Pommes 5 mai 2026

Le pari audacieux des Vergers Paul Jodoin

SAINT-JEAN-BAPTISTE – Pour accélérer la conversion de leurs vergers en haute et très haute densité, les propriétaires des Vergers Paul Jodoin, à Saint-Jean-Baptiste, en Montérégie, ont entrepris de démarrer en serre les pommiers destinés à cette opération. À terme, ils prévoient produire suffisamment d’arbres pour répondre à 100 % de leurs besoins.

Quelques producteurs et un pépiniériste ont expérimenté cette méthode ailleurs au Québec, mais avec plus de 141 hectares de vergers à replanter au cours des prochaines années, le pari des Jodoin est audacieux.

« La replantation s’inscrit pratiquement dans un contexte de survie [de l’industrie pomicole] », est convaincu Alexandre Jodoin, directeur général de l’entreprise agricole qui produit et emballe des pommes, en plus de fabriquer ses jus, commercialisés notamment sous la marque Tradition.

Une serre permettant d’accueillir 10 000 pommiers en démarrage était en construction, lors du passage de La Terre. À terme, ce nombre sera multiplié au moins par quatre avec l’ajout de serres, selon les associés de l’entreprise.
Une serre permettant d’accueillir 10 000 pommiers en démarrage était en construction, lors du passage de La Terre. À terme, ce nombre sera multiplié au moins par quatre avec l’ajout de serres, selon les associés de l’entreprise.

Selon lui, le Québec est en retard, comparativement aux autres provinces canadiennes, surtout l’Ontario, dans la modernisation de ses vergers vers des surfaces en haute densité, plus productives et plus faciles à entretenir. Cela permet également de planter des variétés, comme la Honeycrisp ou la Gala, qui ont désormais la faveur populaire.  

D’où ce désir des Vergers Paul Jodoin de prendre le taureau par les cornes pour accélérer cette conversion. Le directeur général de l’entreprise affirme que l’opération coûte, en temps normal, quelque « 40 000 $ l’acre », sans compter qu’il faut patienter de cinq à sept ans avant que le nouveau verger soit pleinement rentable. 

Tests concluants

Pour « aller plus vite et contrôler les coûts », les Jodoin ont ainsi décidé de démarrer leurs pommiers en serre. Cette option a également été expérimentée par un producteur de Saint-Joseph-du-Lac, dans les Laurentides, Carl-André Lauzon.

Selon ce dernier, cela permet de réduire les coûts de production de 50 % et offre une plus grande flexibilité, car il faut parfois patienter deux ans avant d’obtenir des pépiniéristes les variétés (et quantités) souhaitées.  

La réduction des coûts et un meilleur contrôle de la production font partie des avantages liés au démarrage des pommiers en serre à partir d’un porte-greffe, selon Dominic Jodoin.
La réduction des coûts et un meilleur contrôle de la production font partie des avantages liés au démarrage des pommiers en serre à partir d’un porte-greffe, selon Dominic Jodoin.

M. Lauzon affirme toutefois faire « une pause » cette année. Le programme d’aide dont il a profité pour ce projet n’est plus offert, relève-t-il. Son budget alloué aux investissements a également été réduit, à l’image des prix obtenus pour sa récolte 2024, ajoute le producteur. 

« Toute aide gouvernementale est la bienvenue », dit Alexandre Jodoin. Mais ses associés et lui ont décidé de se lancer dans le projet avec ou sans aide. Des tests – concluants – sont réalisés depuis quatre ans, sous la direction de Dominic Jodoin, codirecteur des vergers, dans une petite serre accueillant 4 000 plants.

Une nouvelle serre, équipée de lumières de croissance, pouvant accueillir 10 000 arbres porte-greffes sur lesquels est greffée la variété désirée est en construction. 

À terme, on veut multiplier ça par quatre ou six pour être autosuffisants en arbres pour les 10 à 15 prochaines années et assurer une replantation rapide.    

Alexandre Jodoin

Vers une modernisation

Produire des pommiers est un métier en soi et une expertise doit être développée, réagit le directeur général des Producteurs de pommes du Québec (PPQ), Jérôme-Antoine Brunelle. Ce que Dominic Jodoin expérimente depuis quelques années. 

M. Brunelle confirme néanmoins que la modernisation des vergers est à l’ordre du jour depuis longtemps. 

« On dit souvent qu’il faut rattraper l’Ontario et les autres endroits qui ont planté de manière modernisée, mais ils ont eu des programmes d’appui, rappelle-t-il. On demande au gouvernement provincial d’avoir le même type de subvention que les autres provinces ont pour se moderniser à armes égales. » 

Actuellement, cette conversion s’effectue au rythme où les entreprises ont des liquidités, affirme le directeur général des PPQ. Les Vergers Paul Jodoin peuvent accélérer leur virage, car leur modèle d’entreprise diversifiée le permet. 

« C’est une entreprise qui se positionne en fonction de ses forces, mais ce n’est pas nécessairement représentatif de l’industrie pomicole québécoise non plus », estime Jérôme-Antoine Brunelle.