Élevage 8 mai 2026

Des assouplissements pour l’abattage de proximité de tous les animaux

Québec prévoit assouplir la réglementation entourant l’abattage de proximité, notamment en permettant aux éleveurs de bovins, de poulets, d’agneaux et d’autres animaux de recourir aux services d’établissements qui ne sont pas sous inspection permanente d’un vétérinaire, pour la transformation de viande à commercialiser à la ferme ou dans les marchés publics. 

Actuellement, les éleveurs qui veulent vendre la viande issue de leur élevage aux consommateurs doivent absolument envoyer leurs animaux dans un abattoir sous inspection fédérale ou provinciale, qui est parfois situé à plusieurs heures de route de la ferme. Pour leur faciliter la tâche, Québec veut leur permettre de se tourner vers un abattoir de proximité plus proche, qui n’est pas sous inspection permanente, mais qui est accrédité et qui reçoit la visite d’un vétérinaire deux fois par année. Chaque producteur pourrait envoyer un volume maximum de 5 000 kg d’animaux par année dans l’un de ces 24 établissements qui existent à travers la province, pour la vente de viande à la ferme ou dans les marchés publics. Le gouvernement veut aussi pérenniser un projet pilote d’abattage de poulets à la ferme jusqu’à un maximum de 300 oiseaux par année (voir l’autre texte). 

« L’absence d’abattoirs sous inspection permanente à une distance raisonnable, que ces derniers soient de compétence provinciale ou fédérale, amène les producteurs agricoles à transporter leurs animaux sur de longues distances, ce qui augmente les coûts, restreint le développement des entreprises agricoles locales et soulève des préoccupations quant au respect du bien-être des animaux », a fait valoir le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), Donald Martel, dans un mémoire à l’attention du Conseil des ministres, qui explique la pertinence de ces deux mesures d’assouplissement prévues au Règlement sur les aliments.

Des producteurs restent sur leur faim

Un éleveur de 30 brebis et de 60 agneaux de Saint-Fulgence, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, Napesh Lapointe, a considérablement réduit la taille de son troupeau, ces dernières années, parce que l’abattoir provincial le plus proche se situe à Saint-Henri-de-Lévis, à six heures de route aller-retour. L’agriculteur, qui commercialise sa viande à la ferme, est d’avis que l’instauration d’un projet pilote d’abattage sur place pour tous les animaux, comme celui destiné aux éleveurs de poulets, répondrait beaucoup mieux aux besoins d’entreprises dans sa situation que les assouplissements proposés par le MAPAQ.

Julien Pagé
Julien Pagé

« On a un espace qui pourrait servir à ça. On attend juste ça pour investir », exprime l’éleveur.

Un producteur de bovins de boucherie de Saint-Basile, dans Portneuf, Philippe Alain, fait valoir que d’autres provinces, comme la Colombie-Britannique, permettent l’abattage à la ferme de toute espèce animale, à condition d’obtenir les permis requis. Québec devrait s’en inspirer, selon lui.

« Je salue le travail qui a été fait, mais ça pourrait aller plus loin. Il y a encore des choses à améliorer », indique l’agriculteur, qui négocie avec le gouvernement provincial depuis 2020, par l’entremise d’un comité de l’Union des producteurs agricoles (UPA), pour que les règles d’abattage de proximité soient assouplies.

L’éleveur de brebis et d’agneaux Napesh Lapointe doute par ailleurs que les abattoirs de proximité veuillent offrir de nouveaux services aux agriculteurs, car ils craindront, selon lui, plus de surveillance et plus de contraintes administratives du MAPAQ.

Non loin de la ferme de M. Lapointe, Guylaine Gauthier, l’exploitante de l’abattoir de proximité Éloïse, à Alma, a préféré ne pas se prononcer sur le sujet pour l’instant, puisqu’elle manque d’informations. À Weedon, en Estrie, le propriétaire de l’Abattoir Boucherie Desmarais, Carl Desmarais, attend d’en savoir plus, avant de décider de ce qu’il fera, car il admet appréhender plus de paperasse. 

Le président du comité de l’UPA sur l’abattage de proximité, Julien Pagé, assure que les allégements proposés par Québec devraient venir sans normes additionnelles pour les abattoirs, mais admet qu’il faudra attendre l’adoption officielle du règlement pour en avoir la certitude. Ce dernier, qui entend poursuivre la conversation avec le gouvernement provincial dans les prochaines années, est d’avis qu’il faut voir les assouplissements prévus comme « une première étape » vers un meilleur accès à l’abattage.