sont pas parfaits. D’ailleurs, au moment du passage de La Terre à la ferme, le 28 mai, la machine omettait d’éliminer quelques mauvaises herbes, ça et là, car la croissance des plantes était un peu trop avancée, ce qui ne favorisait pas une efficacité optimale. Plus les mauvaises herbes sont grandes, plus elles sont coriaces et difficiles à tuer. En plus, lorsque les cultures de jeunes pousses sont à un stade plus avancé, leur feuillage vient masquer les plantes indésirables, ce qui complexifie le travail de la machine pour les détecter.
« Ce que ça dit, présentement, c’est qu’on a 15,3 mauvaises herbes par pied carré et qu’on est à une efficacité de 88 %. Donc, elle en tue peut-être 13 sur 15 », analyse Patrick Ramsay, en consultant son téléphone.
Avec ces informations que lui fournit la technologie en temps réel, l’agriculteur pourrait décider d’ajuster les paramètres pour augmenter l’efficacité, et se rapprocher du 100 %, mais cela aurait pour effet de ralentir le désherbage, car les lasers déploieraient plus d’énergie sur chaque plant, afin de les éliminer complètement.
« Il faut faire des choix et trouver un juste milieu. Généralement, on vise entre 90 et 95 % d’efficacité. Ce n’est jamais 100 %, parce que la machine n’avancerait pas. » Advenant que les mauvaises herbes restantes prennent le dessus sur les cultures, il accepte donc qu’un peu de travail manuel soit encore requis pour faire des retouches, à l’occasion.
Risques d’incendies dans les terres noires
Une technologie de désherbage au laser vient avec des risques d’incendie dans les terres noires, fait remarquer Patrick Ramsay, qui s’assure toujours que le sol est humide avant le passage de la machine. « C’était une interrogation qu’on avait quand on l’a achetée, raconte-t-il. Mais l’avantage qu’on a, c’est que dans les jeunes pousses, on a toujours de l’irrigation. Si c’est vraiment sec, on va irriguer la veille ou quelques heures avant pour être sûrs de ne pas partir un feu. Il faut être conscients que c’est quelque chose qui peut arriver en terre noire, parce que c’est de la matière organique qui brûle plus facilement », indique-t-il.
La Ferme Benjo aimerait faire rouler sa machine à l’année
Deux ans après avoir acheté l’outil LaserWeeder pour le désherbage de ses champs de betteraves, le propriétaire de la Ferme Benjo, dans Lanaudière, Benoît Hervieux, ne regrette pas son choix, mais il aimerait pouvoir utiliser sa machine à l’année, afin de rentabiliser plus rapidement son acquisition de 2,2 M$. Car contrairement à Vert-Nature, il ne possède pas de site de production au sud de la frontière où envoyer son robot, l’hiver. « Il remplace des dizaines de personnes pour le désherbage, chaque jour, de mai à août, et on s’en vient de meilleur en meilleur avec, mais le problème qu’on a, au Québec, c’est la période d’utilisation qui n’est pas assez longue », constate l’agriculteur de Saint-Lin–Laurentides. À l’hiver 2025, il a eu l’occasion de louer son outil à Vert-Nature, pour que l’entreprise puisse tester la technologie sur son site, en Floride, avant d’en faire l’acquisition, mais il n’a pas réussi à trouver un autre locataire, l’hiver dernier. En ne l’utilisant que l’été, il estime à cinq ans le délai pour un retour sur l’investissement.