L’évolution d’un producteur de grains vers le système SCV

SAINT-POLYCARPE – Michel Sauvé s’est fait une nouvelle amie qui le suit partout, dans son camion et dans son véhicule côte à côte : une pelle. 

« Je me suis rendu compte que l’agronomie, ça ne se passe pas assis dans une cabine de tracteur ou assis dans le bureau; ça se passe à quatre pattes dans le champ, à creuser, à fouiller et à prendre des notes. Investir dans la machinerie et dans les moteurs n’a rien de plaisant pour moi, mais voir l’évolution de mes sols et observer les changements, c’est ce qui me passionne », raconte le propriétaire des Fermes Richard et Robert Sauvé, à Saint-Polycarpe, en Montérégie.

Il se plaît à implanter une culture de couverture et y trouver des racines de trèfle, qui améliorent la structure du sol à 72 cm de profondeur, ou de trouver un trou de vers de terre dans le sol ensuite colonisé par la racine d’un plant de maïs. « C’est le génie végétal! », s’exclame-t-il.

Michel Sauvé passe maintenant de nombreuses heures à creuser des profils de sols sur ses 400 hectares, afin d’améliorer sa structure et sa régie de culture.
Michel Sauvé passe maintenant de nombreuses heures à creuser des profils de sols sur ses 400 hectares, afin d’améliorer sa structure et sa régie de culture.

Dès le mois de mars, alors qu’il restait encore un peu de glace, il a creusé ses champs. « J’étais fasciné de voir les champignons se développer; ils font le travail de décomposition pour moi », commente celui qui en est à sa sixième année d’implantation d’un système SCV, qui signifie semis direct sur couverture végétale permanente. « J’en passe beaucoup, du temps dans le champ, en observation pour adapter mes décisions. Est-ce que je maîtrise le système SCV à 100 %? Loin de là, mais mon objectif est de réussir à l’implanter sur toutes mes superficies. Ça va me prendre sûrement encore quatre ou cinq ans pour me rendre où je veux aller », estime M. Sauvé, qui cultivera 114 hectares en SCV en 2026 sur les 425 ha de la ferme. 

Encourageant

Des résultats encourageants lors des deux dernières années le motivent à poursuivre son apprentissage de jongler avec 15 à 20 espèces différentes de plantes de couverture, un concept de son agronome Louis Pérusse, qui se spécialise en SCV. 

Le sol limoneux qui couvre la majorité des superficies de son entreprise se compacte facilement en de minces couches dures. Pour l’ameublir et faciliter le déploiement des racines de ses cultures de blé, de maïs et de soya, il colonise ses entre-rangs avec les racines des plantes de couverture.

C’est intéressant. On a vu une évolution de la structure du sol; dans les champs où il y a eu des racines, la terre est moins dure. Quand les plantes de couverture que tu implantes réussissent bien, c’est avantageux après pour le soya. Je l’ai vu. Le rendement d’un champ était du simple au double [comparativement à un champ de soya qui n’avait pas été préalablement semé de plantes de couverture].

Louis Pérusse

Michel Sauvé effectue plusieurs parcelles de comparaison dans ses champs. Sa technique habituelle de travail du sol par bandes est comparée chaque année à la technique de SCV qu’il implante. Différentes doses de fertilisants sont également minutieusement comparées, avec pour résultat que la dose d’azote optimale était plus faible deux années sur trois dans ses parcelles de maïs en SVC. 

Décevant

Si l’agriculteur se sent sur une très bonne lancée avec le SVC, la nature lui rappelle que tout n’est pas si simple. L’hiver a été meurtrier pour ses plantes de couverture et pour son blé d’automne, qu’il cultive par souci d’avoir une rotation autre que le soya et le maïs et pour implanter des plantes de couverture tôt après la récolte du blé. 

Les plantes de couverture et les engrais verts ne sont pas miraculeux aux yeux de Michel Sauvé, déçu par leur faible survie à l’hiver. Sur cette photo, les plantes de couvertures semées entre les rangs de maïs l’an dernier se révèlent un échec, dit-il.
Les plantes de couverture et les engrais verts ne sont pas miraculeux aux yeux de Michel Sauvé, déçu par leur faible survie à l’hiver. Sur cette photo, les plantes de couvertures semées entre les rangs de maïs l’an dernier se révèlent un échec, dit-il.

Ses couverts semés l’an dernier dans le soya défolié se sont également révélés un échec, dans leur cas en raison du temps sec au moment de l’implantation, à la fin de l’été. « À part quelques zones, les résultats ne sont pas là cette année. C’est décevant », témoigne-t-il, se doutant que le réchauffement climatique entraînera davantage de gel et de dégel l’hiver, ce qui augmentera les risques de mortalité des plantes de couverture. 

Michel Sauvé passe d’ailleurs le mot aux politiciens qui désirent adopter le projet de Règlement sur les pratiques agroenvironnementales, lequel obligerait 50 % des champs à être couverts par une végétation enracinée durant la période hivernale. « Est-ce que j’aurais eu une amende parce que presque tout est mort? Il faudra considérer le risque que le producteur doit prendre, parce qu’un engrais vert, ce n’est pas sûr que ça réussisse. C’est du vivant et de la météo », rappelle-t-il.