Les craintes d’éleveurs canadiens ne se matérialisent pas pour l’instant

Plus de trois mois après l’entrée en vigueur d’une nouvelle réglementation rendant volontaire l’apposition de la mention « produit des États-Unis » sur les aliments à base de viande, de volaille et d’œufs issus d’animaux nés, élevés, abattus et transformés au sud de la frontière, les contrecoups redoutés ne se sont pas concrétisés, à ce jour, dans les élevages canadiens.

« Nous n’avons aucune indication que nos partenaires américains appliquent le vCOOL [Voluntary Country of Origin Labeling] à l’heure actuelle dans le secteur porcin. Nous n’avons observé aucun impact sur la production canadienne », a indiqué le directeur des relations publiques des Éleveurs de porcs du Québec, Tristan Deslauriers. Même son de cloche dans les secteurs bovins, avicoles et ovocoles, bien que ces deux derniers soient sous gestion de l’offre et, par conséquent, concentrent principalement la production pour répondre à la demande du marché intérieur.  

Rappelons que la mouture précédente de la réglementation, en vigueur de 2009 à 2016 aux États-Unis, a fortement perturbé la logistique des chaînes d’approvisionnement canadiennes. En effet, les industries bovines des deux pays sont fortement intégrées et les animaux peuvent traverser la frontière à plusieurs reprises avant de se retrouver dans l’assiette. Or, pour se conformer à la règle d’étiquetage, qui était obligatoire sur certains produits américains carnés, notamment, les transformateurs américains ont été contraints de séparer les lots d’animaux en provenance des deux pays et à abattre les bêtes canadiennes à des heures précises. Après sept ans de contestation devant l’Organisation mondiale du commerce, le Canada et le Mexique ont obtenu le droit d’imposer des mesures de représailles de plus de 1 G$. Si, en 2016, le gouvernement américain a mis un terme à cet étiquetage obligatoire, il est revenu à la charge en 2023 avec une proposition réglementaire d’étiquetage volontaire.

Les inquiétudes des éleveurs bovins et porcins canadiens ont refait surface. « Nous craignons fortement que cette réglementation n’entraîne une discrimination à l’égard des importations de bétail vivant et ne compromette l’intégration bénéfique de la chaîne d’approvisionnement nord-américaine », a déclaré celui qui était président de l’Association canadienne des bovins en 2024, Nathan Phinney.

Une étude d’impact menée par l’Université de Guelph en 2025 pour le compte d’associations provinciales d’éleveurs porcins estimait que le recours à cet étiquetage volontaire contraindrait les transformateurs américains à s’approvisionner localement, ce qui pourrait se traduire par une réduction de 50 % des exportations porcines canadiennes aux États-Unis et une diminution de 170,4 M$ de revenus agricoles au Canada. 

« Depuis l’annonce de l’entrée en vigueur de cette réglementation, l’industrie s’est mobilisée pour sensibiliser les partenaires américains. Nous suivons toutefois la situation de très près, afin d’être prêts à réagir à tout impact de cette réglementation », a indiqué Tristan Deslauriers, des Éleveurs de porcs du Québec.