Bio 22 mai 2026

Des agriculteurs qui gagnent moins qu’une « gardienne d’enfants »

Alors que la coopérative Nord-Bio célèbre le 10e anniversaire de son marché où sont vendus les aliments d’une cinquantaine d’agriculteurs bio du Saguenay–Lac-Saint-Jean, la situation n’est pas rose pour tous les producteurs, notamment les petits maraîchers, en ce début de saison 2026, estime la présidente, Audrey Paradis. 

« C’est difficile, avec la réalité actuelle, d’aller chercher une clientèle additionnelle. Et on est pris dans un algorithme. Nos fournisseurs justifient des hausses de prix par leurs frais de carburant et par leurs hausses de salaire, mais nous, comme agriculteurs, quand on veut monter nos prix, on ne peut pas, car on joue dans la même ligue que les grandes chaînes d’épicerie. Alors, on ne se verse quasiment pas de salaire. On reçoit moins de l’heure que la petite gardienne qui vient pour les enfants », se désole-t-elle. Audrey Paradis constate une précarité pour plusieurs petites fermes membres de la coopérative.

C’est épuisant d’être dans la précarité. La question que je me pose : Comment ça qu’on laisse crever les gens qui nous nourrissent? Est-ce qu’on met nos priorités à la bonne place?

Audrey Paradis

Les producteurs de proximité ont déjà déployé la stratégie de convaincre un client après l’autre pour qu’ils achètent leurs produits. Mme Paradis croit qu’ils ont fait leur part; il faut maintenant une intervention de l’État. « C’est un enjeu d’ordre politique avant tout. La vérité, c’est que la politique de souveraineté alimentaire, il n’y en a pas. Tant qu’il n’y aura pas d’incitatif gouvernemental, ou de lois [favorisant les produits locaux], on va toujours avoir des petites fermes vulnérables et on n’aura pas de vraie autonomie alimentaire », souligne-t-elle. Les petites fermes de proximité doivent être prises au sérieux, estime la productrice. « Je ne veux pas que le monde encourage seulement les petites fermes par pitié. Ça m’insulte quand quelqu’un dit qu’il m’encourage. Est-ce que j’ai l’air d’une fille qui vend des barres de chocolat pour payer un voyage de fin d’année? » lance-t-elle avec une pointe d’humour. L’agricultrice fait valoir que les petites fermes offrent une nourriture fraîche, goûteuse et accessible à la population, puis rapprochent le consommateur de l’agriculture.  

Nord-Bio en croissance

La coopérative Nord-Bio a commencé, en 2015, à faire de la mise en marché collective avec 23 producteurs. Elle en compte aujourd’hui une cinquantaine; un chiffre qui stagne, car pendant que des fermes s’ajoutent, d’autres mettent la clé sous la porte, faute de rentabilité. Par ailleurs, certaines abandonnent leur certification bio, jugée trop dispendieuse.

Le chiffre d’affaires de Nord-Bio est passé de 12 000 $ à 500 000 $ dix ans plus tard. Maryse Fortin, coordonnatrice de Nord-Bio, voit une grande évolution : « Au début, on a décollé le marché [collectif] pour aider les producteurs à écouler leurs surplus de produits. Aujourd’hui, les producteurs nous appellent et veulent développer des produits spécialement pour le marché, des produits qu’on n’avait pas encore, comme des courges, des carottes de couleur, des haricots secs, etc. On est ailleurs. »

L’organisation avance un pas à la fois, ayant notamment acquis un camion réfrigéré, afin de livrer les produits locaux et bio, même dans les plus petites municipalités du Saguenay–Lac-Saint-Jean. « On a acheté une boutique en 2022, au centre-ville d’Alma. On est bien installés. On a une croissance des ventes de 10 à 15 % par année », précise Mme Fortin.