Le changement à la ration préconisé par Alexandre Lemay a eu pour effet d’augmenter le ratio de protéines et de lactose contenu dans son lait par rapport au gras, comme il le souhaitait, avec une ration qui lui coûte désormais moins cher. Photo : Gracieuseté de la Ferme Lemery
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S'abonner maintenantQuelques mois après avoir apporté de premiers changements à la ration des vaches pour profiter d’un nouveau mode de rémunération qui encourage un virage vers la protéine, certaines fermes laitières observent déjà des résultats concluants. D’autres ont rencontré des pépins et cherchent encore la recette gagnante.
« Je pense que le changement m’a permis de livrer environ 200 kg de protéines de plus, en avril, avec le même quota [de matière grasse]. Au lieu de livrer 5 400 kilos de protéines à 13,84 $ le kilo, j’en ai livré 5 640 kilos », constate Alexandre Lemay, un agriculteur de Chaudière-Appalaches, en consultant sa paie de lait d’avril, reçue le 15 mai.
C’est signe, selon lui, que l’ajout alimentaire qu’il a fait a eu l’effet escompté d’augmenter le ratio de protéines et de lactose contenu dans son lait par rapport au gras. De plus, la ration lui coûte désormais moins cher, donc devrait être encore plus rentable qu’avant.
Depuis qu’il a remplacé, en mars, certains ingrédients par de la rumensine, soit un additif alimentaire peu coûteux qui aide les vaches à mieux digérer l’énergie qu’on leur donne, le copropriétaire de la Ferme Lemery, à Leclercville, remarque que ces dernières produisent plus de litres de lait, et donc un peu plus de protéines, avec la même quantité de moulée. La concentration de matière grasse est moindre, car elle se retrouve diluée, mais comme le volume de lait produit est plus grand, l’agriculteur parvient à livrer autant de gras qu’avant, chaque jour, et à remplir son quota sans devoir acheter des vaches supplémentaires.
Comme il vient de recevoir sa première paie de lait depuis que le nouveau mode de rémunération est entré en vigueur, il est difficile de calculer concrètement l’incidence du changement alimentaire sur son revenu, mais le producteur considère que la première étape de son virage s’est bien déroulée.
« Le ratio n’a pas beaucoup bougé. C’est minime, mais c’est normal après un premier changement à court terme. Même si les améliorations sont petites, elles sont là. C’est très long à faire virer de bord, un ratio », fait remarquer l’agriculteur, dont la ferme produit un quota de 220 kg de matière grasse par jour (kg de MG/jour), avec 125 vaches.
La prochaine étape sera de travailler sur son fourrage, notamment en le coupant plus court, ce qui devrait améliorer encore plus la rapidité de digestion de ses vaches, à moyen terme, et favoriser une production laitière plus protéinée.

Dominic Drapeau, dont l’entreprise de Sainte-Françoise, dans le Centre-du-Québec, produit un quota de 1 412 kg de MG/jour, redoutait de perdre de l’argent avec l’entrée en vigueur du nouveau mode de paiement, anticipant que le ratio de gras contenu dans son lait soit trop élevé par rapport à la protéine et au lactose. Pour rééquilibrer le tout, son équipe a augmenté la quantité de rumensine dans la ration ainsi que l’apport énergétique en maïs et en tourteau de canola, ce qui a donné de bons résultats, semblables à ceux rapportés par Alexandre Lemay.
« Je regarde la première paie de lait, et je ne pense pas avoir perdu d’argent, même que je crois qu’on aurait dû appliquer ces changements-là avant, parce que je pense qu’on n’exploitait pas notre quota à son maximum, déjà sous l’ancien mode de paiement », analyse le copropriétaire de la Ferme Drapeau et Bélanger, qui voit un potentiel énorme, à plus long terme, d’aller chercher plus de revenus, grâce à la protéine, avec le même quota laitier.
Un début d’acidose
À Terrebonne, dans Lanaudière, l’équipe de la Ferme Caribou a eu moins de succès avec ses changements. Le copropriétaire Jasmin Mathieu raconte que l’apport énergétique en grains a été augmenté de façon trop radicale dans la ration, ce qui a déclenché un début d’acidose chez les vaches, soit un trouble digestif lié à une acidité excessive dans le rumen.
« On a réussi à faire bouger notre ratio significativement, mais ça n’a pas été avantageux pour la santé de mes vaches. Il va falloir utiliser une autre méthode », constate le producteur, qui a mis le projet des protéines sur pause, pour l’instant. Sa priorité, à court terme, est de soigner son troupeau et de remplir son quota de matière grasse, car c’est ce qui est le plus payant. Surtout qu’une journée additionnelle de production a été accordée à tous les producteurs pour le mois de mai.
Selon le nutritionniste Jimmy Côté, qui accompagne une soixantaine de producteurs laitiers, principalement en Estrie et dans le Centre-du-Québec, trouver le juste équilibre permettant d’améliorer le ratio de composantes dans le lait sans provoquer d’acidose chez les vaches est un défi rencontré par plusieurs producteurs.
« C’est plus facile de travailler le taux de gras que la protéine. J’en accompagne qui ont eu de super bons résultats, et d’autres pour qui le succès a été plus modéré », témoigne-t-il. Il constate que l’ajout de rumensine est un exemple de changement qui a porté ses fruits pour plusieurs. La préconisation d’une mouture de grains plus fine dans la ration, qui aide la vache à mieux assimiler la nourriture, est un autre changement simple, peu coûteux et « pratico pratique » qui a souvent fonctionné, mentionne le nutritionniste.
Les avis d’experts divergent
Simon Jetté-Nantel, agroéconomiste chez Lactanet, fait remarquer qu’il n’existe pas de « poudre magique » permettant d’augmenter le ratio de lactose et de protéines contenu dans le lait par rapport au gras, ce qui complexifie le travail des producteurs pour trouver la recette qui convient le mieux à leur situation. Ce qui fonctionne pour les uns ne marche pas nécessairement pour les autres. « On dirait que les résultats sont aléatoires. La recette gagnante, c’est d’être entouré d’une bonne équipe de conseillers capable d’échanger de façon constructive, parce que les avis divergent parfois d’un expert à l’autre », exprime-t-il.