En projetant un rideau d’air de 7,6 cm de large par 142 cm de haut, à une vitesse de 60 m/s, 68 % des scarabées japonais, préalablement comptabilisés avant de procéder à l’exercice, ont été capturés après un seul passage. Photo : Gracieuseté du MAPAQ
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S'abonner maintenantUne méthode de lutte physique populaire dans les années 1990 pour combattre le doryphore de la pomme de terre (DPT), mais délaissée depuis au profit des insecticides, pourrait connaître à nouveau de beaux jours au vu des résultats prometteurs qu’elle affiche contre le scarabée japonais dans les vignes.
Chercheur en entomologie au Centre de recherche et développement d’Agriculture et agroalimentaire Canada (AAC), à Saint-Jean-sur-Richelieu, Jean-Philippe Parent s’est intéressé à la lutte pneumatique, une méthode développée dans les années 1950 et consistant à décrocher et éliminer des insectes ravageurs à l’aide d’un jet d’air. Outre l’arrivée de solutions chimiques sur le marché comme l’imidaclopride, cette solution avait été aussi abandonnée à l’époque à cause des coûts importants de l’appareil (près de 100 000 $ en dollars d’aujourd’hui) et le fait qu’elle causait également des dommages importants aux insectes bénéfiques comme les pollinisateurs.
« Tout ça a contribué à tuer le momentum de cette approche. Les recherches évaluaient que 61 % des pollinisateurs se faisaient attraper après le passage de la soufflerie. C’était une véritable hécatombe », souligne Jean-Philippe Parent. Dans le cas de la lutte au scarabée japonais, les essais menés par le chercheur sont arrivés à un résultat de 5 % d’insectes bénéfiques capturés.
« C’est le simple fait que les scarabées japonais arrivent sur les feuilles de vigne après le passage des pollinisateurs. Comme il n’y a plus de fleurs sur les vignes, c’est moins intéressant pour eux d’aller se promener là. C’est juste une question de timing. »
Avec l’aide de Benoit Lacasse, ingénieur pour AAC, Jean-Philippe Parent a apporté de légères modifications à la sortie d’air d’un pulvérisateur. « On ne voulait pas travailler avec un équipement spécialisé, mais avec un outil que les producteurs de vignes ont déjà sous la main. Quand on y pense, un pulvérisateur, c’est un ventilateur qui pousse de l’air. La plupart d’entre eux ont déjà un système de soufflerie. »
En projetant un rideau d’air de 7,6 cm de large par 142 cm de haut, à une vitesse de 60 m/s, 68 % des scarabées japonais, préalablement comptabilisés avant de procéder à l’exercice, ont été capturés après un seul passage.
Au vu de ces résultats prometteurs, le chercheur en entomologie veut maintenant raffiner la méthode. « Je veux faire des tests en modifiant la vitesse de vent; utiliser le moins d’énergie possible tout en ayant une plus grande efficacité; regarder à quel moment dans la journée ça pourrait être plus efficace; qu’est-ce qui se passe si on fait plus qu’un passage? »
Jean-Philippe Parent prévoit également mener des tests cet été dans des champs de bleuets où cet insecte ravageur fait également beaucoup de dégâts. « Il ne faut pas voir pour autant la lutte pneumatique comme une solution miracle, prévient-il. C’est un outil de plus dans la lutte intégrée contre les ravageurs. Il y a plus d’une solution disponible et il faut se rappeler que les pesticides ne doivent être employés qu’en dernier recours », conclut-il.