Bio 22 mai 2026

Soutien au bio : « Il faudra que tout le monde s’y mette »

En ce début de saison, le nombre d’inscriptions aux abonnements de paniers bio semble stable par rapport à l’an dernier, observe Véronique Bouchard, présidente du Réseau des fermiers·ères de famille. La baisse de l’intérêt des consommateurs pour les fermes de proximité qui a suivi la pandémie semble donc se cicatriser, mais pour remettre ces fermes sur la voie de la croissance, il faudra que tout le monde s’y mette, croit Mme Bouchard. 

Les fermes

Elle commence par s’attarder aux fermes elles-mêmes. « On en a qui sont solides. Leurs affaires vont bien; ils ont des abonnés de longue date. On a aussi des entreprises en situation difficile. Ça paraît facile [de démarrer une petite ferme de proximité], mais la réalité de l’entrepreneuriat et de l’agriculture, c’est que ce n’est justement pas facile. En affaires, tu ne peux pas juste recopier la recette de quelqu’un d’autre ou d’un livre. Il faut que tu te démarques et que tu sois innovant », dit-elle. 

Véronique Bouchard souligne que des fermes réalisent par exemple des projets de sécurité alimentaire dans le cadre desquels leur MRC paie une partie des paniers de légumes aux familles en difficulté. D’autres fermes vendent des abonnements de paniers à des entreprises pour leurs employés. « On a de beaux succès dans le réseau qu’on se partage; il faut trouver des façons nouvelles de rejoindre les gens », affirme-t-elle. 

Le gouvernement

Le gouvernement a le pouvoir d’aider et doit également faire sa part, ajoute Mme Bouchard, qui est titulaire d’une maîtrise en agronomie. « Quand le premier ministre avait dit, pendant la pandémie, d’acheter de nos fermes, on a vu l’impact tout de suite sur les ventes. C’est juste plate que le message ne soit pas resté… On parle au ministère de l’Agriculture et aux députés. On leur demande des initiatives gouvernementales [pour favoriser l’achat d’aliments locaux] et ils répondent ­souvent par de beaux discours, mais rien de concret. Ils parlent beaucoup de la relève, mais le but n’est pas juste de démarrer de nouvelles entreprises qui vont fermer après », indique-t-elle.

Les citoyens

Les citoyens aussi peuvent faire une différence, eux qui n’ont plus d’argent pour des légumes et aliments de proximité, mais qui s’abonnent à Spotify, qui achètent la dernière version de téléphone cellulaire et qui ne manquent pas leur voyage dans le sud, énumère-t-elle. « On sent un effritement de la solidarité et aussi de l’engagement environnemental des gens. On est beaucoup dans une société de l’image et du paraître. Mais [les fermes de proximité bio], ce sont des légumes santé, c’est de la souveraineté alimentaire et de la résilience alimentaire », insiste-t-elle.

L’agricultrice Véronique de Broin ne remarque ni décroissance ni hausse de sa clientèle, en ce début de saison. Photo : Gracieuseté de la Coopérative les Jardins de Tessa

L’agricultrice Véronique de Broin ne remarque ni décroissance ni hausse de sa clientèle, en ce début de saison. Photo : Gracieuseté de la Coopérative les Jardins de Tessa

Un argument à l’avantage des fermiers

L’inflation alimentaire et ses hausses de prix en épicerie rapportées dans les médias représentent un argument en faveur des fermes de proximité, estime Véronique de Broin, présidente de la Coopérative Les Jardins de Tessa, située à Frelighsburg, en Estrie. Les clients s’attendent à ce que les prix continuent de croître durant l’été, mais en prenant leur abonnement en début de saison chez un fermier, ils sont assurés d’avoir le même prix pour leurs paniers de légumes durant tout l’été et se protègent ainsi des hausses en épicerie, explique-t-elle. En ce début de saison, l’agricultrice ne remarque ni décroissance ni hausse de sa clientèle. « On est à 90 % de nos objectifs d’abonnement de paniers, soit 300 paniers déjà vendus sur un objectif de 340. En fait, on est au même niveau d’abonnement que l’an dernier », ­mentionne-t-elle.

Peu d’élèves, mais « la vibe est bonne »

La pouponnière de futurs propriétaires de fermes maraîchères de proximité reprend tranquillement des couleurs. Le programme d’agriculture biologique à l’Institut national d’agriculture biologique (INAB) de Victoriaville avait enregistré une cohorte record, en 2019, avec 65 étudiants pour ensuite connaître une chute des inscriptions avec une cohorte de quatre étudiants pour l’an dernier (cohorte 2024). « Cette année, nous en avons 12. Ils sont lucides. Ils savent que ce n’est pas un contexte facile pour partir un business et que s’ils veulent faire ce métier, ils doivent s’atteler et être entrepreneurs. Mais leur moral est positif, ils s’impliquent. La vibe est bonne dans les cours », dit l’enseignant et coordonnateur du programme, Pierre-Antoine Gilbert. Il prêche aussi pour un meilleur soutien de l’État, par exemple un crédit d’impôt aux citoyens qui achètent d’une ferme de proximité.