Dominic Drapeau explore, avec sa nutritionniste, des façons d’ajuster la ration des vaches pour rééquilibrer le ratio de sa production de protéine par rapport au gras, à court terme. Photo : Gracieuseté de Dominic Drapeau
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S'abonner maintenantAu 1er avril, la façon de rémunérer les fermes changera de façon significative pour les inciter à produire du lait contenant plus de protéines, et ainsi répondre à la forte demande des transformateurs. Sur le plancher des vaches, des producteurs en sont à modifier la ration du troupeau pour tirer profit de la situation.
« Selon des calculs préliminaires qu’on a faits, avec ma nutritionniste, je risque de perdre entre 100 000 $ et 200 000 $ par année avec les nouveaux modes de paiement si je ne fais rien, mais il y a aussi une fenêtre pour faire des profits. Je préfère le voir comme une opportunité », témoigne Dominic Drapeau, dont l’entreprise de Sainte-Françoise, dans le Centre-du-Québec, produit un quota de 1 412 kilos.
Le ratio de gras contenu dans son lait, qui sera trop élevé par rapport à la protéine et au lactose lorsque le nouveau système entrera en vigueur, le pénalisera s’il n’applique aucun changement dans sa régie de troupeau.
C’est pourquoi il explore, avec sa nutritionniste, des façons d’ajuster la ration des vaches pour rééquilibrer le ratio à court terme, notamment par l’ajout d’amidon et d’acide aminé.
Si son but, d’ici avril, est d’éviter de perdre de l’argent, il testera, éventuellement, des façons d’augmenter son revenu grâce à la protéine, qu’il préfère voir comme un nouveau marché avantageux pour l’industrie laitière. Il est conscient, cependant, que de trouver le bon équilibre ne se fera pas en criant ciseau. Il faudra y aller par essais et erreurs, sans nuire à la santé des vaches en changeant trop radicalement leur nourriture.
Un producteur de Saint-Herménégilde, en Estrie, Christian Kaiser, préfère aussi voir la tendance de la protéine comme une occasion d’augmenter son revenu avec la même quantité de quotas, sans obligation de « faire un virage à 180 degrés ».
« J’ai fait des calculs, ce matin, et si les vaches répondent le moindrement aux ajustements dans l’alimentation qu’on veut faire, on pense qu’on pourrait aller chercher 25 000 $ de plus dans une année, avec 5 000 $ de plus de dépenses en alimentation », exprime celui dont la ferme produit un quota de 115 kilos avec 75 vaches.
Dans sa sélection génétique, par ailleurs, il ne choisit plus ses taureaux qu’en fonction de la teneur en gras, mais aussi en fonction de la protéine, pour des résultats visibles à plus long terme, d’ici quelques années.
D’autres producteurs voient ce virage vers la protéine comme un défi de taille, après des années à se faire encourager à produire plus de gras. « Des vaches, ce sont des années de croisement génétique. Revenir à une tendance de marché d’il y a 10-20 ans, ça ne se fait pas en claquant des doigts », indique Maxime Boutin, qui produit un quota de 128 kilos, avec 85 vaches, à Saint-Georges, dans Chaudière-Appalaches. Ce dernier explorera le potentiel économique d’adopter une nouvelle stratégie alimentaire avec ses conseillers, mais n’a pas encore décidé s’il appliquera des changements. « Si, pour faire plus de protéines, je dois faire moins de gras et que je me retrouve obligé de garder 10 vaches de plus dans mes installations pour remplir mon quota, avec des frais fixes de plus, jusqu’à quel point ça vaut la peine? Ce sera à voir », exprime l’agriculteur.
De petits ajustements à la rémunération sont déjà entrés en vigueur en août, puis au 1er janvier pour envoyer un signal aux producteurs. Il est prévu que celui du 1er avril soit plus considérable.